Nos intellectuels « n’ont rien appris ni rien oublié »*…de leur niaiserie.

20 Sep

L’ancien chef d’Etat tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, est mort en exil en Arabie saoudite jeudi 19 septembre, à l’âge de 83 ans. Nous faisions, curieuse coïncidence, un tour d’horizon de la situation dans son pays à peine deux jours plus tôt (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/17/tunisie-cest-lhiver-arabe-qui-sannonce-avant-lautomne/).

Et voici qu’aussitôt les médias officiels se pressent autour d’experts autoproclamés pour prendre la température du pays à l’annonce de la nouvelle. C’est ainsi que Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine spécialiste du Maghreb à l’université Panthéon-Sorbonne a fait part de son opinion sur le site 20 minutes. Le même qui applaudissait déjà à la prétendue « Révolution du jasmin » en 2010-2011, qui chassa le président Ben Ali (https://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/en-tunisie-le-voile-s-est-dechire-sur-la-realite_951493.html), mais aussi à l’attaque de la Libye au printemps 2011 par les forces franco-anglo-américaines, sous couvert de l’ONU et de l’OTAN !

Errare humanum est, perseverare diabolicum, dit l’adage romain.

Et voici sa description du régime Ben Ali :  » Il est arrivé avec de grandes aspirations, promettant d’installer la démocratie après Bourguiba et de libérer les prisonniers politiques. Mais en moins d’un an et demi, les promesses se sont envolées. Il a pris le prétexte de lutter contre les islamistes pour entraîner le pays dans une spirale autoritaire de plus en plus dure, jusqu’à devenir un petit dictateur mafieux.

Il a ensuite bénéficié de ce qu’il s’est passé en Algérie au début des années 1990, avec le processus de démocratisation qui a donné naissance au Front islamique du salut. La France et les Etats-Unis ont soutenu Ben Ali estimant que c’était un choix sans doute nécessaire. Mais l’histoire retiendra en Tunisie que c’est quand les islamistes ont exercé le pouvoir après 2011 qu’ils ont perdu toute crédibilité. Mourou, le candidat du parti islamiste conservateur Ennahdha, n’a même pas réussi à se qualifier pour le second tour de la présidentielle dimanche dernier, c’est une véritable claque.« 

Or, comme chacun le sait (ne serait-ce qu’en lisant nos articles successifs sur l’évolution de la situation en Tunisie depuis 2012), leur fameux « Printemps arabe » et ce qu’ils appellent la « transition démocratique » furent manifestement de terribles échecs. Echec économique d’abord, échec institutionnel ensuite comme nous le résumions il y a à peine quatre jours (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/17/tunisie-cest-lhiver-arabe-qui-sannonce-avant-lautomne/). Et l’une des meilleures démonstrations de ces échecs réside dans le nombre considérable de migrants tunisiens qui se ruent sur Lampedusa et l’Italie à partir des plages tunisiennes. En particulier, les jeunes (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/04/30/nous-avions-prevenu-cest-confirme-lexode-des-tunisiens-vers-litalie-dabord-la-france-apres-explose/).

Alors, que pensent les Tunisiens de la mort de leur ancien chef de l’Etat ?

Selon les dires de Pierre Vermeuren, «  Certains disent en effet qu’à son époque, il y avait moins de chômage et plus de sécurité mais il n’y a pas de regrets ni de nostalgie. » Se rend-il seulement compte de la contradiction portée par sa phrase ? Au point de donner lui-même des verges pour se faire battre :  » Les Tunisiens ne regrettent pas l’époque de l’ancien dictateur mais ils en veulent aux démocrates qui ont été élus après 2011, aux anciens premiers ministres qui ont déçu. »

La raison en est simple : c’est l’économie qui a mené à la révolution, mais la situation s’est largement aggravée depuis. Le bilan économique est catastrophique, avec un niveau de vie de la classe populaire divisé par deux depuis le départ de Ben Ali. Alors, l’expert se raccroche aux branches :  » Mais d’un point de vue démocratique, les Tunisiens ont la liberté de choisir leurs élus, et ils en sont fiers. Les expériences se succèdent sans succès économique mais il y a une presse relativement libre. Des djihadistes reviennent mais la société est globalement pacifiée et les institutions respectées. » Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Peu importe que les Tunisiens meurent de faim et tentent de fuir le pays par rafiots entiers. Ils le font sous le règne de la démocratie ! C’était mieux sous le régime autocratique de Ben Ali ? Tant pis.

Le 21 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* D’après les paroles de Charles Maurice de Talleyrand Périgord

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :