Macron président des riches ? Les Echos ont choisi leur camp.

21 Oct
Car le quotidien de l’économie prétend par la bouche de son directeur délégué de la rédaction, Dominique Seux, que cette affirmation péjorative visant son champion n’est rien d’autre qu’une « fake news fiscale« .
Au risque de vous surprendre, sachez que Les Echos…ont raison. Emmanuel Macron n’est pas « le président des riches« . C’est pire que ça, il est comme nous allons vous le montrer, le président des très, très riches ! Et même si les mesures de redistribution décidées après la crise des gilets jaunes ont profité à une large classe moyenne, les nantis parmi les nantis restent en effet les plus grands bénéficiaires de sa politique. Quant aux pauvres, ils sont les grands oubliés de la politique économique du gouvernement, ce qui n’arrangera pas les prochaines statistiques de l’Insee sur la pauvreté (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/17/le-plus-terrible-des-paradoxes-francais/).

Faux démenti ou vrai biais idéologique ? Ce mardi 15 octobre, Les Echos étaient à un cheveux de sabler le champagne : s’appuyant sur une étude publiée le même jour par l’Institut des politiques publiques (IPP), le journal économique a pu annoncer que, sous l’ère Macron, les gains fiscaux étaient « supérieurs pour les classes moyennes à ceux des plus riches« .

Tout à sa joie, l’expert en économie macronienne a même répandu la bonne nouvelle mercredi, lors de sa chronique matinale sur France Inter : « Une évaluation des effets redistributifs de la politique fiscale du gouvernement est disponible et cette nouvelle évaluation, pour résumer à gros traits, conclut qu’Emmanuel Macron ‘président des riches’ était une fake news, un procès d’intention aujourd’hui en partie démenti« , a ainsi répété Dominque Seux à l’antenne de la radio publique. Sauf que les choses ne sont pas si simples : certes, les classes moyennes sont fiscalement gagnantes sur les trois budgets 2018-2020, mais les riches n’ont pas non plus à se plaindre. En vérité, Emmanuel Macron reste le président des ultra-riches, et certainement pas celui des pauvres.

Pour étayer leurs propos, Les Echos comme Dominique Seux s’appuient sur une donnée tout ce qu’il y a de plus exacte : en cumulant les effets des budgets 2018, 2019 et 2020, le revenu disponible – soit la somme des revenus après paiement des prélèvements obligatoires et réception des prestations sociales – des ménages français situés entre le 3ème et le 8èmedécile sur l’échelle des revenus a augmenté de 3%, contre un peu plus de 1% de hausse pour les deux derniers déciles, soit les classes les plus riches.

Autrement dit, selon cette évaluation, qui prend en compte les mesures d’urgence adoptées pour apaiser les gilets jaunes et la baisse d’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros pour 2020, la politique économique du gouvernement profite plus proportionnellement aux 60 % de Français constituant une classe moyenne élargie qu’aux 20 % de nos compatriotes les plus nantis (beaucoup d’entre nous en savent quelque chose !).

Une donnée qui « tempère nettement l’image de ‘président des riches’ qui colle à Emmanuel Macron depuis la réforme de l’ISF« , soulignent Les Echos, qui martèlent même : « La hausse pour les classes moyennes serait même supérieure à celle des très hauts revenus (2 %) qui ont pourtant été favorisés par la réforme de la fiscalité du capital. »

Sur France Inter, Dominique Seux en remet encore une couche : « La même étude, l’an dernier avait indiqué que le gain de pouvoir d’achat [des 1% les plus riches] était de 6%. Cela avait fait de beaux graphiques scandalisés. En fait, après recalculs, pour ces hauts revenus, et il s’agit de ceux qui ont profité de la demi-suppression de l’ISF, le gain n’est ‘que de’ 2%, moins que les classes moyennes. Ces ménages-là gagnent plus de 200.000 euros par an, l’effet Macron est pour eux de 4.400 euros, mais en proportion ce ne sont plus les grands gagnants.« 

Sauf que, comme le lui a fait remarquer la professeure d’économie Julia Cagé sur Twitter, Dominique Seux oublie de préciser que le revenu disponible des 0,1% des Français les plus riches – les ultras-riches -, a bondi de 3,9 % grâce aux trois derniers budgets. Les riches parmi les riches ont donc gagné bien plus que 4.400 euros. Le 9 octobre dernier, un rapport du Sénat révélait ainsi que les cent plus gros contributeurs de l’ex-ISF ont économisé en 2018 une moyenne d’1,2 million d’euros… chacun. Entre 2017 et 2018, 1.300 contribuables dont le patrimoine dépasse les dix millions d’euros ont été exemptés d’IFI, avec pour chacun une économie moyenne de 100.000 euros.

