Les Grecs essaient de trouver le meilleur chemin…entre Charybde et Scylla.

10 Oct

Après quatre ans d’un gouvernement de gauche mais sous la botte implacable des gauleiters de l’Union européenne, les Grecs espéraient beaucoup (peut-être un peu trop d’ailleurs) du nouveau pouvoir libéro-conservateur issu des élections législatives du 7 juillet dernier.

Eh bien, avouons-le, les choses vont effectivement mieux en Grèce. Pas autant qu’espéré mais le pays est sur une bonne voie. Aidé, il est vrai, par sa poule aux oeufs d’or traditionnelle : LE TOURISME. Lequel est devenu un moteur d’autant plus puissant de l’économie grecque…qu’il se porte très mal dans tous les autres pays du pourtour méditerranéen, à l’exception de l’Italie et de l’Espagne. Terrorisme islamique oblige.

« Je ne chôme pas. Même en octobre, censé être le début de la basse saison en Grèce, j’enchaîne les visites avec des touristes européens et américains », se réjouit une guide touristique au pied de l’Acropole. Et même enthousiasme chez un chauffeur de taxi : « Pendant la crise, nous pouvions attendre pendant des heures sur des places centrales d’Athènes et ne pas avoir un client. Désormais, je suis appelé par les touristes grâce à des applications, et même les Grecs reprennent le taxi ! »

Avec 32 millions de visiteurs en 2018 (pour 11 millions d’habitants), le tourisme a stimulé tous les pans de l’économie grecque. Le secteur et ses 988 000 emplois embauche près d’un quart des travailleurs en Grèce et représente plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. A Athènes, les nouveaux hôtels ne cessent de voir le jour, les panneaux « à louer » ou « à vendre » sur les façades des immeubles se font rares grâce, notamment, au développement des locations saisonnières et aux investisseurs étrangers ; les magasins, eux, rouvrent même dans les quartiers populaires.

« Tous les voyants sont au vert ! Nous sommes indéniablement dans une période d’amélioration avec une croissance de l’ordre de 2 % du PIB l’année dernière et cette année », commente Panagiotis Petrakis, professeur d’économie à l’université d’Athènes. Mais attention au risque d’une économie qui ne dépendrait que du tourisme…D’autres s’y sont cassé les dents.

Heureusement, les exportations sont en hausse (de 45 milliards d’euros en 2009 à 66 milliards en 2019), les prix de l’immobilier explosent (+ 31 % au centre d’Athènes sur un an ce qui n’aura pas que des avantages sauf pour les spéculateurs, danger inévitable dans le pays), la Bourse a bondi de 46 % depuis le 1er janvier, les taux des emprunts grecs à dix ans sont tombés à leur plus bas niveau depuis quatorze ans, signe du redressement économique.

« Mais il ne faut pas oublier qu’on revient de loin… La Grèce a perdu 25 % de son PIB pendant la crise. Les Grecs, qui ont vu leur pouvoir d’achat fondre, peinent à se relever », précise M. Petrakis. « Avec à long terme une croissance prévue à 0,9 %, il faudra encore une décennie et demie pour que les revenus réels par tête atteignent les niveaux d’avant la crise », analyse d’ailleurs le Fonds monétaire international (FMI) dans un rapport publié fin septembre.

Le taux de chômage illustre cette situation. Certes, il est passé de 28 % de la population active au pic de la crise, en 2013, à 16,9 % en 2019, selon l’Autorité des statistiques grecques (Elstat). Mais cela reste le niveau le plus élevé de la zone euro, et la précarité est prégnante. En septembre, 47 % des emplois créés étaient des contrats à mi-temps. D’où le risque de voir réapparaître les vieux démons de la Grèce : l’économie souterraine en particulier (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/07/19/nouveau-et-dernier-billet-dargolide-2/).

Il y a aussi le poids de la santé des plus démunis. Depuis que le magasin de vêtements qui l’employait a mis la clef sous la porte, en 2016, Dimitris n’a pas retrouvé de travail. Devant la pharmacie sociale du quartier d’Omonia, au centre d’Athènes, ils sont encore nombreux, comme lui, à attendre de pouvoir récupérer les médicaments qu’ils ne peuvent pas payer. « Avec comme seule ressource une aide sociale de 200 euros par mois, je peine à subvenir à mes besoins de base et à me soigner », note le quinquagénaire, qui ne dispose pas de sécurité sociale.

