La République en Marche (LRM) s’est construite sur du sable.

16 Oct

Une érosion lente et silencieuse. C’est ce que vit LRM au fil du quinquennat de son champion, Emmanuel Macron.

Falaise dans la région d’Etretat

Une « hémorragie occulte » dirait un gastro-entérologue à la recherche d’un cancer colo-rectal. En dix-huit mois, dix députés ont quitté ses rangs, deux se sont mis en retrait, demandant à siéger parmi ses membres apparentés, et d’autres se questionnent. « Le risque, c’est celui d’une hémorragie interne, dit un membre du bureau du groupe, un goutte-à-goutte qui, à un moment, peut être mortel. » Comme le cancer.

Certains frémissent et se font peur. Et si le groupe LRM, qui comptait 314 membres à sa création, perdait sa majorité absolue au Palais-Bourbon ? « Nous allons bientôt passer [sous] la barre symbolique des 300 députés », s’inquiète un élu.

« Arithmétiquement, c’est toujours possible, assène le président du groupe, Gilles Le Gendre. Je ne fais pas le fanfaron. Il faut rassembler, ce sera le leitmotiv jusqu’à mon dernier souffle à la tête de ce groupe. »

Deux vagues de départs se sont succédé. La première fut très politique, incarnée par des personnalités engagées de longue date comme Jean-Michel Clément (Vienne), Paul Molac (Morbihan), François-Michel Lambert (Bouches-du-Rhône) − déjà élus sous François Hollande – ou l’écologiste Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire).

La deuxième vague, plus inattendue, interroge les fondamentaux de LRM. « Je ne retrouve plus dans ce mouvement les raisons pour lesquelles je me suis engagée », écrivait, le 7 juin, la députée de la Marne Aina Kuric, dans un communiqué où elle annonce son départ du parti. Elle décide toutefois de rester apparentée à la majorité à l’Assemblée nationale. Le 11 juin, Sandrine Josso (Loire-Atlantique) rejoint le groupe Libertés et territoires après avoir alerté sur les « dysfonctionnements » du mouvement. Quelques semaines plus tard, elle annonce sa candidature à La Baule, où LRM a déjà investi un candidat.

Depuis le printemps, les investitures pour les municipales provoquent des secousses jusque dans le groupe. Le 2 août, Michèle Crouzet, députée de l’Yonne, quitte à son tour le parti ; elle est en campagne pour la mairie de Sens, mais LRM lui a préféré un autre candidat. Même scénario à Lille, où une ancienne collaboratrice de Martine Aubry est préférée à la députée Valérie Petit (Nord). La menace de départs supplémentaires plane.

A la rentrée, un nouveau mail tombe dans les boîtes des députés. Albane Gaillot, députée du Val-de-Marne, se met à son tour en retrait du groupe pour siéger comme membre apparenté. Ses reproches font écho à ceux de certains de ses collègues qui ont pris le large. « Nous avions promis d’être les représentant.e.s d’un nouveau monde, aux nouvelles méthodes (…) Pourtant, si les têtes ont changé, les règles sont restées les mêmes », écrit-elle.

Elus sur la promesse d’une pratique plus horizontale du pouvoir, les élus se heurtent aujourd’hui à la mécanique de la Ve République, où le Parlement est soumis au calendrier et à la volonté de l’exécutif.

Une députée se lance : elle réfléchit elle aussi au fait de partir. Elle évoque, pêle-mêle, les engagements sur l’écologie non tenus, les méthodes de gouvernance au sein du parti et du groupe. « J’ai essayé de changer les choses de l’intérieur, de m’impliquer plutôt que d’être dans l’affrontement. Mais c’est toujours les mêmes qui sont partout, qui ont des responsabilités, qui cumulent, dit-elle en soupirant. Je vis très mal la situation de Richard Ferrand, ajoute-t-elle, quelques jours après la mise en examen du président (LRM) de l’Assembée nationale qui refuse de démissionner le temps de la procédure judiciaire. Les Français demandent de l’exemplarité, poursuit-elle. Le signal envoyé n’est pas le bon. »

En septembre, un autre péril a été évité de justesse quand les députés juppéistes du groupe « Agir » ont tenté de recruter quelques députés LRM pour parvenir à constituer un groupe indépendant de l’UDI dont ils ne voulaient plus entendre parler (minimum 15 élus). « Même pas en rêve, a tranché Gilles Le Gendre, le patron de LRM à l’Assemblée. Mais ils reviendront à la charge…