Julia Cage@CageJulia

Macron président des riches : quand @LesEchos ne montrent que ce qui les arrangent.
A gauche, le schéma de l’@IPPinfo sélectionné par @LesEchos & repris par @dseux sur @franceinter.
A droite, le schéma oublié par @LesEchos qui montre pourtant que le top 0,1% est le grand gagnant.

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Après avoir été apostrophé, Dominique Seux a reconnu un oubli de sa part, expliquant avoir mis à jour la version web de sa chronique sur France Inter – son éditorial des Echos reste quant à lui inchangé. « Données intéressantes sur le 0,1% pas vues sur slides de présentation« , reconnaît le journaliste. « Mais le fait est que l’IPP parlait d’un revenu disponible à +6% pour le dernier centile l’an dernier et de +2% aujourd’hui« , persiste-t-il cependant. « Même le 0,1% affiche une hausse inférieure à ce qui avait été annoncé il y a un an pour le dernier centile.« 

Cela suffit-il à arracher du front d’Emmanuel Macron l’étiquette de président des riches ? Si l’on regarde les gains fiscaux des ménages en valeur absolue, on peut légitimement en douter : toujours selon l’IPP, un ménage du 20ème centile ne gagne que 284 euros de plus grâce à la politique économique du gouvernement. Un ménage du 40ème centile, 284 euros. Le 70ème centile conserve quant à lui 1287 euros. Et le 100ème, 4462 euros, donc. Autrement dit, le coup de pouce macronien attribué à un ménage modeste reste seize fois inférieur à celui dont bénéficient les plus riches.

A cela, Dominique Seux a une réponse toute trouvée : « Les faits démentant l’angle d’attaque qu’ils avaient choisi depuis trois ans, les opposants au pouvoir vont riposter avec un argument. Il consistera à dire que ce sont les variations en euros qui comptent, pas en pourcentage« , anticipe-t-il. « Juste : 1 % représente plus sur 100.000 euros que sur 20.000. Mais c’est une inhabituelle façon de compter, que personne ne songe à utiliser quand des tarifs, des impôts ou des prix augmentent.« 

Mais une forme de cécité semble également avoir frappé nos distingués économistes : qu’il s’agisse de l’article des Echos ou de l’éditorial de Dominique Seux, le cas des 20 % des Français les plus pauvres est à chaque fois expédié… en une phrase ! Il mérite pourtant qu’on s’y attarde, puisqu’ils sont les grands perdants de la politique d’Emmanuel Macron. En effet, pour les mêmes budgets 2018, 2019, 2020, la hausse du revenu disponible est inférieure à 1% jusqu’au onzième centile, et inférieure à 2% jusqu’au 19ème centile. A titre de comparaison, les centiles s’étendant du 26ème (plus de 1272 euros par mois) au 78ème (plus de 2480 euros par mois), soit une classe moyenne représentant 52 % de la population, bénéficient quant à eux d’une hausse du revenu disponible supérieure ou égale à 4 %.

Mieux : la hausse en pourcentage du revenu disponible est plus forte pour les 20 % de la population des plus riches que pour les 20% de la population des plus pauvres. Pour le premier décile, soit les 10% de la population ayant moins de 841 euros de revenu disponible, la hausse de ce dernier n’est que de 0,42% en moyenne. Si l’on considère les 20 premiers centiles (moins de 1134 euros par mois), la hausse ne s’élève qu’à 0,76% en moyenne. Le dixième décile, qui émarge à plus de 3169 euros chaque mois, a quant à lui gagné 1,04% de revenu disponible. Pour les 20% les plus riches (plus de 2562 euros), la hausse s’établit quant à elle à 1,05%. On peut même retirer le centième centile, soit le 1% des ultras-riches : le gain est de 0,99%, soit toujours plus que pour les 20% les plus pauvres.