En 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras a rendu les frais hospitaliers gratuits pour les 3 millions de citoyens qui n’avaient plus de sécurité sociale, en grande partie des chômeurs, qui, au bout d’un an, perdent leur couverture maladie. Mais, pour avoir accès à des rendez-vous dans le privé, pour acheter des médicaments, ils doivent payer de leur poche.

« L’état des hôpitaux publics ne s’améliore pas ! Le budget ne cesse de diminuer tous les ans, le personnel n’a pas été augmenté depuis le début de la crise, et, si les contrats courts des 600 employés, sur les 3 000 de notre hôpital, ne sont pas renouvelés d’ici à la fin de l’année, nous serons dans une situation catastrophique ! », affirme Ilias Sioras, président du syndicat des travailleurs du plus grand hôpital d’Athènes, Evangelismos.

D’après ce cardiologue, près de 18 000 médecins grecs sont partis à l’étranger pendant la crise, faute d’embauches dans le public et de salaires trop faibles. Au total, plus de 350 000 jeunes grecs diplômés se sont exilés entre janvier 2008 et juin 2016, selon un réseau de jeunes entrepreneurs, Endeavor. « Une hémorragie difficile à compenser… Il manque désormais du personnel hautement qualifié partout en Grèce », estime Panagiotis Petrakis.

Mais le nouveau gouvernement de Kyriakos Mitsotakis va aussi devoir s’attaquer au secteur bancaire. « Les taux de créances douteuses [qui ne seront sans doute pas remboursées] représentent plus de 40 % des actifs des banques grecques. Le secteur reste très fragile, et le financement de l’économie réelle est encore bloqué », souligne Gerasimos Sapountzoglou, professeur de finances à l’université d’Athènes. Les banques grecques accordent difficilement des prêts aux entreprises ou aux particuliers et, si elles acceptent, les taux d’intérêt sont très élevés (autour de 4 % pour un prêt professionnel par exemple).

Le gouvernement étudie actuellement un plan pour assainir les bilans des banques grecques en fournissant des garanties d’Etat. Pour inciter les investissements étrangers à revenir, une réforme de l’administration est nécessaire, souligne, par ailleurs, M. Sapountzoglou, pour qui les mesures prises jusqu’ici « n’ont pas été suffisantes ».

Le premier ministre – qui doit soumettre à la Commission européenne, le 15 octobre, son projet de budget pour l’année 2020 – fixe un objectif de croissance du PIB de 2,8 % (contre + 2 % prévus par le FMI).

Pour cela, il compte sur une accélération des privatisations, freinées par la bureaucratie, sur une baisse des impôts sur les bénéfices des entreprises (passant de 28 % à 24 %), sur un allégement fiscal pour toute entreprise qui déciderait d’installer son siège en Grèce (à 15 %) et sur une diminution de l’impôt foncier…

Aimilios Chalamandaris, fondateur de la start-up de haute technologie Innoetics, qui a été rachetée par Samsung en 2014, est optimiste : « Après avoir survécu à la crise, le pire est derrière nous. Le pays change, son image auprès des investisseurs s’est améliorée. Si notre système d’imposition devient favorable aux entreprises, et surtout s’il ne bouge pas, il n’y a pas de raison que la reprise ne soit pas au rendez-vous ».

Certes ! Mais à deux conditions :

1/ que la remise en ordre du pays par des réformes structurelles absolument indispensables soit effective et durable, le mettant à l’abris des vieux démons qui l’ont mené au désastre et

2/ que les créanciers du pays, en particulier l’Union européenne et ses appendices financiers, se montrent moins tyranniques qu’au cours de la décennie précédente…à défaut d’un « Grexit« .

Alors, bon vent !

Le 10 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Les Grecs essaient de trouver le meilleur chemin…entre Charybde et Scylla.”

  1. Jean André octobre 10, 2019 à 6:09 #

    La principale faiblesse de ce nouveau gouvernement, pour lequel j’ai voté, est que alors qu’il s’était effectivement bien préparé pour remettre sur pied l’économie du pays, d’où des résultats, comme vous le signalez, déjà apparents sur ce plan là, il a omis de le faire au sujet des autres problèmes extrêmement sérieux affrontés par la Grèce, notamment la crise migratoire, qui a repris de plus belle depuis quelques semaines (plusieurs centaines par jour, majoritairement migrants économiques) et devant laquelle il a été totalement pris au dépourvu, ayant misé et misant encore sur la prétendue solidarité européenne, dont il a pleinement fait siens les slogans. Ainsi, le chef de ce gouvernement a, il y a quelques jours, déclaré que « la Grèce était multiculturelle » et qu’ « il sera enchanté le jour où un enfant de migrants sera le premier de sa classe »…

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