Quand Mario Draghi et la BCE pratiquent l’acharnement thérapeutique.

17 Sep

Nous l’avions annoncé dès le mois de juillet, la Banque centrale européenne (BCE) allait se perdre avant longtemps dans le piège de l’argent facile et de l’inondation du système bancaire avec des liquidités sans usage (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/07/29/la-banque-centrale-europeenne-nest-pas-au-bout-de-ses-peines/). Nous en avions profité pour mettre en garde, une fois de plus, sur les illusions de l’usage immodéré de la planche à billet et ses risques à venir (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/10/largent-gratuit-pourrait-finir-par-couter-tres-cher/). Mais, comme d’habitude, Mario Draghi, le patron de la BCE, est resté droit dans ses bottes au risque de conduire l’Union européenne droit dans le mur. 

Face à une inflation qui reste désespérément atone et des incertitudes qui s’accumulent sur la conjoncture, laBCE a décidé, jeudi 12 septembre, de procéder à un nouvel assouplissement de sa politique monétaire et tenter, pour la énième fois, de relancer l’économie de la zone euro qui patauge dans la semoule…

Mais sans aucune imagination. Le traitement de choc reste le même mais ce sont les doses qui augmentent ! Comme s’il s’agissait de soins palliatifs. Le taux d’intérêt directeur s’enfonce un peu plus en territoire négatif et les rachats d’actifs repartent de plus belle. Seule modification dans la prescription, la BCE s’attaque modestement aux effets secondaires. Alors qu’un taux au-dessous de zéro correspond de facto à une taxe sur les dépôts des banques commerciales auprès de la banque centrale, l’institution a décidé de leur appliquer un mécanisme d’exonération.

Hélas, au lieu de rassurer, ce remède de cheval donne le sentiment que la BCE arrive au bout de ce qu’elle peut faire en l’état des connaissances de la médecine monétaire, sans aucune assurance que le malade guérisse un jour. En réalité, soit il guérira tout seul et sans que l’institution européenne y ait le moindre rôle. Soit il périra. C’est aussi simple que ça.

L’objectif est clair : réduire au maximum l’incitation à épargner pour stimuler dépenses et investissements. Son efficacité l’est de moins en moins. Malgré des taux négatifs depuis 2014 et 2 600 milliards d’euros dépensés dans des rachats d’actifs, l’activité reste flageolante, avec un taux d’inflation en zone euro qui peine à dépasser 1 %, soit la moitié de l’objectif que s’est fixé la BCE. Pourquoi les mêmes remèdes produiraient-ils des résultats différents ?

Entreprises et ménages se sont déjà accoutumés à ce coût de l’argent ridiculement bas. Attendre un changement de comportement radical relève d’un vœu pieux. Bref, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Pire, à force d’employer les grands moyens, la BCE envoie des messages anxiogènes. Ne sachant pas de quoi demain sera fait, les acteurs économiques se réfugient dans la précaution.

Ce ne sont ni les taux négatifs ni l’injection supplémentaire de liquidités dans le système financier qui vont lever les incertitudes liées à la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, qui vont empêcher une sortie sans accord du Royaume-Uni de l’Union européenne ou bien, tout simplement, qui vont finir par convaincre les citoyens européens de l’existence d’un avenir radieux au sein de cette association de malfaiteurs !

L’argument qui consiste à dire que, sans ces mesures de soutien, la situation serait pire tient d’une fuite en avant pour ne pas dire…d’une imposture. La zone euro fait face à un ralentissement incontestable. Mais, si jamais les incertitudes se matérialisent en véritable crise, quelles seront les marges de manœuvre de la BCE ?

L’institution se trouve dans une triple impasse. Vis-à-vis des marchés financiers, d’abord. A force de répéter que le soutien à l’activité sera sans limite, la BCE s’est condamnée à mener la politique que les investisseurs attendent. Toute déception pouvant se transformer en krach financier.

Ensuite, son objectif d’atteindre une inflation de 2 % n’est-il pas devenu obsolète, alors qu’on assiste à un ralentissement tendanciel de la croissance potentielle ? Le réviser à la baisse permettrait d’éviter de s’enferrer dans une politique qui risque de déstabiliser le système financier et d’altérer le rapport qu’entretiennent les agents économiques à la monnaie.

Troisième impasse : la capacité de la BCE à convaincre les Etats de la zone euro qui en ont les moyens de procéder à une relance budgétaire sans laquelle la politique monétaire restera inopérante. Suivez notre regard, au-delà de la ligne bleue des Vosges.

Et que fera Christine Lagarde, qui succédera dans quelques semaines à Mario Draghi à la présidence de l’institution, pour inverser la manoeuvre ? Rien bien sûr, car elle n’en aura ni l’envie ni les moyens.

Alors, attendez-vous à ce que nos économies tanguent fortement avant de s’abîmer dans les flots déchaînés de la prochaine crise financière (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/16/la-crise-financiere-tant-annoncee-pourrait-bien-arriver/).

Car Il ne reste plus, en fait, à des pays comme la France, que le choix de sombrer de deux façons : soit par la fuite en avant monétaire actuelle qui se terminera par des krachs boursiers et obligataires, l’hyperinflation et la situation de l’Allemagne en 1923, soit par la hausse des taux et la fin du laxisme monétaire qui conduira à la récession, à la déflation, au chômage et à un krach mondial, style 1929, infiniment plus violent. Dans les deux cas, ne survivront économiquement que ceux ayant acheté…de l’or et des actifs réels, même si  » le pire n’est pas toujours sûr » (Paul Claudel).

Bonne chance !

Le 17 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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