Le projet fou de la gare du Nord, à Paris, de nouveau sur la sellette.

12 Oct

Que la gare du Nord ait besoin d’être rénovée, nul n’en doute. Que son environnement, surtout, mérite toute l’attention des pouvoirs publics et des édiles de la ville est plus nécessaire encore. Mais qu’un consumérisme forcené soit le seul moteur de ces reprises en main n’est pas acceptable (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/25/quand-la-folie-des-grandeurs-rencontre-le-consumerisme-effrene/  et aussi https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/04/nous-nous-sentions-un-peu-seuls/).

Hélas, malgré nos avis partagés désormais par de nombreux architectes (et non des moindres), la Commission nationale d’aménagement commercial (CNAC) a donné un avis favorable, jeudi 10 octobre, au projet de rénovation et d’agrandissement de la première gare d’Europe, porté par la SNCF et Ceetrus, la filiale d’immobilier commercial du groupe Auchan. Lancé dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 (une autre folie festive, archétype du fameux « panem et circenses« ), ce qui s’annonce comme l’un des plus importants chantiers de la capitale a tourné à la controverse politique : la ville de Paris nous a ainsi rejoints en annonçant, le 1er octobre, qu’elle rejetait ces plans, prônant un programme plus modeste et davantage centré sur les missions d’une gare multimodale.

Souvenez-vous que, pour agrandir les espaces de la gare, dont le trafic devrait passer de 700 000 voyageurs par jour à quelque 900 000 d’ici à 2030, la SNCF et Ceetrus ont élaboré un vaste programme immobilier à 600 millions d’euros. Au menu, le doublement des espaces dévolus aux voyageurs, qui passent de 30 000 à 60 000 m2, la multiplication des escaliers mécaniques, la création d’un nouveau terminal de départ. Mais aussi la construction d’un massif bâtiment de 300 mètres de long, 50 mètres de large et cinq étages, à côté de la halle historique et entièrement dévolu au commerce et au festivisme. Sans compter le fait dramatique que ces nouvelles installations ne devraient pas manquer d’attirer sur place encore plus de racailles de banlieue et tous leurs méfaits, ainsi que nous le rappelions dans l’un de nos articles :

« Une rue de 300 mètres ouverte sur la ville traversera la gare, rendant les commerces et services accessibles à tous tandis que le toit, végétalisé, structuré en terrasses, accueillera des restaurants ainsi qu’un trek urbain d’un kilomètrePersonne ne s’étonnera ensuite d’y voir déferler les racailles de banlieue de la Seine-Saint-Denis (à deux pas de là) qui sauront évidemment y organiser quelques razzias dont ils ont le secret. »

« Trop dense », selon la Ville, et surtout « trop commercial » : destiné aux voyageurs dans sa partie basse, cet édifice, signé par l’agence d’architecture Valode et Pistre, doit surtout accueillir 13 000 m2 de bureaux, 12 000 md’équipements sportifs et culturels, 11 000 m2 de « parc urbain » en toiture et une bonne partie des 19 000 m2 de boutiques prévus dans l’ensemble du projet, contre moins de 5 000 m2 aujourd’hui. Au lieu de se préoccuper de l’essentiel : l’accueil et la prise en charge des voyageurs, de leur arrivée à la gare jusqu’à leur installation dans les trains…et vice-versa !

Finalement, un triplement de la surface de la gare, dont une minorité seulement servira au transport, regrette la municipalité, pour qui les fonctions multimodales – station de vélos, gare de bus – sont bien trop à l’étroit.

Mais, vous l’aurez compris, c’est l’ampleur de cette opération immobilière qui permettra à la SNCF de financer la rénovation sans débourser un centime…sur le dos des voyageurs et des citoyens. Les futurs espaces hors transport seront exploités, pour une concession de quarante-six ans, par une coentreprise détenue par Ceetrus, à 66 %, et par la SNCF, à 34 %. Un montage qui fait dénoncer à ses opposants la « privatisation » d’une partie de l’emprise de la gare.

En juin, la commission départementale d’aménagement commercial avait retoqué le projet, jugeant la hausse des surfaces « surdimensionnée » et pouvant « porter atteinte au tissu commercial environnant » et à « la vie urbaine du quartier ». En appel, les arguments développés devant la CNAC par Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, accompagné par l’adjointe au commerce, Olivia Polski, et la maire du 10arrondissement, Alexandra Cordebard, n’ont visiblement pas convaincu.

La municipalité plaidait pour une remise à plat complète du dossier, contestant le programme commercial, comme les futurs aménagements de la gare, qui prévoient de séparer les flux d’arrivée, dans le hall historique, et les flux de départ, passant par le nouveau terminal et un système de passerelles permettant d’accéder aux quais. Un dispositif qui « défigure » la halle historique du XIXsiècle, estime l’adjoint chargé de l’urbanisme et de l’architecture, Jean-Louis Missika, comme un collectif d’architectes et urbanistes renommés, qui ont jugé le projet « inacceptable » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/03/le-projet-de-transformation-de-la-gare-du-nord-est-inacceptable_5505639_3232.html).

En théorie, l’avis favorable de la CNAC ouvre la voie à la délivrance du permis de construire par le préfet de Paris et de l’Ile-de-France, Michel Cadot. Face à la fronde de la Ville de Paris, l’Etat et la région avaient fermement soutenu le projet, le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, allant jusqu’à assurer par avance, dimanche 6 octobre, que le programme serait « validé ». Difficile, toutefois, pour la SNCF d’imposer un programme de cette ampleur en s’opposant frontalement à la Ville, espère l’exécutif municipal.

La Mairie de Paris appelle désormais à « l’organisation d’une réunion des parties prenantes auprès du préfet de région » pour « faire bouger le projet », se disant toujours prête à financer une partie de la rénovation pour compenser les pertes commerciales. « On ne se contentera pas de modifications marginales : tout, dans ce projet, est insoutenable », prévient Emmanuel Grégoire. Le premier adjoint « n’exclut pas un recours contentieux sur la décision de la CNAC ou sur le permis de construire, si le dialogue ne permet pas de faire évoluer le projet ».

Un dialogue qui n’a, jusqu’ici, pas porté ses fruits : c’est parce qu’elle n’obtenait pas assez d’avancées à ses yeux que l’équipe Hidalgo a décidé de s’opposer subitement à ce projet qu’elle soutenait jusque-là : M. Missika avait fait voter un avis favorable par le Conseil de Paris, le 10 juillet, après des débats houleux. Le changement de ton de l’exécutif parisien avait alors été dénoncé par ses adversaires comme un revirement purement tactique à l’approche des municipales de mars 2020, alors que les alliés écologistes et communistes de la majorité sont vigoureusement opposés au projet de la SNCF.

Rien ne bougera probablement avant mars 2020 ! Après, cela dépendra du résultat des élections…Malheureux pays que le notre.

Le 12 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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