Les archives du CER (ou les Français ont la mémoire courte) : souvenir, souvenir.

25 Sep

La richesse des archives de notre blogue est telle que l’idée nous est venue de rappeler au souvenir de nos amis lecteurs (surtout ceux qui viennent de naître !) quelques-uns des articles que nous y avons publiés. En voici un exemple avec un article concernant les acclamations lors des sacres de nos rois et publié le 15 mars 2013. Comme tous les autres…il n’a pas pris une ride!

Mais ne vous privez pas d’écouter ce chant qui nous fait tant défaut aujourd’hui.

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Acclamations liturgiques du souverain des français : Laudes regiae

 

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Le Conseil dans l’Espérance du Roi a un an

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Nous avons le plaisir de publier, à cette occasion, une contribution de l’une de nos amies, sur les acclamations liturgiques du souverain des Français. 

N.K. (nous l’appellerons ainsi car ses fonctions imposent un strict devoir de réserve) appartient à l’élite de la musicologie de notre pays et travaille tout particulièrement dans le domaine de la musique ancienne.

Nous la remercions très chaleureusement d’avoir bien voulu rédiger ce texte sur un thème qui nous est particulièrement cher.

l’acclamation liturgique du souverain

File:Couronnement de Philippe Auguste.jpg

A côté des ordines réglant le déroulement des couronnements, des messes votives en faveur des souverains, les Laudes regiae constituent un groupe de textes chantés qui forment une longue série d’acclamations en l’honneur du souverain, accompagnées de demande d’intercessions en sa faveur. Ces textes plongent leurs racines dans l’Antiquité tardive et se perpétuent bien au-delà du Moyen Âge. Leur origine et leurs modèles sont doubles.

1. D’une part, les acclamations en faveur des empereurs romains de l’époque tardo-antique, elles-mêmes modelées par une longue tradition d’acclamation des généraux, consuls ou empereurs qui, après une victoire militaire, étaient acclamés par la foule lors de leur entrée dans Rome.

2. D’autre part, les invocations liturgiques aux saints (litanies, rogations) en usage dans les liturgies insulaires et gallicanes et adoptées par la liturgie romaine à partir du VIIIe siècle.

En Gaule franque, à l’époque carolingienne, ces deux sortes d’invocations se sont fondues en un premier type de laudes regiae qui aurait été instauré par Charlemagne, lors de son couronnement comme empereur, en l’an 800. L’adoption du fameux « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat » témoigne de la fascination nourrie par ce souverain « barbare » à l’égard des usages de l’ancienne Rome. Dans sa version médiévale primitive, le texte associe systématiquement le souverain et le pape, et ce, jusqu’au début du XIIIe siècle. La tradition des laudes regiae médiévales est donc née dans le contexte du rétablissement de l’Empire à l’époque carolingienne, contexte qui associe la hiérarchie temporelle, la hiérarchie céleste (Dieu et ses saints), mais aussi la hiérarchie de l’Eglise (le pape). De là, elle s’est transmise à la dynastie capétienne : les laudes regiae sont chantées lors du sacre des rois de France, bien sûr, mais également, une fois par an, à Pâques, lors d’une cérémonie spéciale au cours de laquelle le roi se rend à la cathédrale Notre-Dame de Paris. A la faveur de la conquête normande, les laudes regiae ont pénétré l’Angleterre où elles ont été en usage jusqu’à la Réforme, mais également les Etats normands d’Italie du Sud. Naturellement, les laudes se sont perpétuées dans le rituel du couronnement des Empereurs du Saint-Empire romain germanique. De nos jours, les laudes sont encore chantées en l’honneur des papes nouvellement élus : elles l’ont été en 2005, lors de la messe d’inauguration du pontificat de Benoît XVI.

Ces textes et leurs adaptations successives au cours des siècles révèlent de manière exemplaire comment, depuis le haut Moyen Âge, s’est forgée une conception et une représentation de la place du souverain dans l’ordre politique et religieux. Il va de soi que ces chants intégrés à la liturgie contribuent à affirmer la dimension sacrée de la monarchie, en particulier en France, mais pas seulement. A partir du XIIe siècle et du XIIIe siècle, une évolution importante se produit : les formulaires d’acclamation des souverains cessent de mentionner les papes (et vice versa). Les laudes regiae s’affranchissent, en quelque sorte, de la tutelle pontificale et du pouvoir de l’Eglise, elles ne s’en remettent qu’à la hiérarchie céleste. Cette évolution, paradoxalement, ouvre la voie à l’idée que la légitimité religieuse s’accompagne désormais d’une forme de légitimité politique plus « temporelle » : la redécouverte, à cette époque, du droit romain, contribue à faire germer l’idée d’Etat moderne et les laudes regiae semblent accompagner cette évolution. Ernst Kantorowicz, qui a consacré un ouvrage entier à la question des laudes regiae, n’hésitait pas à y voir l’origine des « religions politiques modernes »[1].

N.K.


[1] Ernst H. Kantorowicz, Laudes Regiae : une étude des acclamations liturgiques et du culte du souverain au Moyen Âge, Paris, Fayard, 2004 (trad. française de l’ouvrage paru à Berkeley en 1946 sous le titre : A Study in Liturgical Acclamations and Mediaeval Ruler Worship).

File:Dagulf1.jpg

http://www.youtube.com/watch?v=ZmH2VS8X2Vg

http://www.cduniverse.com/search/xx/music/pid/6974160/a/Chant+Wars.htm

 

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