Afrique du Sud : chassez le naturel, il revient au galop.

6 Sep

Fini les trémolos dans la voix de nos médias asservis à la pensée conforme et obligatoire.

NON, l’Afrique du Sud de Nelson Mandela et de Desmond Tutu n’était pas la « Nation arc-en-ciel » que l’on nous vantait et où régnait l’harmonie et l’amour de TOUS LES AUTRES.

Et les Afrikaners avaient raison de prôner une « Nation plurale » c’est-à-dire une société de nations possédant chacune sa propre culture.

Mais qui les a écoutés ?

Car les violences apparues en Afrique du Sud depuis de nombreuses semaines n’y sont pas une surprise. Tout était dans l’air depuis des mois et même des années. Les rumeurs, les menaces contre « les étrangers » se multipliaient. L’annonce de manifestations contre les travailleurs étrangers, accusés de « voler » le travail des Sud-Africains, dans un pays où le chômage affecte plus de 50 % de la jeunesse, circulait.

Récemment, plusieurs incidents ont dégénéré dans différentes parties de la province du Gauteng, où se trouvent Johannesburg et Pretoria, tendant un peu plus l’ambiance. Dans la capitale, des chauffeurs de taxis collectifs, à la suite d’un incident avec des fumeurs de nyaope (héroïne coupée), ont déclenché une expédition pour chasser les toxicomanes des abords de leur gare routière. L’un des leurs aurait été tué dans l’opération.

La rage, alors, s’est tournée vers les « étrangers », et a pris la forme de pillages de magasins et de violences dans le centre de Pretoria. La saisie, il y a peu, de produits de contrefaçon dans le centre de Johannesburg par la police a tourné au drame, les batailles rangées entre marchands « étrangers » et policiers embrasant un peu plus l’opinion sud-africaine.

A l’approche du dimanche 1er septembre, un mystérieux comité a fait circuler sur les réseaux sociaux, ou par le bouche-à-oreille, des avis de shutdown, blocage des activités avec violences. Des rumeurs accusaient des « étrangers » de s’apprêter à empoisonner le réseau de distribution d’eau pour se venger de violences antérieures.

Enfin, les premières attaques ont débuté dans le vieux centre-ville de Johannesburg. Lundi, elles se sont poursuivies et étendues à d’autres quartiers, comme Jeppestown, ou Rosettenville, habités par une proportion notable de ressortissants de pays africains y exerçant une activité. Ces derniers n’ont pas été les seuls visés. Des ressortissants d’Asie du Sud (Bangladesh et Pakistan, pour l’essentiel), mais aussi des Sud-africains, ont également été touchés par les pillages dès lors qu’ils possédaient une boutique. Parfois, des tensions entre groupes ethniques sud-africains sont apparus.

La dureté des violences, cependant, a fait courir une vague de colère au-delà des frontières de l’Afrique du Sud. Le bilan des trois premières journées était déjà lourd, à l’aube du mercredi 4 septembre. Cinq personnes sont mortes, dont un homme brûlé vif, en plus de saccages, pillages et de multiples passages à tabac. Nul ne peut dire, de plus, si la police, qui tente depuis lundi de chasser les pillards des rues du centre de Johannesburg ou d’autres agglomérations proches en tirant des balles en caoutchouc, est sur le point de reprendre le contrôle de la situation, ou si l’émeute se propage ailleurs.

Mardi, le président sud-africain, après un silence inexplicable, a finalement assuré que les attaques relevaient de ce qui est appelé, en langage courant, « xénophobie » en Afrique du Sud mais que, selon lui, l’Afrique du Sud « n’est pas xénophobe ». Ben voyons ! Cyril Ramaphosa a déployé de grands efforts depuis son accession au pouvoir en février 2018 – en poussant dehors l’ex-président Jacob Zuma – pour s’inscrire dans la lignée morale de son grand prédécesseur, Nelson Mandela. Cette image est désormais abîmée.

Le chef de cet Etat en crise profonde a moins donné l’impression d’exprimer clairement ses sentiments que de céder à une vague de colère qui a éclaté chez ses pairs à l’échelle de l’Afrique. On pourchasse dans les rues d’Afrique du Sud des ressortissants de pays comme le Nigeria, le Zimbabwe, la Zambie. Autant de nations qui ont soutenu le Congrès national africain (l’ANC) au temps de la lutte contre l’apartheid, recueillant les Sud-Africains qui fuyaient leur pays – sans documents officiels –, pour mener la lutte contre le régime blanc de l’époque.

Pour une nation qui aime mettre en avant son principe de lubuntu (philosophie reposant sur l’existence de l’individu à travers la communauté humaine), cette violence xénophobe semble un reniement. Les réactions à l’échelle du continent n’ont pas manqué. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a condamné les « violences exercées contre les ressortissants de pays africains amis en Afrique du Sud, ainsi que les pillages et les destructions infligés à leurs biens », qu’il a qualifiés de « méprisables », et appelant surtout, chose inhabituelle dans la diplomatie du continent, les autorités locales à prendre « des mesures supplémentaires pour protéger la vie des gens et leur propriété ».

On ne saurait mieux reconnaître la perte d’autorité morale de l’Afrique du Sud, ni mieux dire que l’action du gouvernement sud-africain semble faible. Depuis la grande bouffée de violences de 2008, un discours anti-étrangers circule dans l’élite, et ne fait pas qu’imprégner les milieux les plus pauvres, exposés à des conditions de vie difficiles. C’est tout simplement LE NATUREL QUI REVIENT AU GALOP. Avec machettes et autres « coupe-coupe« …

Car, dans un pays de sauvages, comment peut-on s’étonner que l’on se comporte en sauvages ?

Certes, aucune foule ne s’est, à ce jour, attaquée à des quartiers habités majoritairement par des Blancs. Pour une bonne raison : ILS NE SE LAISSERAIENT PAS FAIRE. Mais il y a une crise au sommet de l’Etat, et une crise identitaire dans le pays. William Gumede, analyste politique qui dirige le cercle de réflexion Democracy Works, résume :

« L’explication qui circule dans les milieux de l’ANC est que l’Afrique du Sud est victime d’une conspiration. Complètement absurde ! Il y a une véritable crise, qui touche à l’identité nationale, nourrie par le fait que les pillages, dans beaucoup de milieux, semblent désormais une chose acceptable moralement puisqu’on les a vus se produire à une plus grande échelle en réalité, pendant la période Zuma, au plus haut sommet de l’Etat. »

Et de rappeler, aussi, cet élément d’appréciation : « Nous sommes un pays qui ne s’est jamais défait de sa très grande violence. Toutes les niaiseries au sujet de l’ubuntu n’y changent rien. »

C Q F D. C’est fait !*

Le 6 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/14/si-lafrique-ne-diversifie-pas-son-economie-elle-va-droit-dans-le-mur/)

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