Les traitements homéopathiques du bon docteur Buzyn.

4 Sep

Pour tenter de faire retomber la colère des soignants dans les services d’urgences, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, prétend accélérer son calendrier. Mais elle le fait avec les moyens dont elle dispose et qui s’apparentent davantage à la médecine homéopathique qu’à la chimiothérapie antitumorale ! Pauvre Agnès Buzyn. Car peut-on espérer guérir un cancer avec quelques granules d’homéopathie ?

Aussi, sans attendre la mi-septembre, comme initialement prévu, la ministre de la santé a dévoilé, lundi 2 septembre, une première batterie de mesures pour « améliorer la situation » de services « en surchauffe ». Ces annonces surviennent alors que près de la moitié des services d’urgences du secteur public – 233 selon le collectif Inter-Urgences, 195 selon le ministère de la santé – sont en grève.

Après avoir débloqué 70 millions d’euros  » en urgence « * avant l’été, notamment pour financer une nouvelle « prime forfaitaire de risque » mensuelle de 100 euros net pour les infirmiers et les aides-soignants des urgences, la ministre n’entendait pas annoncer des hausses d’effectifs ni de réouverture de lits d’hospitalisation. Alors, que propose-t-elle ?

Pour « réduire au maximum les passages des personnes âgées » aux urgences, la ministre souhaite généraliser des « filières d’admission directe » et promet une« incitation financière, une forme de bonus aux hôpitaux qui [les] mettront en place ». Une « vidéo-assistance entre les Ehpad [Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] et le SAMU » devrait également être mise en place pour éviter des hospitalisations en cas de « pathologies bénignes ». Ben voyons ! Mais madame Buzyn ne dit pas comment généraliser ces  » filières d’admission directe  » quand les hôpitaux manquent cruellement de lit dans les services de gériatrie et de médecine pour accueillir ces personnes âgées. Si elles ne vont pas aux urgences, elles resteront donc dans leurs Ehpads…avant de finir tôt ou tard auxdites urgences.

Par ailleurs, les SAMU seront autorisés à envoyer une ambulance vers un cabinet de ville ou une maison de santé, plutôt qu’à l’hôpital. Des consultations et certains examens médicaux pourront y être réalisés sans avance de frais, pour que les patients y « trouvent le même avantage qu’à aller aux urgences ». Certains examens de biologie pourront également y être faits « pour permettre au patient de réaliser ses examens dans le même lieu à l’issue d’une consultation et d’obtenir un résultat dans des délais courts ». En pratique, c’est du vent et ça n’aura d’effet qu’à la marge.

Quant aux personnels paramédicaux des urgences (puisqu’on y manque cruellement de médecins, l’un des fruits amers du numerus clausus) auront également le droit de…« faire des gestes qu’ils ne peuvent pas faire aujourd’hui », comme « prescrire de la radiologie [ou] faire des sutures », ce qui leur permettra de toucher une « prime de coopération » de 80 euros net par mois. A terme, le nouveau métier d’infirmier en pratique avancée (IPA), avec des compétences élargies, sera étendu à la spécialité « urgences », avec de premières formations à partir de l’automne 2020 et de premiers soignants diplômés en 2022. Ou comment madame Buzyn casse le thermomètre pour que les patients aient moins de fièvre. 

La ministre de la santé souhaite enfin généraliser « l’extension de la gestion informatisée en temps réel des lits ». Le dispositif, connu à l’hôpital sous le nom de « bed manager » (sic, en Français dans le texte !), doit permettre une optimisation des lits disponibles au sein d’un établissement. La moitié des groupements hospitaliers de territoires devra être équipée « dès l’année prochaine ».

Ces mesures, présentées comme « consensuelles [et] remontées du terrain » dans le cadre de la mission confiée en juin au chef du SAMU de Paris, Pierre Carli, et au député La République en marche de Charente Thomas Mesnier, ont été très diversement accueillies par les représentants des professionnels des urgences.« Cela va globalement dans le bon sens », estime le Dr François Braun, le président de Samu-Urgences de France, un syndicat minoritaire de médecins urgentistes. « En amorçant la diminution de la charge qui pèse sur les urgences, on est dans la construction de quelque chose pour l’avenir, ce n’est pas un nouvel emplâtre sur une jambe de bois », estime-t-il.

Mais « C’est du réchauffé », estime pour sa part Hugo Huon, infirmier aux urgences parisiennes de Lariboisière et président du collectif Inter-Urgences. « Les gestionnaires de lits, par exemple, c’est nécessaire mais c’est loin d’être une solution miracle quand il n’y a pas de lits », fait-il valoir. « Toutes les mesures de réorganisation peuvent être discutées, certaines sont bonnes, d’autres mauvaises, mais si on ne desserre pas la contrainte financière qui pèse sur l’hôpital en desserrant significativement l’Ondam [objectif national de dépense d’Assurance-maladie], on ne s’en sortira pas », assure Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France (AMUF) et membre de la CGT.

La semaine prochaine s’annonce cruciale pour la suite du mouvement de grève aux urgences. Agnès Buzyn a annoncé qu’elle recevrait le 9 septembre « tous les acteurs du secteur », des syndicats et fédérations hospitalières aux représentants des médecins libéraux et du collectif Inter-Urgences pour « compléter et formaliser » les premières mesures présentées lundi. Des mesures propres selon elle, à « refonder le modèle de soins d’urgences ».

Le lendemain, les membres du collectif Inter-Urgences se retrouveront à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour valider une plate-forme de revendications qui permettra aux syndicats de médecins hospitaliers de s’associer au mouvement, tout comme les soignants d’autres secteurs, comme la psychiatrie.

Agnès Buzyn a donc encore beaucoup de pain sur la planche. Mais sans crédits supplémentaires significatifs pour les hôpitaux et sans une réorganisation complète du système de soins, en amont des urgences, la montagne n’accouchera jamais que de souris.

Le 4 septembre 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* Nous avons déjà une première suggestion à faire pour mobiliser une somme bien plus importante au profit de l’hôpital : LA SUPPRESSION DE L’AIDE MEDICALE D’ETAT (AME). PLUS D’UN MILLIARD D’EUROS REMIS IMMEDIATEMENT DANS LE BUDGET NATIONAL ! (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/03/ame-pourquoi-toutes-ces-simagrees-le-courage-vous-connaissez/).

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