La République en Marche clopine.

11 Sep

Qui osait prétendre que le parti du président de la République, La République en Marche (LRM) était une organisation monolithique, composée exclusivement de « godillots » ? * En tout cas ce n’est plus vrai aujourd’hui si l’on en croit les manoeuvres politiques autour de la préparation des prochaines élections municipales.

La fin de la partie précédente, pendant laquelle pas une tête ne dépassait, a été sifflée par celui dont personne n’attendait qu’il quittât la douce torpeur de ses équations à deux inconnues pour se muer en arbitre des ambitions personnelles du poulain d’Emmanuel Macron. Mais, au sein de LRM, de nombreux responsables craignent aujourd’hui que la décision de Cédric Villani de présenter sa candidature pour les élections municipales à Paris face à Benjamin Grivault, candidat investi par le parti présidentiel, favorise l’émergence de dissidences dans d’autres villes. D’autant plus que LRM a choisi, mercredi, de ne pas exclure M. Villani.

« Il y a un vrai risque que cela ouvre d’autres fronts et crée une jurisprudence Villani, redoute un poids lourd de la majorité. Beaucoup vont se dire : “Il y a un candidat officiel mais il peut aussi y avoir un candidat officieux.” » Mais, après tout, n’était-ce pas déjà la méthode employée par Emmanuel Macron lui-même dans son projet de faire main basse sur…la République ?

Si l’embrasement n’est pas encore général, un possible effet boule de neige commence à se dessiner dans l’optique du scrutin de mars 2020. Dans plusieurs villes, des prétendants à l’investiture LRM se disent prêts à se lancer en solo, au cas où leur candidature ne serait pas retenue. C’est notamment le cas à Montpellier, où les velléités d’indépendance de M. Villani donnent des idées à Patrick Vignal. « Vous avez aimé Villani ? Vous allez adorer Vignal ! », prévient le député LRM de l’Hérault, qui a déclaré sa candidature fin avril.

Cet ex-député socialiste est déterminé à se lancer si le parti présidentiel soutient le maire sortant, Philippe Saurel, sans exiger qu’il porte l’étiquette de la majorité. « Je suis rentré en campagne, ce n’est pas pour m’arrêter au prétexte que des barons locaux se voient bousculés dans leurs habitudes », met-il en garde. Après ça, qui osera dire que la vie de nos édiles est devenue si abominable que les candidats se font rares ?…À moins que les prébendes qui ne manquent pas d’y être si souvent associées ne soient particulièrement juteuses pour certains !

Ce scénario est déjà à l’œuvre à Sens (Yonne), où la députée LRM Michèle Crouzet a décidé de quitter le parti, début août, pour manifester son opposition au choix de la commission nationale d’investiture (CNI) d’accorder son soutien à une candidate radicale. « Villani a la même démarche que moi : il peut fédérer et sait qu’il a toutes ses chances en prenant ses distances avec la CNI », confie celle qui entend se présenter sans étiquette.

Dans d’autres villes, la fronde contre certains choix de la CNI risque d’entraîner une démobilisation des troupes, sur fond de division interne. A Lille, la députée LRM du Nord Valérie Petit, qui n’a pas obtenu l’investiture, a ainsi annoncé son refus de soutenir la candidate désignée, Violette Spillebout, invoquant « l’objection de conscience » (sic). Comparant sa démarche à celle de M. Villani, Mme Petit se dit « mal à l’aise avec un processus de désignation opaque, qui fait passer les amitiés avant les choix rationnels, éloigné de la promesse originelle du macronisme de renouvellement des visages ».

A Marseille, le député LRM Saïd Ahamada, candidat déclaré à l’investiture, assure qu’il ne présentera pas de « candidature dissidente » s’il n’est pas choisi, « dans la mesure où le processus de désignation aura été respecté ». Mais si le parti noue une alliance avec Les Républicains au premier tour, il ne mènera pas campagne pour le candidat soutenu par sa formation. « Dans ce cas, je me mettrais en retrait », confie-t-il. L’honnêteté viendrait-elle à Marseille de la rive sud de la Méditerranée ? C’est nouveau.

