La boite de Pandore d’Emmanuel Macron.

21 Oct

Ce lundi 16 septembre, dans les jardins de l’hôtel de Rothelin-Charolais, siège du ministère chargé des relations avec le Parlement, les députés et sénateurs La République en marche (LRM) ont été conviés dans la soirée pour un pot de rentrée autour d’Emmanuel Macron, qui souhaite mobiliser ses troupes pour l’acte II du quinquennat.

Derrière son pupitre « Jupiter », censé évoquer la proue d’un bateau, le chef de l’Etat, en costume bleu sombre, lance l’offensive sur l’immigration, en tête de ses nouvelles priorités. « Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder le sujet en face,assène-t-il. En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste. » Ah, que voilà de bien bonnes paroles ! Ecoutez d’ailleurs la suite.

Il explique que« bourgeois » n’ont pas de problème avec l’immigration car « ils ne la croisent pas » (ndcer: ça dépend lesquels et où. S’il ne parle que des décideurs et de ceux qui habitent les plus beaux quartiers de Paris et de nos grandes métropoles…il a raison). Ce sont les « classes populaires » qui « vivent avec ». Il rappelle alors que le Parlement doit débattre du sujet quinze jours plus tard. Et incite les siens à prendre le sujet « avec maturité et calme ».

Le président est rentré de vacances avec une idée fixe : impulser un virage régalien au quinquennat, afin de préparer la présidentielle de 2022. Il ne veut pas reproduire la coupable naïveté de Lionel Jospin, qui se pensait protégé par son bilan économique, avant de trébucher sur la sécurité, en 2002. Il sait aussi que son socle électoral a muté depuis 2017 : il s’est largement droitisé en recueillant le soutien de beaucoup de sympathisants des Républicains et du centre, aveuglés par les apparence et ne réfléchissant pas plus loin que le bout de leur nez. Il a en outre besoin de renouer avec les catégories populaires après la crise des « Gilets jaunes », considérée par le pouvoir comme un sérieux avertissement.

La veille de son discours devant les élus LRM, Macron a reçu à dîner à l’Elysée les caciques de la majorité, pour leur expliquer pourquoi il entend remettre l’immigration au cœur du débat public. Il émet même, en des termes parfois crus, son souhait d’augmenter les expulsions d’Albanais sans papiers, selon un participant à ce dîner.

Dans les jardins de l’hôtel de Rothelin-Charolais, le discours offensif du chef de l’Etat est accueilli fraîchement. Notamment dans les rangs des élus LRM issus de la gauche, qui avaient applaudi aux prises de position du candidat d’En marche ! quand il se posait en champion de la « société ouverte ». « Choquée » par les propos présidentiels, la députée LRM des Alpes-de-Haute-Provence Delphine Bagarry s’indigne ainsi : « J’avais l’impression d’écouter non pas l’homme de la campagne présidentielle mais un responsable du Front (ndcer: Rassemblement) national ! » Souvenez-vous de ce que nous écrivions il y a peu ici : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/16/la-republique-en-marche-lrm-sest-construite-sur-du-sable/ . Emmanuel Macron a, en effet, besoin du Rassemblement national pour subsister. Comme d’autres avant lui.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on assume. « Il n’était pas possible d’introduire cette question dans le débat sans le faire spectaculairement », dit en souriant l’un de ses soutiens. Mais déjà, certains s’inquiètent des conséquences de la manœuvre. « Il y a un risque qu’on laisse le débat [sur l’immigration] dériver vers l’identité, sur laquelle on n’a rien préparé… », soupire un député LRM. Une série d’événements, sans lien entre eux, va lui donner raison.

A l’approche du débat au Parlement, programmé le 30 septembre, un premier épisode vient envenimer le débat. Le 28 septembre, la garde rapprochée de Marion Maréchal organise à Paris une « convention de la droite », qui rassemble les tenants d’une droite forte et identitaire. Sous l’impulsion du polémiste Eric Zemmour, la réunion exprime avec vigueur la dénonciation de l’islam et d’une volonté de « Grand Remplacement » de la population française de souche, blanche et chrétienne, par une population immigrée de confession musulmane.

A la tribune, Eric Zemmour estime que les « problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam ». Son intervention, diffusée en direct par la chaîne LCI, fait grand bruit et réveille quelques esprits endormis.

Quatre jours plus tard, l’attaque à la Préfecture de police de Paris vient chambouler l’agenda présidentiel. Le 3 octobre, un informaticien de 45 ans, affecté au service technique de la direction du renseignement, égorge et poignarde quatre de ses collègues avec un couteau de cuisine, dans les bureaux de la préfecture. La charge symbolique de l’attentat, qui endeuille une nouvelle fois le pays, est lourde : l’Etat se voit frappé au cœur, de l’intérieur, démontrant le réalisme de nos innombrables mises en garde contre la « Barbarisation » de nos forces de sécurité.

