Les vieux démons de l’Espagne reprennent vie en Catalogne.

18 Oct

Fini le temps des utopies, voici venu celui de la violence. Comme en 1936. Et cette fois au travers des émeutes de Barcelone et autres villes de Catalogne, aux mains des anarchistes. De grâce,

FRANCO, REVIENS !

Ils appellent cela des « marches pour la liberté« . Ce ne sont que de vulgaires émeutes gauchistes. Jugez-en.

Un bruit sourd, comme un coup de tonnerre, résonne dans la nuit : une benne à ordures vient d’être jetée au sol, vomissant sur la chaussée ses sacs-poubelles, dans le quartier bourgeois de l’Eixample, en plein cœur de Barcelone. Un groupe de jeunes, visage caché par un foulard et capuche sur la tête, y met le feu et regarde ce spectacle avec satisfaction. D’autres recommencent l’opération un peu plus loin. A une fenêtre, une femme sort sa tête et constate les dégâts. « Fascistes ! », crie-t-elle en direction des jeunes en leur reprochant leur comportement. Ils lui répondent par des insultes. Seule différence avec les émeutes qui se produisent de loin en loin dans les quartiers les plus malfamés des banlieues de notre République, ces racailles-là sont catalanes quand les nôtres sont maghrébines ou sub-sahariennes. Autres lieux, mêmes moeurs !

Lorsque les pompiers arrivent, ces derniers sont applaudis – en octobre 2017, nombre d’entre eux avaient aidé à la tenue du référendum illégal –, ce qui ne manque pas d’ajouter une touche de surréalisme aux débordements. Mais quand la police débarque, ils se cachent dans les halls d’immeuble, le temps que la voie redevienne libre, puis ils reprennent leur rituel incendiaire un peu plus loin.

Mercredi 16 octobre, les manifestations contre l’arrêt de la Cour suprême espagnole, qui a condamné des figures indépendantistes catalanes à des peines allant de neuf à treize ans de prison, se sont terminées une nouvelle fois dans la violence. Celle-ci est encore montée d’un cran, avec une dizaine de voitures brûlées, des feux d’artifice lancés sur un hélicoptère de la police, en plus des jets de pierres et des barricades en feu déjà vus ces derniers jours. Une trentaine de personnes ont été arrêtées et une cinquantaine de blessés étaient à déplorer. Quelque 200 agents de la police nationale espagnole sont annoncés en renfort des Mossos d’Esquadra, les forces de l’ordre catalane débordées, dans les prochains jours.

Le mouvement indépendantiste, qui s’est caractérisé ces dernières années par la non-violence et tout critiquable qu’il soit, est en train de se métamorphoser. En tout cas, la tentation est là, chez une partie croissante des manifestants. « Les plus grandes révolutions ne se sont pas faites avec des fleurs, en manifestant pacifiquement », assure une jeune fille de 17 ans, et qui veut jouer à la nouvelle Pasionaria, Dolores Ibárruri de sinistre mémoire.

Avec deux autres amies, elles regardent brûler la rue Consell de Cent, le visage caché par un foulard. Féministes, anticapitalistes et communistes, elles disent vouloir l’indépendance « mais pas celle que demande la bourgeoisie catalane. Nous voulons une indépendance faite par la classe ouvrière, pour que les femmes aient les mêmes droits que les hommes, que les familles puissent avoir une maison, que les gens ne dorment pas dans la rue ». Nous y sommes. Même si son jeune âge nous incite à lui pardonner autant d’inculture, d’approximations et de confusions !

« Nous avons essayé par tous les moyens pacifiques et on ne nous a pas écoutés, explique plus loin un jeune homme de 23 ans qui se fait appeler Jordi. Ces incendies sont le résultat de l’emprisonnement de nos chefs politiques. Nous sommes arrivés à bout, dans une situation limite. On ne peut plus être pacifiste : nous sommes débordés par un sentiment d’impuissance. On veut nous priver de nos droits, comme celui de voter pour nos leaders politiques, en les envoyant en prison pour un référendum que nous leur avons demandé de faire. Ce n’est pas de la justice, c’est de la vengeance. »

Pourtant alors que la nuit s’accompagne de débordements, dans la journée, les manifestations ont un caractère familial et festif. A l’image du caractère profond des Catalans d’un certain âge. Cinq colonnes formées de milliers de personnes sont ainsi parties de Tarragone, Gérone et d’autres villes catalanes, mercredi, pour rejoindre Barcelone vendredi, jour de grève et de mobilisation. Mais personne ne sait si ce mouvement-là ne sera pas lui aussi récupéré par les plus violents d’entre eux.

Le président du gouvernement catalan, l’indépendantiste radical Quim Torra, les a rejoints, alors qu’elle coupait une autoroute, et fait un bout de chemin avec les manifestants, quitte à susciter une vive controverse. « Il semble davantage militant que président. Nous n’avons pas besoin d’un président qui va à des manifestations au lieu de donner des explications », a réagi la maire de Barcelone, Ada Colau, de la gauche alternative. Confusión Confusión ! Méthode traditionnelle de la gauche marxiste.

Le président du gouvernement de Catalogne a attendu plus de vingt-quatre heures avant d’appeler au calme les manifestants qui avaient déjà commis des saccages la veille. « Cela doit cesser tout de suite. Il n’y a aucune raison ni justification au vandalisme », a finalement déclaré Quim Torra, lors d’une très brève allocution sur la chaîne de télévision publique catalane, TV3, aux environs de minuit. Tout en insistant sur le fait que « le mouvement indépendantiste n’est pas et n’a jamais été violent » et en laissant entendre que les débordements viennent d’« infiltrés et de provocateurs ». Ben voyons…Encore un pompier pyromane.

« Il est bon et normal que nous protestions contre une sentence injuste et absolument aberrante. Mais la protestation doit être pacifique », a ajouté M. Torra, visiblement prisonnier des contradictions entre sa fonction institutionnelle et son engagement indépendantiste.*

Plus tôt, aux alentours de 21 heures, le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, lui avait demandé de condamner la violence. Sous pression du Parti populaire (PP, droite), du parti libéral Ciudadanos et de la droite radicale de Vox qui lui demandent d’appliquer des mesures exceptionnelles afin de rétablir le calme, il a promis « fermeté et proportionnalité », et une réponse « modérée » visant à « garantir le droit à la liberté d’expression tout en préservant le vivre ensemble et la tranquillité ». Un sommet de langue de bois d’un chef de gouvernement…aux abois. Il a aussi annoncé la création d’un comité interministériel visant à suivre les événements en Catalogne, composé de représentants des principaux ministères, de l’intérieur, l’économie ou la défense et des services de renseignement (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/20/espagne-chose-promise-chose-due/).

Dans la rue du Consell de Cent, deux hommes de 68 ans, Antonio et Rafael, deux voisins non indépendantistes, se désolent devant les bennes à ordure en cendres. « Tout cela vient de loin : depuis l’annulation du statut d’autonomie en 2010, cela n’a fait qu’empirer et maintenant nous en payons le prix. La violence n’est le fait que de quelques-uns, mais elle profitera à l’indépendantisme : l’Espagne ne supportera pas la Catalogne et vice-versa », assure Antonio. « Cela aboutira à une nouvelle mise sous tutelle des institutions catalanes. Mais si ça doit exploser, que ça explose parce qu’on ne peut pas vivre avec toute cette tension en permanence », ajoute Rafael, fataliste.

De grâce, Franco, reviens !

Le 18 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* A ce propos, ne manquez pas de lire la tribune d’un ramassis de faux-culs indépendantistes auxquels Le Monde a prêté ses colonnes, en date de vendredi 18 octobre. Vous serez édifiés : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/17/la-solution-a-la-crise-catalane-passe-par-le-dialogue-la-democratie-et-l-autodetermination_6015793_3232.html

Une Réponse to “Les vieux démons de l’Espagne reprennent vie en Catalogne.”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Retour du Frente popular en Espagne : vive la guerre incivile à venir alors ? Moloch trépigne de joie ! – nicolasbonnal.com - novembre 13, 2019

    […] Tout cela ne vous rappelle-t-il rien ? À nous si : la situation du pays entre 1931 et 1936, de triste mémoire, et qui mena le pays inexorablement vers la guerre civile. Souvenez-vous d’ailleurs de l’un de nos récents articles sur le sujet, intitulé « Les vieux démons de l’Espagne reprennent vie en Catalogne » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/18/les-vieux-demons-de-lespagne-reprennent-v…). […]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :