Le nouveau gouvernement italien prisonnier du garrot de Bruxelles.

28 Sep

Dans la soirée du 27 septembre 2018, le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio (antisystème), allié à la Ligue de Matteo Salvini (droite radicale), avait célébré l’adoption d’un document de programmation budgétaire prévoyant un déficit de 2,4 % du PIB, qui était censé marquer l’« abolition de la pauvreté » en Italie. Finalement, le gouvernement avait dû, au grand dam de Matteo Salvini, réduire ses ambitions pour éviter une procédure d’infraction pour déficit excessif de la part de la Commission de Bruxelles. Et le « budget du changement » annoncé n’avait pas été très différent de celui de ses devanciers. « En réalité la Commission a réussi à faire changer son budget à l’Italie », résume un spécialiste du sujet.

Un an plus tard, le Mouvement 5 étoiles est resté aux affaires, acoquiné au Parti démocrate (socialo-centriste) et l’heure n’est plus aux défis. La note rectificative du document de programmation budgétaire, que le gouvernement Conte devait faire parvenir à Bruxelles avant le 27 septembre, aura quelques jours de retard – rien de surprenant alors que le nouvel exécutif italien a à peine trois semaines d’existence –, sans provoquer pour autant frénésie ou inquiétude. Car la Commission n’est plus inquiète; elle a réussi à placer ses chevaux de Troie au sein du nouveau pouvoir italien…

A Bruxelles, les finances publiques italiennes seront bien sûr l’un des premiers dossiers sur lequel Ursula von der Leyen devra se pencher lorsqu’elle s’installera dans son bureau, le 1er novembre. Mais c’est avec une certaine sérénité que la future présidente de la Commission appréhende l’affaire.

Pourtant, personne ne se fait d’illusion, les chiffres que présentera Rome – tous les Etats membres de la zone euro doivent envoyer leur copie avant le 15 octobre – ne seront pas dans l’épure des critères du pacte de croissance et de stabilité. L’Italie n’augmentera pas la TVA, comme c’était prévu, pour compenser ses dérapages budgétaires, « mais cela serait une folie qu’elle le fasse, d’un point de vue économique », commente un fonctionnaire européen. Et le nouveau gouvernement compte lancer un ambitieux plan d’investissements censé relancer une croissance en berne (0,1 % attendu pour 2019, et 0,4 % en 2020).

Sans doute l’Italie annoncera-t-elle dans les jours prochains un nouveau dérapage (le ministère des finances cherche à maintenir le déficit 2020 autour des 2,2 %, 2,3 %). Mais pour autant, personne n’imagine que l’épisode donnera lieu à un psychodrame comme durant l’hiver 2018 ou au printemps 2019, quand l’exécutif européen avait dû menacer de déclencher une procédure pour déficit excessif contre Rome.

Cette fois, les choses sont différentes. D’abord, parce que, après avoir assisté pendant des mois à l’irrésistible montée en puissance de Matteo Salvini, les Européens ont en face d’eux un exécutif bien plus complaisant qu’ils n’osaient l’espérer il y a encore quelques semaines. Et sur les questions de finances publiques, le choix de Giuseppe Conte de nommer au ministère de l’économie Roberto Gualtieri (Parti démocrate, PD) a rassuré.

Député européen depuis 2009 et président de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement de Strasbourg, il connaît aussi bien la matière budgétaire européenne que les protagonistes auxquels il aura affaire. A commencer par Valdis Dombrovskis, le vice-président conservateur de la nouvelle Commission, chargé des affaires économiques. Par ailleurs, Ursula von der Leyen a nommé Paolo Gentiloni (PD également) au poste de commissaire à l’économie. Le choix de cet ancien premier ministre italien facilitera le dialogue entre l’Italie et les institutions. Ou comment les Italiens sont de nouveau tombés dans les rets de l’Union européenne depuis le départ de Salvini.

Voilà donc pour le contexte politique. Mais, comme le rappelle un fonctionnaire européen spécialiste des affaires budgétaires, « le pacte de croissance et de stabilité n’est pas un exercice de copinage ». Or, avec une dette publique dépassant les 130 % du PIB, la situation budgétaire italienne reste préoccupante, quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place à Rome.

Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, ne manque jamais une occasion de rappeler que l’Italie a bénéficié de 30 milliards d’euros de flexibilité entre 2015 et 2018, plus qu’aucun autre Etat membre. Il s’agit de dépenses qui ont été sorties des calculs parce que considérées comme exceptionnelles – accueil des migrants, prévention des risques sismiques ou reconstruction du pont de Gênes.

Mais le gouvernement italien ne s’en cache pas, il milite pour encore plus de compréhension ! Et, comme le dit ce haut fonctionnaire, « les chiffres ne sont pas accueillis de la même manière s’ils sont accompagnés de promesses de réformes ou de perspectives encore plus dégradées ». Le gouvernement Conte 1 avait fait le pari de chercher par la menace à obtenir de la souplesse. Son successeur, Conte 2, ne contestera pas le bien-fondé des règles européennes. Et c’est en échange de ses promesses qu’il espère obtenir un peu d’air.

Les décisions européennes sont de toute façon collégiales et, in fine, ce sera à la présidente de la Commission de décider. « Ursula von der Leyen, dans ses interventions publiques jusqu’ici, s’est inscrite dans la continuité de Jean-Claude Juncker, qui prônait une certaine flexibilité. Elle a dit qu’elle continuerait à utiliser le pacte comme un outil de dialogue politique, pas comme un algorithme économique », veut croire cet observateur.

A reprendre ses déclarations sur le sujet, pourtant, les choses ne semblent pas si évidentes. « Le pacte de croissance et de stabilité jouit d’un large consensus. Les règles sont claires, les limites sont claires, la marge de flexibilité est claire », a-t-elle ainsi déclaré, le 10 septembre.

Il conviendra donc bien de passer sous les fourches caudines de la Commission européenne. Et si ce n’était pas le cas, elle enverra à Rome ses Gauleiters comme elle le fit avec la Grèce.

Bataille des Fourches Caudines

Le 28 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Le nouveau gouvernement italien prisonnier du garrot de Bruxelles.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 28, 2019 à 12:42 #

    Ils tentent de faire à l’Italie ce qu’ils ont réussi à faire avec la Grèce.

    Mais l’Italie n’est pas la Grèce.

    L’Italie a fondé la plus ancienne université d’Occident, qui est celle de Bologne (La Sorbonne étant la seconde), les Templiers italiens de Lombardie ont créé le système bnaquaire moderne et la Péninsule est le Pays du bel canto et du lyrisme (votre serviteur a le privilège d’habiter dans les Terre Verdiennes).

    L’Italie, c’est comme la Belgique. Jusqu’à la Toscane -Piémont, Lombardie, Venitie, Emilie Rogane, Toscane, Lugurie- l’Italie, c’est comme la Wallonnie : c’est industriel, les gens sont vertueux, honnête et travailleurs, et vivre à Parme, c’est comme vivre à Bordeaux ou à Clermond-Ferrand. Après la Toscane, c’est le Meridione (le Midi) : c’est comme la Flandre, c’est rural, arriéré, les gens y sont moins travailleurs mais plus débrouillards, et surtout fiers et susceptibles, et vivre à Rome c’est comme vivre à Ajacio, et vivre à Naples, c’est momme vivre à calvi.

    La Maffia est née en Siciles, puis elle s’est étendue : la Cosa Nostra est la maffia sicilienne comme la première maffia originelle, celle aussi quoi s’est exportée aux USA (Al Capolne était de la Cosa Nostra), la camorra est la maffia napolitaine, la Ndangréta est la maffia calabraise, la Sacra Coronna Unita est la maffia pugliaise. Aujourd’hui s’est créé à partir de la Camorra la Coupola (la Coupole), également appellée Mafia Capitale car elle sévit à Rome.

    Le problème pour les italiens est que le Nord virtueux ne représente qu’un tier de l’Italie. Et l’immigration américaine ayant expatrié la(les) mafis(S), on a tendance à voir les italiens comme des méridionaux, comme des maffieux.