Ces 20 % de pauvres ont été touchés de plein fouet par la désindexation de certaines prestations sociales, la baisse des allocations logement, et la hausse de la taxation du tabac et du carburant (les taxes sur l’essence étant cependant gelées depuis 2018 et la crise des gilets jaunes). Quant à la baisse de l’impôt sur le revenu de 2020, elle ne devrait concerner cette catégorie de Français que marginalement, puisqu’ils ne gagnent souvent pas assez pour être imposables.

De sorte que, d’après une étude de l’Insee parue le 16 octobre, et que nous analysions dans notre article cité ci-dessus, la pauvreté a nettement augmenté (+0,6%) en France en 2018 pour atteindre 14,7% de la population française, alors que la tendance était à la stagnation ces dernières années, voire à la baisse. Près de 9,3 millions de Français vivent avec moins de 1050 euros par mois pour un célibataire sans enfant. Soit près de 500.000 de plus qu’en 2017.

Quant aux inégalités, elles connaîtraient, toujours selon l’Insee, leur plus forte hausse depuis 2010. « Le ratio entre la masse des niveaux de vie détenue par les 20 % de personnes les plus aisées et celle détenue par les 20 % les plus modestes augmenterait de 0,1 pour s’établir à 4,4« , note l’Insee. « La hausse des inégalités serait surtout liée à la forte augmentation des revenus des capitaux mobiliers désormais soumis au prélèvement forfaitaire unique, concentrés chez les plus aisés » (autrement dit les fameux dividendes versés aux actionnaires et que nous dénonçons si souvent), analyse l’institut. En résumé et à part les pauvres, les seuls victimes expiatoires de la réussite sont une fois de plus (et sans doute durablement) les Français qui appartiennent aux derniers déciles des classes moyennes. Beaucoup de nos amis en savent quelque chose : trop riches pour bénéficier des efforts fiscaux du gouvernement mais trop pauvres pour prétendre aux douces caresses offertes aux ultra-riches ! *

N’en déplaise aux Echos, les premiers de cordée n’ont donc pas de quoi pleurer. Et, soyez rassurés, ils continueront de voter pour Emmanuel Macron et ses sbires même si notre pays doit en mourir.

Le 21 octobre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Tant il est vrai qu’en France,  » Plus et mieux vous avez étudié, plus vous avez travaillé et souvent très au-delà des fameuses « trente-cinq heures » de Martine Aubry, plus vous avez endossé de responsabilités au prix de nombreux et lourds sacrifices pour vous-mêmes et votre famille, mieux donc vous avez SERVI…plus vous serez PUNIS. »

2 Réponses to “Macron président des riches ? Les Echos ont choisi leur camp.”

  1. Hervé J. VOLTO octobre 21, 2019 à 9:49 #

    Certains s’étonnent du ralliement au macronisme d’une grande partie de la Droite municipale après l’échec des Républicains aux dernières élections européennes. Pourtant, rien de plus logique à tout cela, les Municipales approchant et les notables cherchant à sauver leurs sièges et, pour certains, les prébendes qui y sont attachés. Bien sûr, cela ne donne pas forcément une bonne image du monde politique mais cela ne changera pas fondamentalement les équilibres idéologiques, même si le « Parti de l’Ordre » prend désormais les couleurs du parti présidentiel au détriment des Républicains devenus au fil des décennies un simple appareil électoral sans consistance doctrinale.

    Les Républicains et le parti macroniste forment désormais une sorte de « bloc bourgeois » (au sens idéologique et pas seulement sociologique, les bourgeoisies n’étant d’ailleurs pas toutes ralliées au libéralisme européiste) qui devrait dominer le paysage politique durant toute la décennie à venir, conforté par l’échec (peut-être pas définitif) de la révolte des Gilets jaunes qui n’ont pas su éviter certains pièges tendus par ce que l’on pourrait nommer le « Système » et sur lequel il faudra revenir pour mieux le définir et le combattre.