A Tours (Christophe Bouchet) ou à Angers (Christophe Béchu), le risque de dissidence vient de la base : les « marcheurs » locaux menacent de présenter leur propre candidat contre les maires sortants « macroncompatibles », avec lequel le siège parisien envisage de s’allier (Lire : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/28/quelques-maires-anciennement-lr-sorganisent-pour-aller-a-la-soupe-souvenez-vous-deux-le-moment-venu/ ).

Même si le risque de contagion est bien identifié, la direction de LRM espère que la candidature de M. Villani « ne déclenchera pas une hémorragie ». « Il y a peu de cas où le problème peut se poser. Et nos statuts sont clairs : tout dissident s’exclut automatiquement du parti », prévient-on. Comme pour dissuader ceux qui voudraient s’y risquer… « Certains vont saisir la perche, évidemment, mais tout le monde n’est pas Villani ! », veut se rassurer un cadre.

Pour certains élus de la majorité, la CNI doit avant tout tirer les leçons du « cas » Villani. « Cet épisode montre la nécessité de revoir nos procédures pour éviter que cela se passe ailleurs, juge le député LRM du Val-d’Oise Aurélien Taché. Si l’on veut que la désignation de nos candidats soit incontestable, il faut clarifier en amont la ligne idéologique et la stratégie politique de chacun d’eux, en instaurant plus de démocratie et de transparence en interne. Et faire ensuite un choix collectif sur cette base. »

Il n’y a pas de doute, ces militants LRM sont dotés d’une intelligence très supérieure à la moyenne !

Le 11 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Voici quelques définitions du mot godillot :

XIXe siècle. Du nom d’Alexis Godillot, fabricant de brodequins militaires. Chaussure militaire à tige courte, en usage dans l’infanterie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Par méton. Se dit ironiquement d’une personne qui suit les consignes sans discuter (Dictionnaire de l’Académie Française).

          Inconditionnel, fidèle qui marche sans discuter : les godillots du Général (de Gaulle) ; une majorité godillot (Le Petit Robert). 

Personne exécutant les ordres ou suivant les consignes sans discuter, en particulier parlementaire qui suit sans discuter les consignes de vote de son parti. S’emploie aussi adjectivement dans ce sens: Parti godillot, vote godillot, député godillot (Wiktionary.org).

2 Réponses to “La République en Marche clopine.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 11, 2019 à 11:29 #

    Et quand LREM marche main dans la main avec M5S ?

    Proche de Matteo Salvini, Vincenzo Sofo, qui est entre autre le fiancé de Marion maréchal, et qui sera député européen après le Brexit, ne mache pas ses mots décrire dans L’INCORRECT la rupture entre Matteo Salvini et le M5S (Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio).

    Selon ce jeune membre de la LIGUE, l’alliance Lega-M5S a été expérimentée dans un contexte politique inédit. Le M5S est un mouvement sans identité bien définie puisque fondé sur la protestation plutôt que sur la construction. Mais gouverner impose de décider et ces décisions finissent par construire une identité politique. Le M5S a ainsi décidé d’abandonner la ligne souverainiste pour se rapprocher de l’établissement européen et du Parti Démocrate (sociaux-démocrates italiens). A partir de là, Matteo Salvini a préféré acter la rupture et conserver une cohérence politique.

    La ligne Turin-Lyon est le symbole de la modernisation du pays, alors qu’un des grands problèmes de l’Italie est justement le manque d’infrastructure. La controverse sur le tunnel s’est ajoutée à des désaccords bien plus importants sur l’immigration. Mais le vrai changement politique des derniers mois a été le nouveau positionnement du Premier ministre Giuseppe Conte à l’occasion des élections européennes. Ce dernier a cherché à se jeter dans les bras de Merkel et Macron – et du M5S qui s’est lui même rapproché du Parti Démocrate (PD).

    En clair, le M5s a voulu aller à la soupe chez le PD, cheval de troye de Bruxelles, comme chez nous la gauche caviar et la droite molle…

    Proprio chiffoso (propremant dégueulasse).

    • conseilesperanceduroi septembre 12, 2019 à 7:30 #

      Mais rassurez-vous, cher monsieur Volto, on ne bâtit pas une politique durable dans un pays comme l’Italie avec le mariage de la carpe et du lapin et dans une suite sans fin de combinazzione…Nous ne donnons que quelques mois à cette pseudo alliance pour qu’elle explose. Et ce ne sont pas les petits arrangements financiers obtenus auprès d’une Union européenne aux abois qui arrangeront durablement la situation.

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