La gestion catastrophique de l’évènement par le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, qui a d’abord laissé entendre que le terroriste ne présentait aucun signe de dangerosité, donne le sentiment d’une perte de contrôle, voire d’un déni de la part des autorités, et dévoile ce que nous savions tous depuis longtemps : LE ROI EST NU !

La riposte de Macron se veut donc martiale. Et ses mots, guerriers. Le 8 octobre, dans la cour de la Préfecture de police, le chef de l’Etat rend hommage aux victime du terroriste islamique et demande aux Français de « faire bloc » face à « l’hydre islamiste » (Tiens, tiens, curieux cette reprise de notre propre terminologie…- https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/18/lhydre-islamique-navance-meme-plus-masquee-en-france/  -). Il appelle aussi à construire une « société de vigilance ».

La veille, le débat sur l’immigration à l’Assemblée, repoussé d’une semaine à cause de l’attentat, a enfin ouvert les perspectives d’un glissement entre immigration, islam et terrorisme.

« Il existe un lien entre l’immigration anarchique et le fondamentalisme islamiste dans notre pays », souligne ainsi d’emblée la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen. De l’autre côté de l’hémicycle, le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon juge que ce débat n’est qu’un prétexte pour instiller le « poison de discorde dans les veines du pays ». « Pourquoi attiser cette braise-là ? », interroge-t-il.

Au sein de la majorité, le malaise persiste. Lors du discours du Premier ministre Edouard Philippe, à l’Assemblée, plus de la moitié des élus macronistes manquent à l’appel (Là encore, relisez ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/16/la-republique-en-marche-lrm-sest-construite-sur-du-sable/). Pour déminer, l’exécutif met en avant un argument : loin d’aller chasser sur les terres du RN, le débat sur l’immigration doit empêcher l’extrême droite d’occuper seule le terrain. Tu parles ! D’autant plus qu’aucune annonce concrète n’est faite dans la foulée et que personne ne connaît les intentions du gouvernement sur le sujet, un an seulement après la loi Collomb sur « l’asile et l’immigration », entrée en vigueur le 1er janvier mais dont chacun peut constater qu’elle ne sert à rien. « Tout ça pour ça ! », s’agace un député LRM.

Le 11 octobre, un événement survenu au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté vient envenimer encore le débat. L’élu RN Julien Odoul a posté une vidéo dans laquelle il s’en prend à une femme voilée qui accompagne un groupe d’enfants venus assister à l’assemblée plénière. Il lui demande de retirer son voile.

« Après l’assassinat de nos quatre policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste », commente Julien Odoul dans son tweet. Le lendemain, sa vidéo a déjà été vue plus de 800 000 fois.

Le dimanche qui suit, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye et le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer condamnent l’attitude de l’élu de droite. Mais sur le fond, deux lignes s’affrontent au gouvernement. Si le ministre rappelle que la loi n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants, il ajoute que le voile « n’est pas souhaitable en France« . Aussitôt applaudi par des ministres issus de la droite, Bruno Le Maire (économie) et Gérald Darmanin (action et comptes publics).

De son côté, la fameuse Sibeth-(Pastankça) Ndiaye, soutenue par son collègue Cédric O, comme elle issu des rangs de la gauche, assure au contraire qu’elle n’a « pas de difficulté à ce qu’une femme voilée participe à une sortie scolaire ». Et reconnaît des « débats » au sein de l’exécutif.

L’incendie se propage à la majorité : les uns accusent les autres de défendre une « laïcité rigide », qui a pour effet de « stigmatiser les musulmans » ; les autres reprochent aux uns de « cautionner des replis communautaristes inacceptables dans la République ». Angle mort de la Macronie depuis le début du quinquennat, la question de la laïcité met en lumière ses contradictions internes. Et surtout son incapacité absolue à accepter…

D’APPELER UN CHAT, UN CHAT.

Ce flottement ouvre un boulevard aux oppositions. La droite durcit le ton sur le voile, parle d’un risque de « sécession ». Le tout nouveau président des Républicains (LR), Christian Jacob, demande une loi pour interdire le voile aux accompagnatrices de sorties scolaires. Même Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, qui a quitté le parti, appelle Emmanuel Macron à « changer » face à « l’islam politique ». « Sur le fond, tout le monde est d’accord avec nous », ironise le vice-président du RN, Jordan Bardella.

A gauche, c’est la consternation pendant que, de son côté, l’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls, retiré de la vie politique française et qui file le parfait amour dans la merveilleuse île de Minorque avec sa milliardaire catalane, ne résiste pas à sortir du bois sur son sujet de prédilection. « L’islam politique amène à l’islamisme, l’islamisme à la radicalisation et la radicalisation peut amener au terrorisme », martèle-t-il sur Europe 1, le 18 octobre, apportant un soutien sans réserve à Jean-Michel Blanquer. Oubliant portant que c’est lui qui a ouvert, dès 2012, les vannes de la naturalisation sans retenue des immigrés de tout poil et qui osait déclarer, en 2015,

Ces gens-là sont décidément sans scrupules.