    Une bonne blacgue que l’on raconte dans le quartier italien de New York est :

    -On ne dit pas maffiozo, on dit italo-américain.

    La Ligue du Nord fut à l’origine conçut pour protester devant Bruxelles de cet éta de fait :

    -Al Nord, non siamo maffiozi (Au nord, nous ne sommes pas maffieux) !

    Car, il faut le dire, le tier industrieux travaille pour toute l’Italie, les deux tiers restant du pays vivants des aides de l’Etat payaés par le contribubale ou/et de combinazzione : entendez, trafics, contrebandes, criminalité organisée. Les méridionaux les plus honnêtes émmigrent au Nord pour chercher du travail et faire naitre leurs enfants -les premiers venaient grossir le potetentiel lavoratif de l’industrie automobile turinoise- et si l’Italie n’est comme la Grèce, c’est parce que le tier Nord de l’Italie, j’insiste, travaille POUR L’ITALIE ENTIERE.

    Une blague que l’on raconte à MIlan, Parme et Turin, dans les salons des amis de Matteo ou du fiancé de Marion est :

    -Le chiacherre si fanno a Roma, il lavoro si fa a Milano (les papotages -ou les potins- se font à Rome, le travail se fait à Milan).

    On dit à peu près la même chose Outre-Pyrénnées de Barcelone et Madrid…

    L’Italie n’est pas la Grèce parce le Nord lui fournit une récativité économique et du répondant banquaire que ne possède pas la Grèce. Berlusconi est milanais. Depuis qu’il n’est plus au pouvoir, l’Italie est en pleine régression. Salvini a démontré que tout n’était pas irrersible et que, quand on veut, on peut.

    C’est certain qu’à Bruxelles, ils tenteront tout pour resser encore plus le garot. Oui, les Italiens sont de nouveau tombés dans les rets de l’Union européenne depuis le départ de Salvini. Oui , avec une dette publique dépassant les 130 % du PIB, la situation budgétaire italienne reste préoccupante, quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place à Rome. Mais c’est un peuple rebel -les Corses sont des italiens Francisés à l’époque de Louis XV- ils ne se laisseront pas faire facilement…

  2. Hervé J. VOLTO septembre 28, 2019 à 12:46 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    Oui, après l’Italie, Bruxelles s’en prendra un jour à l’Allemagne, puis, à long terme.. à la France !

    Les Français comprendront bien alors un jour que l’Union Européenne est une association de malfaiteurs…

  3. Hervé J. VOLTO septembre 28, 2019 à 1:08 #

    PS ET JE M’ARRETE LA…

    Pour passer sous les fourches caudines de la Commission Européenne, l’Italie devra envoyer Conte -caricaturè Outre-Alpes comme une marionette de Canal Plus au visage transparant (comprenez, sans figure)- à mandier, il n’y a pas d’autres termes, les fonds structurels européens si honnis.

    La Commisssion prètera à l’Italie l’argent nécessaire… à lui rembourser la dette, à la différence quer le gouvernement de Paris est pret à un « Plan Marshal » occulte (où prendront-ils le « pognon » ?) à condition… qu’elle réouvre ses ports et accuille les imigrants !

    Si j’étais républicain, j’aurai honte d’être Français. Mais Saint-Pie X nous a appris à faire la différence entre la France et le régime qui l’assasine. Et, en tant que Royaliste, je respire en pendant à ce qiue tous les spécilaites de communication connaîssent comme la réponse de Guttemnberg à Mac Luhan
    https://jetudielacom.com/gutenberg-vs-mac-luhan/
    qui n’est autre que celle des jeunes Royalistes maurassiens de Provence.

    Outre-Alpesc’est Daniela Santanche (droite berlusconienne) qui avait scandalisé l’Assemblée Nationale en apportant le même type de réponse en direct TV aux socialistes caviar transalpins…
    https://tg24.sky.it/politica/photogallery/2011/01/25/daniela_santanche_dito_medio_gestacci_berlusconi_borghezio_bossi_maroni_speroni.html

    Parfois, çà soulage…

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