En plus des départs, les défections sur les votes de certains textes ont atteint des seuils critiques. Le 23 juillet, le groupe LRM n’avait pas la majorité absolue seul lors de la ratification du CETA (retraité de libre-échange entre l’UE et le Canada). Il n’a été sauvé que par quelques traitres de la fausse-droite. Lors du vote de la proposition de loi anticasseurs en février, il ne l’atteignait que d’une voix. « Ce sera plus difficile à l’avenir de leur faire voter ce qu’ils ne veulent pas voter, anticipe un proche d’Edouard Philippe, le premier ministre. Ce qui entrave la liberté de vote d’un élu, c’est la volonté de regagner des élections. Or, un certain nombre d’entre eux ne vont pas se représenter. » Ça les libère !

Face à ce péril, le groupe colmate les brèches et panse les plaies. « Chaque député dont je me dis qu’il se pose des questions mérite un soin absolu de ma part »,explique Gilles Le Gendre.

Les exclusions sont pesées au trébuchet. Cédric Villani (Essonne), candidat dissident à la Mairie de Paris, est soutenu par plusieurs de ses collègues LRM. Le chef de file de la majorité est le premier à demander qu’il ne soit pas exclu. Il assure que cela n’a rien à voir avec l’unité de son groupe. « Vous auriez créé une fracture définitive en virant Villani », estime pour sa part un ministre.

A la rentrée, Gilles Le Gendre a missionné deux membres de sa présidence pour éviter de nouveaux départs. Florent Boudié doit faire en sorte que les déçus des municipales restent au sein du groupe ; Nicolas Démoulin est chargé du soutien aux élus lorsqu’ils rencontrent une difficulté en circonscription ou n’obtiennent pas une responsabilité qu’ils briguent.

Paradoxalement, la perte de la majorité absolue n’est pas un péril pour Emmanuel Macron. « Symboliquement, c’est un signe d’affaiblissement », analyse Bastien François, professeur de sciences politiques à l’université Paris-I. « Mais Macron va s’en sortir », ajoute-t-il. Depuis le début du quinquennat, l’exécutif est toujours parvenu à faire voter ses lois, bien souvent avec le soutien de groupes d’opposition à droite, trop contents d’aller à la soupe et de pouvoir espérer quelque prébende ! La perte de l’hégémonie impliquerait de devoir s’appuyer sur ces alliés. « Ça veut dire qu’il faut qu’on soit bien coordonnés et capables d’élargir à droite, mais aussi à gauche », explique Patrick Mignola, patron des députés MoDem.

« Pour Macron, c’est d’ailleurs beaucoup plus simple que pour d’autres, note Bastien François. François Hollande n’avait aucune marge à l’extérieur de sa majorité. Emmanuel Macron a une large réserve de voix au centre. » M. Mignola imagine ainsi une majorité structurée en « deux grands courants : un pilier social-démocrate autour de LRM et un grand centre autour du MoDem ». Mais certains « marcheurs » ne sont pas de cet avis et voudraient rester majoritaires seuls. « On ne veut pas que le MoDem ait un levier sur nous. Ils sont déjà très très bien servis », cingle une députée en vue.

Mais « Les députés LRM sont très habités par la méthode Macron et veulent la réussite du quinquennat », note un proche d’Edouard Philippe. « Si les sondages expliquent qu’on se dirige vers un affrontement Macron-Le Pen lors de la présidentielle, ça va fortement discipliner le groupe. Lâcher le président dans ce contexte, ce serait se tirer une balle dans le pied », ajoute Bastien François. Vous comprenez pourquoi Emmanuel Macron A BESOIN de Marine Le Pen et qu’il fait tout pour lui laisser un peu de place…Comme François Mitterrand avec Jean-Marie Le Pen.

Le chercheur n’en constate pas moins le caractère inédit de l’effritement des troupes majoritaires. « Cela n’existait pas avant, car les députés avaient une étiquette partisane et une histoire. C’était plus difficile pour eux de quitter leur parti. » « L’érosion est une nouveauté qui tient à la sociologie politique des élus,ajoute-t-il. Elle dit quelque chose de qui sont les députés, de la faiblesse doctrinale de LRM. Elle dit le macronisme. »

C’est-à-dire l’opportunisme du mouvement né de

Le 16 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

5 Réponses to “La République en Marche (LRM) s’est construite sur du sable.”

  1. Hervé J. VOLTO octobre 16, 2019 à 10:42 #

    Et si la France connaissait un scénario à l’ukrainienne? Un humoriste qui fait acte de candidature un 31 décembre, telle une boutade, lance sa campagne sur les réseaux sociaux plutôt que sur les estrades, assume son inexpérience politique et finit par l’emporter, haut la main, face au président sortant. C’est ce qui est arrivé à l’homme de télévision Volodymyr Zelensky. En avril dernier, il a battu à plates coutures le chef de l’État en exercice, Petro Porochenko. Avec un score sans contestation: 30 % des voix au premier tour et 73 % au second. Son mouvement politique, créé à l’occasion, portait le même nom que l’émission qu’il animait…

    Cette hypothèse de travail commence, en tout cas, à être évoquée par certains macronistes. Conscients d’avoir creusé l’écart avec leurs rivaux sur la scène politique française, persuadés que le Rassemblement national compte encore trop d’opposants coalisés contre lui, ils craignent que le danger ne vienne finalement d’ailleurs. D’un pitre sans programme,

    MAIS… pourquoi pas un candidat Royal ? sous la poussée de nations plus résistantes ou hostiles, il est possible que s’écroule le château de cartes de la démocratie crypto-communiste que nous subissons. Au milieu des ruines, sera-ce là le moment que choisira Dieu pour désigner l’héritier des Quarante Rois qui relèvera la France ?

    Le Prince Jean se préoccupe désormais de faire vivre le titre de Comte de Paris sans grands moyens : il n’est pas le seul ! le Prince Louis est investi presque complètement dans la défense de l’héritage menacé de son aïeul Francisco Franco, outre ses affaires personnelles dont le poste d’administrateur suppléant du Banco occidental de descuento le mouille dans les déboires de la banque de son beau-père. On dit aussi, qu’un Prince Henri vivrait incognito…

    Charles-Emmanuel de Bourbon Parme avait obtenu un rapprochement des Princes Henri, Jean et Louis au moment des commémorations de l’assassinat d’Henri IV : LE PRINCIPE ROYALS, qui que LE ROI EST LA SEULE AUTORITE LEGITIME EMANANT DE DIEU, est à la base du Légfitimisme mais est également commun aux néo-Légitimistes que sont les Survivantistes, les Pramistes et les Providentailistes : le principe est le même, seul le Prétendant change. Des Orléanistes convincus mais authentiqument Catholiqes, comme un Charles Péguy ou un François-Marie algould, pourraient rejoindre notre discourt : Dieu reconnaîtra les siens…

    Quand on veut, on peut.

  2. Hervé J. VOLTO octobre 16, 2019 à 11:10 #

    Ce qui a été dit sur les princes est ce que racontnt les mauvaises lagues. Il faut entenir compte pour les combattre et, DANS L’ATTENTE DU PRINCE, continuer à SERVIR LE PRINCIPE.

  3. Hervé J. VOLTO octobre 16, 2019 à 11:47 #

    Pour notre part,nous estimons que les Rois de France ont suffisamment servir notre Patrie durant 15 siècles -ces derniers 1000 ans comme Dieu le voulait- pour que nous, Royalistes, nous portions RESPECT, SYPATHIE ET AFFECTION à tous les descendants actuels de nos Rois : aujourd’hui LES BOURBONS…

    EMMANUEL MACRON, tel NERON, n’ayant cure de l’érosison de son parti, que Paris Brule et que la révolte gronde, entend continuer jouer de la Lyre. Et donc se représenter sans complexe aux Présidentielles de 2022 ! La seule candidate en garde de l’affronter ne sera autre que Marine Le pen.

    Mais si cette dernière voudra réellement l’emporter, elle devra compter sur les voix Royalistes. A bon entendeur…

  4. Jean André octobre 16, 2019 à 4:59 #

    Excellente analyse d’un processus (cette « érosion ») dont peu d’entre nous (moi-même en tous cas) avions saisi l’importance, à la fois quantitative et qualitative, dans une perspective à moyen terme : 2022 n’est pas si loin, et dans deux ans, même nous-mêmes serons – avec la grâce du Seigneur – encore là, pour nous réjouir (j’espère) d’un réel Renouveau de ce grand pays qui est le nôtre! Félicitations, et merci de nous ouvrir les yeux.
    J’ai par ailleurs bcp aimé l’idée proposée ci-dessus par M. Volto (la première des deux surtout, que paradoxalement, au train où vont les choses sur notre planète, je touve plus réaliste que la seconde).

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