Mis sous pression, Macron cherche la parade. Alors qu’il n’a jamais semblé à l’aise sur ces sujets sociétaux, il hésite sur les réponses à apporter. Rédigé fin 2018, un projet de loi de toilettage de la loi de 1905 a finalement été abandonné au printemps 2019. « Le président ne fait pas preuve d’une clarté suffisante sur ces questions, soupire un ministre de premier plan. Parce qu’au fond, cela heurte sa vision initiale, très libérale, de la société française. » C’est l’une des meilleurs image de ce que nous appelons

Signe du flottement qui règne au plus haut sommet de l’Etat, l’entourage du président évoque, mardi 15 octobre, une prochaine prise de parole sur le sujet de la laïcité, avant de rétropédaler le soir même. L’après-midi, à l’Assemblée, Edouard Philippe, donne le tempo : pas de modification de la loi sur le voile mais une sévère mise en garde contre les « dérives communautaires » et « l’islam politique ». Il est bien temps !

Depuis Toulouse, où il se trouve le même jour pour un Conseil des ministres franco-allemand, Macron tente d’esquiver le sujet, tout en critiquant « l’irresponsabilité de certains commentateurs politiques »« Vous voudriez me mettre le singe sur l’épaule, je crois qu’il est sur la vôtre, répond-il à la presse. Tout a été confondu dans le débat et les commentaires. Le communautarisme, ce n’est pas le terrorisme, il faut distinguer les deux notions ». Un proche du président insiste : « Il ne veut pas qu’on mélange l’antiterrorisme, la laïcité, le voile, l’immigration. Tout ça fait un shaker dangereux. »

PLUS AVEUGLE, TU MEURS !

Reste qu’aux yeux de l’opposition, le responsable serait… Macron lui-même. Le député européen EELV Yannick Jadot se demande en effet pourquoi le président a choisi, un mois plus tôt, de mettre l’immigration au cœur des débats. Il dénonce une attitude de « pyromane qui se dresse en pompier ». Et quelques autres allant jusqu’à prétendre…qu’il ne fallait surtout pas ouvrir cette boite de Pandore. Car, chacun le sait, au point où nous ont mené les irresponsables et autres criminels de la République, il est des sujets qu’il ne faut surtout pas aborder et des poussières qu’il vaut mieux mettre sous le tapis.

MEME AU PRIX DE LA MORT DE NOTRE PAYS. SALAUDS !

Au sein de la majorité, beaucoup se désolent de la confusion entretenue autour de notions distinctes, sous la pression des événements. « C’est toujours la même histoire… On prétend d’abord vouloir parler de laïcité et au final, on retombe sur l’islam », regrette le député LRM des Deux-Sèvres, l’inénarrable Guillaume Chiche, pour qui « la question de la laïcité, la lutte contre le communautarisme et celle contre le terrorisme sont trois sujets différents qu’il faut cloisonner ». « Sinon, les gens mélangent tout et finissent par faire le lien entre l’islam, le communautarisme et le terrorisme… », ajoute le député, qui redoute une stigmatisation des musulmans. Sujet tabou s’il en est dans ce régime de fous.

« Lorsque Macron a lancé le débat sur l’immigration, sans doute souhaitait-il éviter qu’il ne se télescope avec le sujet de l’islam, du communautarisme, ou de l’insécurité. Mais à la faveur de l’actualité, ces différents sujets se sont percutés, au risque d’empêcher tout débat un tant soit peu serein », résume Chloé Morin, de l’institut Ipsos, qui ne voit même pas que ces sujets ne se sont pas percutés puisqu’ils n’en sont qu’un seul….

D’où la volonté marquée par l’exécutif d’éteindre au plus vite la polémique. A Bruxelles, où il assistait jeudi et vendredi à un Conseil européen, Emmanuel Macron a répété qu’il ne parlerait pas dans l’immédiat. Il a ajouté qu’il voulait « éviter de remuer des sujets » délicats « quand la société se divisait dessus ». « Mon rôle est de rassembler », a-t-il insisté.

De son côté, la porte-parole de LRM, la députée Aurore Bergé, qui avait dit vouloir voter la proposition de loi de la droite visant à interdire le voile dans les sorties scolaires, a décidé de s’astreindre à plusieurs jours de diète médiatique. « Je ne perçois pas l’intérêt de faire durer cette séquence », admet-elle.

En d’autres termes, il est urgent de refermer la boîte de Pandore et de pousser discrètement la poussière sous le tapis. Même si, à force de lâcheté, il sera bien vite…trop tard.*

Le 21 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* À relire absolument : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/08/le-lyrisme-ne-remplacera-jamais-le-courage-ni-la-volonte-politique/

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