Espagne : chose promise, chose due !

20 Sep

Dès le début de cet été, nous annoncions que le chef du gouvernement socialiste espagnol, Pedro Sanchez (l’ami d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne), serait dans l’incapacité de former un gouvernement.

Nous ajoutions à ce constat que de nouvelles élections législatives (les quatrièmes en quatre ans) auraient fatalement lieu d’ici à la fin de l’automne :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/07/27/nouvelles-despagne-pan-sur-le-bec-de-pedro-sanchez/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/09/espagne-attendez-vous-a-de-nouvelles-elections-legislatives/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/13/espagne-quien-te-hizo-rey/

Eh bien…nous y voilà !

Après des semaines, voire des mois de gesticulations, d’élucubrations, de fausses négociations, de vrais vétos et de mauvaise foi, le roi d’Espagne, don Felipe VI, n’a pu que constater l’incapacité des partis politiques à se mettre d’accord pour former un gouvernement. Presque cinq mois après les élections du 28 avril dernier, son tour de table avec les représentants des forces en présence au Parlement s’est terminé, mardi 17 septembre dans la soirée, sur un constat sans appel : « Il n’existe aucun candidat ayant les soutiens nécessaires » pour former un gouvernement, a conclu la Maison royale dans un communiqué.

Lundi 23 septembre, deux mois après la tentative d’investiture avortée de juillet, le Parlement sera donc automatiquement dissous, comme le veut le règlement, et de nouvelles élections législatives seront convoquées le 10 novembre. Il s’agira des quatrièmes en quatre ans, signe de la grave crise institutionnelle qui paralyse le pays depuis l’irruption de nouveaux partis sur l’échiquier politique il y a cinq ans  mais aussi à cause du coup d’Etat législatif de juin 2018 qui permit au socialiste Pedro Sanchez de s’emparer du pouvoir sans passer par les urnes. Le tout sur fond de scandales de corruption, de digestion de la crise économique, de montée de l’indépendantisme en Catalogne et, cerise sur le gâteau, d’attaques immondes contre la mémoire du général Franco.

« J’ai voulu un gouvernement, pas n’importe quel gouvernement , qui soit modéré, cohérent, ne naisse pas divisé et ne dépende pas des forces indépendantistes », a prétendu dans la soirée le président du gouvernement par intérim, le socialiste Pedro Sanchez, pour justifier l’échec des négociations.

Chez les Espagnols, cependant, l’incompréhension domine face à ce nouveau blocage, perçu comme un signe de l’immaturité des politiques, visiblement incapables de composer avec la fragmentation du Parlement, divisé entre cinq partis rassemblant chacun plus de 10 % des voix, après des années d’un bipartisme confortable mais irréaliste.

Le 23 juillet pourtant, le chef de l’exécutif en exercice avait cru pouvoir former un gouvernement de coalition avec Unidos Podemos (extrême gauche). Mais la décision de son chef de file, Pablo Iglesias, de faire monter les enchères pour obtenir plus de pouvoir au sein du conseil des ministres, a provoqué l’échec du vote d’investiture au Parlement.

Or, ces dernières semaines, M. Sanchez, arrivé en tête en avril avec 28,5 % mais seulement 123 des 350 députés, a refusé de renégocier un gouvernement de coalition avec Podemos. « Ce serait comme deux gouvernements en un », n’a-t-il cessé de marteler.

Il aurait dû en outre s’appuyer sur les indépendantistes de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) pour compléter leur majorité relative. Or ces derniers se sont déjà rendus responsables de la convocation des élections anticipées d’avril en bloquant le vote du budget lors de la dernière législature. Ils ont en outre leur propre agenda politique, marqué par le verdict du procès des dirigeants séparatistes accusés de « rébellion », attendu dans les prochaines semaines, et par de possibles élections régionales anticipées en Catalogne.

Ces deux derniers mois, M. Sanchez s’est donc contenté de demander à Podemos, au Parti populaire (PP, conservateur) et à Ciudadanos des « abstentions techniques » (sic) afin de débloquer la législature d’un gouvernement socialiste « en solitaire ». La perspective de nouvelles élections était donc plus que probable.

Le message envoyé aux citoyens est ravageur. Leur vote a été inutile et ils doivent reprendre le chemin des urnes, comme en 2016, lorsqu’une situation similaire avait provoqué un nouveau scrutin et retardé la réélection du chef de file du PP, Mariano Rajoy.*

Dans ce contexte, les analystes prévoient une augmentation de l’abstention, sans pour autant la calibrer, qui pourrait bouleverser les rapports de force actuels. Depuis des jours, les partis se rejettent d’ailleurs mutuellement la faute de la convocation de nouvelles élections, aucun ne voulant être sanctionné pour avoir porté la responsabilité de ce fiasco.

Pour Pablo Iglesias (extrême gauche), « Pedro Sanchez commet une erreur historique en forçant d’autres élections par son obsession à accaparer un pouvoir absolu que les Espagnols ne lui ont pas donné. Il faut un président qui comprenne le multipartisme » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/12/28/pedro-sanchez-a-tellement-reve-de-devenir-premier-ministre-quil-vendrait-son-ame-au-diable-pour-le-rester/).

Le président du PP, Pablo Casado, a été lui aussi très dur avec M. Sanchez, l’accusant d’avoir misé dès le début sur de nouvelles élections. « Il n’est pas acceptable qu’un candidat demande tout en échange de rien », a-t-il affirmé dans la soirée.

Quant au chef de file de Ciudadanos, Albert Rivera, il a tenté un dernier coup d’effet en proposant un accord désespéré de dernière minute avec M. Sanchez, après avoir refusé ces deux derniers mois toute réunion avec le dirigeant socialiste. « Les Espagnols jugeront qui a bloqué le pays et qui a offert des solutions », a-t-il conclu.

Pedro Sanchez n’a pas attendu pour demander le vote des Espagnols. Du Palais de La Moncloa, siège du gouvernement, il les a enjoints à « dire encore plus clairement » qu’en avril, quel gouvernement ils veulent. La campagne, cependant, ne commence officiellement que le 1er novembre.

Et il faudra attendre le 10 novembre pour savoir si son pari était un nouveau « golpe « … ou le geste d’un kamikaze.

Le 20 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire « Mariano Rajoy » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/16/mariano-rajoy/

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