Face à la crise des urgences hospitalières, la ministre de la santé ne mettra pas le paquet.

9 Sep

Agnès Buzyn, ministre de la santé, doit présenter aujourd’hui les grandes lignes de son projet de réorganisation de la médecine d’urgence dans nos hôpitaux. Elle fera, n’en doutons pas, à grand renfort de fifres et de tambourins sans dire évidemment que les moyens annoncés vont être davantage le fruit d’une redistribution de l’enveloppe affectée à l’hôpital en général que d’un nouvel effort budgétaire de Bercy !

Attendez-vous néanmoins à savoir (pour reprendre cette formule tant appréciée de la regrettée Geneviève Tabouis) qu’après six mois d’une crise sanitaire sans précédent, environ 600 millions d’euros vont être alloués à nos hôpitaux…sur trois ans. Sachez cependant que le CER propose, pour sa part, d’attribuer immédiatement un milliard d’euros à la santé publique de nos compatriotes grâce à la seule suppression de l’Aide médicale d’Etat (AME).* Il suffirait simplement d’en avoir la volonté politique.

S’attaquer aux causes et pas uniquement aux conséquences, sans casser la tirelire sera donc la méthode que va tenter d’appliquer la ministre de la Santé Agnès Buzyn ce lundi, en présentant son plan pour les urgences hospitalières. C’est, à peu de chose près, le raisonnement…des médecins homéopathes.

Soumis à rude épreuve du fait de l’augmentation croissante du nombre de passages** et de l’agressivité de certains patients, ces services sont en grève depuis plus de six mois. En réponse, au cours des dernières semaines, la ministre a annoncé quelques mesures d’attente : extension d’une prime de risque à 100 euros par mois, nouvelles compétences pour les infirmiers urgentistes, etc.

Mais l’heure est à présent aux mesures plus structurantes, en lien avec les propositions émises par la mission Mesnier-Carli, qui n’a pas encore rendu son rapport final. « Je vais apporter des moyens. Demain, je donnerai toutes les solutions et le budget », a promis Agnès Buzyn sur France Inter ce dimanche. Nous aurons donc dès aujourd’hui une réponse aux attentes des personnels hospitaliers. En tout cas, on peut l’espérer si Agnès Buzyn veut éviter cela

Hélas, le gouvernement ne veut pas sortir de l’enveloppe de progression des dépenses de santé de 2,3 % par an votée au début du quinquennat. Pas question non plus de prendre dans la poche des soignants en ville pour donner aux hospitaliers : la priorité, c’est le « virage ambulatoire », c’est-à-dire éviter un maximum de nuitées à l’hôpital grâce à une prise en charge mieux organisée en ville. Dommage que le numerus clausus ait mis un terme quantitatif et la déshumanisation généralisée un terme qualitatif au sacerdoce des médecins généralistes…

D’autant plus que, comme l’a souligné la ministre, la hausse de 4 % de la fréquentation des urgences ne résulte pas d’un pic équivalent des infarctus. Il convient plutôt de freiner la ruée sur les urgences que de l’encourager. L’effort ne passe donc pas par plus de dépenses, mais par une meilleure allocation des ressources – sur des lits d’aval, par exemple.

« Il n’y a ni plan de création de lits ni plan de suppressions, ce sera du cas par cas », confirme-t-on dans l’entourage de la ministre. Les agences régionales de santé vont recenser les besoins sur chaque territoire, afin de mieux répartir les moyens.

Comme l’a écrit le « JDD » ce dimanche, la ministre devrait également annoncer une réforme de la tarification des urgences. Il resterait une partie de rémunération liée au volume d’activité, plus une dotation « populationnelle » prenant en compte à la fois la taille de la population-cible et ses particularités (entendez que les quartiers dits « défavorisés » seront une fois encore les mieux lotis ce qui n’est rien d’autre qu’une prime à l’immigration), et une prime à la « qualité » (existence de filières d’accès direct aux autres services hospitaliers, durée d’attente réduite…).

Agnès Buzyn veut aussi réfréner l’intérim, qui coûte très cher à l’hôpital. Ainsi, des infirmiers ou aides-soignants mis en disponibilité par leur établissement, ne pourraient plus être intérimaires pendant cette période. Mais, en revanche, elle ne parle pas (ou n’ose pas parler) des médecins intérimaires, ces mercenaires dont certains n’hésitent pas à prendre les hôpitaux en otage (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/20/quand-des-mercenaires-dictent-leur-loi-aux-hopitaux-francais/).

Alors que les pompiers, le Samu et les médecins s’interrogent sur la nécessité de choisir un numéro de téléphone unique pour la régulation des appels d’urgence, la ministre souhaite plutôt mettre l’accent sur la constitution de cellules communes, pouvant orienter les personnes vers tous types de secours. Les actuels numéros pourraient continuer à coexister.

Bref, malgré les apparences, cette « prise de conscience » a tout d’un cautère sur une jambe de bois !

Le 9 septembre 2019.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Aide médicale d’Etat : couverture maladie totale des étrangers en situation irrégulière au regard de la réglementation relative au séjour en France et des ressortissants communautaires ne disposant pas d’un droit de séjour au-delà de trois mois de résidence en France ainsi que des ayants droit (enfants, personnes à charge) desdits bénéficiaires ou des étrangers placés en rétention administrative en vue de leur expulsion. Son coût pour le budget de l’Etat est actuellement de l’ordre de 1 milliard d’euro par an.

** Cette augmentation prévisible (mais pas prévue) de la fréquentation des services d’urgence des hôpitaux est l’un des fruits amers de l’idée saugrenue, il y a quelques décennies, de freiner la dépense par le rationnement de la médecine de première ligne dans les cabinets médicaux !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :