Brexit : Boris Johnson a fait quelques concessions mais l’UE davantage encore. Savez-vous pourquoi ?

19 Oct

Parce que Michel Barnier, le négociateur de l’Union européenne dans la discussion sur le Brexit, et la Commission de Bruxelles ont fini par comprendre qu’en cas de sortie du Royaume-Uni de l’Union sans accord…les plus gros perdants ne seraient pas les Britanniques. Ils ont aussi compris que Boris Johnson, plus sûr de lui que Theresa May, ferait tout (contrairement aux attentes de l’UE) pour ne pas accepter l’organisation d’un nouveau référendum sur la sortie de l’Union. C’est ce que nous disions déjà ici : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/ . Que de temps perdu !

Aussi, jeudi 17 octobre vers 18 heures, tout le monde veut voir « Boris », qui a réussi, contre toute attente, à décrocher son « deal » le matin même« Nous avons un superbe accord », assure le premier ministre britannique, toujours aussi énergique. « Nous avons un bon deal », confirme la chancelière allemande Angela Merkel, deux salles à côté, à sa manière, plus sobre. Tout le monde semble content. Soulagé au moins.

Les textes de l’accord de divorce entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni viennent d’être rendus publics ; les diplomates des pays membres n’ont même pas eu le temps de les lire. Certains s’inquiètent. Tous les négociateurs savent que le diable se cache dans les détails. Et tout le monde en a conscience, le plus dur reste à faire : que le « deal » soit approuvé par les députés britanniques.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, n’a pas beaucoup dormi. « J’ai téléphoné deux fois à Boris pendant la nuit », confie-t-il. Car jusqu’au milieu de la matinée, rien n’était plié. Sur la fin, les négociations européennes ressemblent souvent à cela : des montagnes russes. Espoir le matin, coup de pompe à midi, regain d’espoir en fin d’après-midi, découragement en soirée… la dernière ligne droite du Brexit n’a pas dérogé à la règle.

La veille, mercredi soir, le « deal » semblait à portée de main. Les négociateurs s’étaient entendus sur les sujets majeurs des contrôles douaniers, du droit de veto nord-irlandais et de la déclaration politique censée esquisser la relation future entre le Royaume-Uni et ses ex-partenaires de l’UE. Restait la question de la TVA.

Mais jeudi matin, le Parti unioniste démocrate (DUP) nord-irlandais a estimé qu’« en l’état » les conditions n’étaient pas réunies pour qu’un accord soit viable. Or, sans les unionistes protestants, Boris Johnson aura peu de chances de faire ratifier le texte à la Chambre des communes… « Il y aura un deal ou il n’y aura pas de deal », commentait-on, laconiquement, au Conseil, jeudi, en fin de matinée. Il y a donc eu « deal ».

Cela peut paraître long : c’est en réalité extrêmement court. Il n’aura fallu que six jours de discussions entre Bruxelles et Londres pour accoucher d’un traité de divorce. Le second. Le précédent accord, celui de Theresa May, agréé à l’automne 2018 après dix-huit mois de négociations, est mort au printemps. A trois reprises, la Chambre des communes – Boris Johnson en tête – l’a rejeté. Mais les partenaires européens n’avaient probablement pas encore tout compris !

Le désormais premier ministre britannique n’a choisi de s’engager sérieusement dans les discussions avec Bruxelles que début octobre, après avoir davantage mené campagne au Royaume-Uni, en vue d’élections générales à venir, que fait le siège des institutions européennes. Quand il est arrivé à Downing Street, fin juillet, des sources bruxelloises glissaient qu’il ne serait pas question de lui donner, à lui, ce qui avait été refusé à Theresa May, appréciée pour sa droiture et son sérieux. « C’est un peu injuste », commente un proche des pourparlers, côté bruxellois. « Mais s’il y en a un qui peut vendre un accord à la Chambre des communes, c’est Boris », poursuit cette source. C’est carrément injuste.

Pour « Boris », la rencontre décisive fut celle avec le chef du gouvernement irlandais, Leo Varadkar, garant, avec Londres, de l’accord du Vendredi saint – signé en 1998, il a apporté la paix sur l’île –, le 10 octobre à Wirral, dans le nord-ouest de l’Angleterre, dans un manoir reconverti en résidence de luxe pour réceptions huppées.

C’est là que le dirigeant britannique a fait ses concessions les plus importantes. Plus question d’accorder un droit de veto sur une solution nord-irlandaise au DUP ; pas question non plus de tolérer des contrôles douaniers entre les deux Irlandes. C’est aussi à Wirral que M. Varadkar a fait un pas décisif, et donné un signal au reste du continent, en acceptant la ligne rouge de Londres. L’Irlande du Nord pourrait rester dans une union douanière britannique, si tant est qu’une frontière n’apparaisse pas entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’UE. De cette manière, l’intégrité du territoire britannique serait respectée après le divorce, conformément à la volonté des brexiters et du DUP.

Dès le lendemain, le 11 octobre, avec l’assentiment de Michel Barnier – le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit –, les Européens sont entrés dans un « tunnel » de négociations, alors qu’une semaine plus tôt ils campaient sur d’apparentes positions inflexibles.

Trois ans après le référendum sur le Brexit, ils veulent passer à autre chose car ils savent désormais qu’un « NO DEAL » (pas d’accord) les angoisserait davantage qu’un troisième report des négociations. « Quelle que soit la manière dont on les regardait, les perspectives n’étaient pas meilleures que ce que l’on pouvait avoir maintenant. Elles pouvaient même être pires », commente un diplomate. C’est déjà ce que nous avancions depuis près d’un an.

Les Européens vont donc alors faire une concession d’importance : accepter que le dispositif imaginé pour l’Irlande du Nord puisse être remis en cause, dans quelques années, par les élus de la province britannique. Sous condition : le DUP ne doit pas être le seul arbitre.

Le week-end est studieux, mais infructueux. Enfermés au Berlaymont (le siège de la Commission européenne), les négociateurs ne profitent pas du beau soleil qu’il fait à Bruxelles. Et dimanche soir, Michel Barnier annonce qu’il reste « beaucoup de travail ». Les experts et les médias, eux, se découragent : à ce train, on n’aura jamais fini avant le Conseil des 17 et 18 octobre, qui doit entériner l’accord si on veut un Brexit au 31 octobre, comme l’a promis Boris Johnson.

Car, durant un sommet, il n’est plus question de négocier mais de trancher. Certes, les trois quarts de l’accord obtenu par Theresa May – sur le traitement des citoyens européens, Euratom, etc. – restent inchangés, mais il faut rédiger un texte légal pour l’union douanière nord-irlandaise, et réécrire la vingtaine de pages de la déclaration politique, qui esquisse la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni.

Lundi passe puis mardi… Un ultimatum de M. Barnier à minuit ce soir-là n’est pas respecté par Londres, mais les négociateurs ont finalement bien avancé et les signaux positifs se multiplient. Mercredi, les négociateurs n’ont pas beaucoup dormi et ils ont encore mangé des pizzas dans les bureaux de la Commission !

Ils continuent pourtant d’éplucher les quelques points encore en contentieux. Dans ce contexte, le programme du Conseil européen n’est pas arrêté, il est suspendu aux négociations en cours. Entre la guerre menée par la Turquie contre les Kurdes en Syrie, la mise en place laborieuse de la nouvelle Commission de Bruxelles, ou encore le budget pluriannuel européen, le sommet des dirigeants de l’UE ne manque pourtant pas de matière. Prévue à 14 heures, une réunion des représentants des Vingt-Sept s’est finalement tenue à 19 h 30. Michel Barnier y explique que les discussions ne butent plus que sur la question de la TVA, un sujet apparu sur le tard.

A Dublin, très bon baromètre de la négociation, le ton reste très prudent. En début d’après-midi, mercredi, « il y a un chemin vers un possible accord, mais beaucoup de points encore à régler », précise M. Varadkar, après un coup de fil à M. Johnson.

Cela bloque aussi à Londres, où le premier ministre britannique est engagé dans un exercice difficile : céder un peu de terrain aux Vingt-Sept sans perdre le soutien des brexiters durs, dont les voix sont indispensables pour qu’un accord passe à la Chambre des communes – les dix élus du DUP à Westminster et l’aile droite des tories, membres de l’European Research Group (ERG). Ils ont rendez-vous quasi quotidiennement au 10 Downing Street depuis le week-end. Mercredi encore, Arlene Foster, la patronne du DUP, et Nigel Dodds, son adjoint, ont été aperçus sortant de la résidence du premier ministre. Steve Baker, éminent membre de l’ERG, et quelques collègues ont eux aussi revu M. Johnson. Il leur a dit dans l’après-midi, à sa manière poétique, que « le sommet est en vue, mais il reste dans les nuages »…

En fin d’après-midi, les feux repassent au vert, côté Bruxelles. En direct de Toulouse, où il assiste avec Angela Merkel à un conseil des ministres franco-allemand, le président français, Emmanuel Macron, parle de la possibilité de conclure « dans les prochaines heures ». « Nous sommes dans les derniers mètres de négociations », lâche la chancelière allemande, d’ordinaire très prudente.

Côté européen, des proches des négociations expliquent que le DUP a cédé. Mais à Londres, le Parti unioniste reste silencieux.…

Jeudi matin, l’accord à peine connu, tous les regards se tournent vers Londres, avec, en tête, l’incertaine ratification du « deal » par les députés britanniques. Après un an de chaos à Westminster, l’heure est désormais à l’extrême prudence. Car le DUP a fait savoir qu’il ne voterait pas le compromis. « Boris » va donc devoir ratisser très, très large d’ici à la séance de samedi au Parlement. Ce n’est pas encore acquis mais, pourtant, les eurolâtres commencent à comprendre que « Boris » va probablement gagner son pari et vous en aurez la preuve dans le dépit exprimé par le dernier éditorial de notre quotidien officiel de la pensée conforme et obligatoire, Le Monde (https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/18/brexit-amer-compromis-pour-l-europe_6015994_3232.html).

Mais tous savent qu’il n’y aura pas de nouveau référendum ! Il faudra donc bien que le « Brexit » se fasse….pour que nous puissions enfin démontrer aux Français que c’est la meilleure voie pour notre pays.

Le 19 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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