Municipales : grâce au ciel, ce n’est pas gagné pour LRM.

11 Oct

Le parti d’Emmanuel Macron commence à douter d’un possible succès aux prochaines élections municipales. Au lendemain des élections européennes, les dirigeants de La République en marche (LRM) rêvaient d’une vague macroniste lors du scrutin municipal de mars 2020, en nourrissant des espoirs de conquête dans plusieurs grandes villes, comme Paris, Lyon ou Marseille.

Cinq mois plus tard, le discours a changé. Les stratèges de la formation présidentielle se montrent beaucoup moins enthousiastes, et envisagent désormais peu de victoires dans les métropoles. « C’est le paradoxe de la Macronie : on va être faibles là où se trouvent la majorité de nos électeurs », observe un responsable du parti.

Ces dernières semaines, l’équation s’est sérieusement compliquée à Paris, par exemple, où les chances de l’emporter de Benjamin Griveaux se sont amoindries du fait de la dissidence de Cédric Villani. A Lyon, la perspective d’un duel fratricide entre Gérard Collomb et David Kimelfeld n’est toujours pas écartée. A Bordeaux, LRM et son allié MoDem soutiennent des candidats différents, tandis qu’à Marseille, le parti n’a toujours pas validé sa stratégie ni trouvé le bon candidat… Sans parler de Lille, Rennes ou Nantes, où les chances de l’emporter face à l’édile sortant socialiste paraissent bien minces…

« On sait qu’on va prendre une claque dans les grandes villes, soupire un dirigeant. Il faut limiter la casse, en gagnant Strasbourg sous nos propres couleurs, et Montpellier, Toulouse et Nice grâce à des alliances. » Il est vrai que, dans ces trois dernières métropoles, Philippe Saurel, Jean-Luc Moudenc et Christian Estrosi, les maires sortants, sont prêts à aller à la soupe !

LMais les premiers sondages donnent des sueurs froides aux macronistes : à Reims, leur candidat ne récolterait que 6 % au premier tour, contre 53 % pour le maire Les Républicains sortant, selon un sondage IFOP diffusé début septembre. Même scénario à Saint-Etienne (7 % contre 43 %) et à Caen (8 % contre 44 %).

« Le dégagisme est toujours à l’œuvre dans la société, mais comme LRM est aujourd’hui le parti majoritaire, il est considéré comme faisant partie du système, estime Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’IFOP. Il ne devrait donc pas y avoir de vague macroniste aux municipales, mais plutôt une prime aux sortants. »

Les élus de la majorité anticipent aussi une lecture médiatique défavorable des résultats, au soir du second tour. Avec le risque d’avoir « une carte de France avec quasiment aucun drapeau En marche qui flotte sur les grandes villes », craint un député. Pour éviter ce scénario noir, un proche du chef de l’Etat juge que le parti aurait dû assumer de « faire l’impasse » sur le scrutin municipal, plutôt que de risquer une déroute potentiellement handicapante en vue de la présidentielle de 2022.

Ces dernières semaines, un argumentaire s’est donc imposé à LRM : la conquête des grandes villes ne serait plus une priorité. Le « critère de réussite » pour cette jeune formation, qui ne compte quasiment aucun maire, résiderait désormais dans sa capacité à faire émerger une « nouvelle génération ». Le délégué général du parti, Stanislas Guerini, se donne comme objectif « près de 10 000 élus locaux à l’issue du scrutin ». Un chiffre finalement assez bas, rapporté au nombre total de conseillers municipaux, estimé à plus de 500 000. Son mot d’ordre ? « Changer le système par le bas. » Avec l’idée de combler le manque d’implantation locale pour les scrutins à venir, en particulier dans l’optique des sénatoriales.

La crainte d’une déroute a également poussé à un changement de stratégie : après avoir surtout investi de purs « marcheurs » en juillet, LRM noue davantage d’alliances avec des maires sortants depuis la rentrée. Ces élus LR, UDI, MoDem ou PS « macron-compatibles » ayant l’avantage d’être bien implantés. « Il vaut mieux jouer placé avec des élus de l’ancien monde que gagnant avec des candidats LRM inconnus », reconnaît un cadre de la majorité, évoquant « une immense opération de fusions-acquisitions ».

Une stratégie qui ne passe pas chez certains « marcheurs ». « Le danger, c’est le cynisme du soutien. Attention à ne pas investir des sortants qui ne partagent pas nos valeurs », met en garde un proche du chef de l’Etat. L’opposition, elle, fustige « l’opportunisme » du parti présidentiel. C’est une facette de LRM et de son chef que nous dénonçons sans relâche depuis 2017 :

Emmanuel Macron intervient, lui, par petites touches. A chaque déplacement en province, il fait désormais le point sur les investitures, comme ce fut le cas à Marseille, le 24 juin. Le 17 juillet, il a aussi convié M. Collomb et M. Kimelfeld à l’Elysée, pour tenter de trouver un modus vivendi entre les deux hommes à Lyon. Le chef de l’Etat devait à nouveau croiser le maire de Lyon mercredi, en marge d’un déplacement dans la capitale des Gaules. La veille, il a convié à déjeuner à l’Elysée les responsables de LRM et de la commission d’investiture pour préparer le scrutin municipal.

Le 16 octobre, M. Macron aura également l’occasion de rencontrer le maire LR sortant de Toulouse, Jean-Luc Moudenc – avec lequel LRM entend s’allier – en marge de la tenue d’un conseil des ministres franco-allemand dans la Ville rose.

Mais, contrairement aux législatives et aux européennes, où le scrutin revêtait un enjeu national, pas sûr que l’implication du chef de l’Etat permette des victoires locales. « Cette fois, nos candidats ne pourront pas gagner seulement grâce à la tête de Macron sur leur affiche de campagne ! », juge un élu LRM. Un sentiment largement partagé au sein du parti, où l’on souligne que les municipales reposent avant tout sur des enjeux locaux. « Construire une implantation territoriale, cela prend du temps », souligne M. Guerini.

Souhaitons que ce ne soit qu’un rêve et que les Français se réveillent enfin.

Le 11 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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