Chirac : Dieu, que les Français ont la mémoire courte.

30 Sep

Ils l’ont même si courte que nous verrons un jour, n’en doutez pas, des « Gilets jaunes » se prosterner aux pieds d’Emmanuel Macron !

Quoi qu’il en soit, nous fûmes affligés par le nombre de processionnaires qui se rendirent dimanche 29 septembre aux Invalides pour rendre un dernier hommage à feu le président Jacques Chirac. Ils étaient si nombreux qu’il ne pouvait s’agir en aucun cas de ce qu’il reste d’adhérents au parti Les Républicains (LR), l’ex-RPR et ex-UMP, du défunt chef de l’Etat…Alors, s’agissait-il de tous les bénéficiaires des abus de biens sociaux et autres détournements de fonds qui conduisirent leur bienfaiteur devant la justice ? Peu probable car on sait l’ingratitude de ces gens-là ! A moins qu’il s’agisse de quelques uns des idiots utiles de la République qui lui permettent de perdurer malgré ses turpitudes.

Il fallut donc s’y résoudre, il s’agissait bel et bien, en majorité, d’admirateurs et autres panégyristes du cinquième président de la République française.

Autrement dit, des milliers d’amnésiques.

Car nous n’avons pas oublié combien Jacques Chirac fut longtemps détesté par ses compatriotes. « Les Guignols de l’info » l’avaient en outre affublé du surnom peu flatteur de « Supermenteur« . Et chacun devrait savoir pourquoi.

Comment donc expliquer ce retournement de l’opinion ? Amnésie, comme nous le pensions plus haut ? Droit à l’oubli, selon une formule très en vogue dans notre malheureux pays et qui aboutit systématiquement (à l’exclusion du roi Louis XVI) à conclure que « CE SONT TOUJOURS LES MEILLEURS QUI S’EN VONT » ! Ou bien, tout simplement, parce qu’en comparaison avec ceux qui l’ont suivi à la tête de l’Etat…il fut loin d’être le pire ? 

Essayons donc de refaire brièvement le parcours de « Supermenteur » que, du coup, nous pourrions désormais surnommer « Superillusionniste« .

Dans les années 1970, c’est l’énarque modèle : un homme considéré comme rigide, grand utilisateur de la langue de bois. Aimé dans son camp mais détesté hors de celui-ci : dans un sondage de 1979, on voit que Chirac apparaît pour 62% des Français comme un homme ambitieux tandis que la moitié des Français le jugent autoritaire et 4% seulement démocrate. C’est l’époque du faux-facho Chirac.

Mais, dans le Chirac d’origine, il y a deux facettes : le Chirac des villes et le Chirac des champs. Le Chirac des champs, c’est celui qui est député de Corrèze, qui va voir les paysans, qui les connaît chacun par leur nom. Et puis il y a le Chirac des villes, maire de Paris mais également Premier ministre ; celui qui, dès qu’une caméra s’allume, dès qu’un micro s’ouvre, se crispe, se fige, se glace. Chirac, au départ, fait peur…à la gauche surtout qui n’a pas encore compris qu’il est, en réalité, son meilleur allié. Le changement, c’est lorsque son ambition, cette image d’homme pressé, s’écroule, c’est-à-dire entre 1993 et 1995, quand il est seul face à beaucoup de rivaux. Car les Français aiment bien les hommes un peu seuls mais qui ne renoncent pas.

Elu, en 1995, à la présidence de la République (candidat à peine masqué de François Mitterrand) son premier septennat fut loin, très loin, d’être brillant. Que ce soit au plan économique, social ou même, déjà, écologique. Les grandes grèves de l’automne et de l’hiver 95-96 en témoignent. Avec un sommet atteint lors de l’élection présidentielle de 2002 quand il ne dut sa réélection qu’à une « front républicain » mené par la gauche unanime et dont il demeura définitivement prisonnier. Et, bien sûr, sans oublier la trahison de la Serbie avec les bombardements de Belgrade pendant la guerre de l’OTAN dans l’affaire du Kosovo ni la préparation de la départementalisation de Mayotte qui sera parachevée, pour le plus grand malheur de la France, par son successeur.

S’enchaînèrent alors les calamités…

D’abord la transformation du septennat en quinquennat avec élection successive du chef de l’Etat puis des députés. Un désastre institutionnel dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences.

Il y eut ensuite l’adoption stupide et irresponsable de la monnaie unique européenne ainsi que la tentative d’instaurer une Constitution européenne (dans laquelle il refusa avec la plus grande énergie l’introduction de la notion de « racines chrétiennes » de l’Europe) et qui se solda par le « NON » des Français au référendum de mai 2005.  Il y eut aussi le grand cafouillage et le fiasco du fameux « Contrat première embauche » (CPE) sans compter quelques autres bévues…Seul surnage encore la forte et lucide décision de ne pas s’associer à la guerre américaine en Irak, en 2003, menée par George W. Bush et Tony Blair.

George W. Bush en va-t-en guerre

Mais, hélas, qui s’en souvient ? Car pour les Français à la mémoire courte, C’ETAIT IL Y A TRES LONGTEMPS. Et le même phénomène se reproduit pour tous les présidents de la République, au moins depuis Giscard d’Estaing.

Le quinquennat de 2002 entraîna une grande impopularité de Chirac : avant de partir de l’Elysée, il est à 16% de popularité. Peut-être est-ce pour cela qu’il appela à voter pour…François Hollande dont à pu mesurer l’utilité et l’efficacité. Mais, encore une fois, QUI S’EN SOUVIENT ? On l’oublie, à la faveur d’une image confuse (et entretenue telle). On ne retient pas le bilan, on retient l’homme. Il a été élu en 1995, c’était il y a vingt-cinq ans, beaucoup sont nés ou ont grandi avec Chirac. Il y a sans doute, dans le regard porté, une nostalgie sur soi-même. Il représente à lui tout seul les années 1990, où l’on estime que tout allait mieux qu’aujourd’hui. Ce qui n’est ni vrai ni…difficile. C’est sans doute ce constat qui conduisit ce matin le journaliste Eric Le Boucher à écrire dans L’Opinion : en pleurant Chirac, « nous nous apitoyons sur nos ambitions perdues ».

Pourtant, Jacques Chirac traînait aussi derrière lui beaucoup de « casseroles« . Il fut même condamné en 2011 dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, ce qui fit de lui le premier président à être condamné. Cette condamnation a atteint sa popularité quand il était président, mais tout cela paraît extrêmement loin aujourd’hui. Et puis, il faut avouer qu’il y a une telle banalisation des « affaires » les plus louches ou les plus sordides que finalement…tout cela compte peu.

Emmanuel Macron et deux de ses amis

Ajoutons-y que Jacques Chirac était désormais « retiré des affaires » et, qui plus est, malade. C’est le Chirac humain que les Français veulent retenir.

Comme ils semblent vouloir retenir le bon vivant, se goinfrant au Salon de l’agriculture, sautant dans le tourniquet du métro ou se reposant avec un masque sur les yeux dans un avion. Une sorte de mythe dans lequel beaucoup de Français simplets et déracinés pouvaient se reconnaître.

Mais la France, dans tout cela ?…La quoi ?

Vous ne rêvez pas, les registres de condoléances ouverts à l’Elysée sont signés à genoux !

Le 30 septembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Chirac : Dieu, que les Français ont la mémoire courte.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 30, 2019 à 11:36 #

    Quand on voit la photo du PETIT maCrON que les Français ont eu le malheur de porter au pouvoir, posant avec ses deux mignons, on comprend qu’ils pleurent Chirac…

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