    La révolte des ronds-points aura consolidé le Bloc bourgeois, par cette « réaction de la peur » qui est, qu’on le veuille ou non, l’un des éléments majeurs de l’histoire des hommes et, au regard de l’histoire de la France, de la République (face à la Vendée de 1793, aux ouvriers de 1848, à la Commune de 1871 ou aux manifestants du 6 février 1934, entre autres), et qui « légitime » cette forme de « dictature du Pays légal » qui utilise tous les moyens légaux et judiciaires, mais aussi médiatiques, pour contenir les contestations ou les revendications, qu’elles soient sociales ou politiques : le nombre de manifestations interdites en France cette dernière année (pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la cause n’est pas forcément entendue selon les cas) devrait nous alerter sur cet état de fait de la dégradation des libertés publiques et, parfois, d’opinion, tout comme l’emploi d’une force souvent démesurée au regard des « risques » représentés par des manifestants qui étaient loin d’être radicalisés avant que d’être réprimés, en particulier lors des premières émotions populaires de l’automne dernier… Sans oublier les contraventions extravagantes mais éminemment dissuasives à l’égard des personnes participant à des occupations pacifiques et plutôt festive de ronds-points… Drôle d’ambiance !

    C’est bien cette même République qui, tous les 14 juillet, célébre en grande pompe une émeute qui n’était pas de la faim et qui a livré au massacre et au dépeçage des hommes désarmés qui croyaient, en contemporains des Lumières, à la bonté humaine et à la parole donnée. Pierre Desproges ironisait sur ce 14 juillet 1789 qui avait livré le Pouvoir à des bourgeois qui ne l’avaient plus lâché depuis, n’hésitant pas à tirer sur un peuple qui, souvent, ne correspondait pas à ce qu’ils en attendaient en servilité et « servitude volontaire », la démocratie représentative étant censée assurer la tranquillité de ce système de domination économico-politique…

  2. Hervé J. VOLTO octobre 21, 2019 à 10:01 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    C’est bien cette République -ai-je dit dans le précédant commentaire- qui, tous les 14 juillet, célébre en grande pompe une grande émeute qui n’était pas de la faim et qui a livré au massacre et au dépeçage des hommes désarmés qui croyaient, en contemporains des Lumières, à la bonté humaine et à la parole donnée. Pierre Desproges ironisait sur ce 14 juillet 1789 qui avait livré le Pouvoir à des bourgeois qui ne l’avaient plus lâché depuis, n’hésitant pas à tirer sur un peuple qui, souvent, ne correspondait pas à ce qu’ils en attendaient en servilité et « servitude volontaire », la démocratie représentative étant censée assurer la tranquillité de ce système de domination économico-politique…

    Alors, VANT QU’ON DISE QUE LA CRITIQUE ESR AISEE MAIS L’ART ET DIFFICILE, que peuvent dire, que peuvent faire les Royalistes face à ce qui semble une politique indestructible et irréversible, et que la mondialisation et sa métropolisation renforcent ou commandent ? Doivent-ils renoncer à toute espérance et se rallier, eux aussi, à ce vaste mouvement d’ensemble mondial qui monopolise les écrans et, souvent, les esprits ? En fait, de nouveaux fronts idéologiques s’affirment actuellement et les Royalistes peuvent y trouver leur place ou, mieux encore, inspirer les nouvelles chouanneries nécessaires, que cela soit dans le domaine environnemental, social ou régional, et l’expérience vécue aux côtés des Gilets Jaunes, voire en leur sein, peut aider à la mise en place et en pratique de nouvelles stratégies, et à « penser ce qui est et ce qui vient », non pour seulement disserter et clamer crânement que « notre force est d’avoir raison », mais pour le prouver et faire advenir ce qui doit être.

    Quelques exemples des nouvelles orientations Royalistes, qui pourraient être dévelloppé par la parti ALLIANCE ROYALE ou tout parti patriote et concervateur : l’écologie intégrale, dont la définition par Jean-Charles Masson au début des années 1980, mérite d’être précisée et diffusée au-delà de l’Église Catholique qui s’en fait aujourd’hui la porte-parole dans le prolongement de l’encyclique pontificale LAUDATO SI’ ; la dénonciation du « globalitarisme » contemporain, libéral, individualiste et mondialiste ; le redéploiement rural, réponse Française à la métropolisation du monde ; l’économie d’entente et le corporatisme nouveau, dont il faudra sans doute ordonner les contours comme les réalisations avec un nouveau vocabulaire et des formes appropriées aux enjeux d’une société contemporaine « en désordre » -ICHTUS étant en train de préparer le retour au Catholicisme Social par un colloque universitaire de qualité- la post-démocratie, dont la Monarchie Capétienne, Catholique et Royale, peut être la meilleure incarnation pour réconcilier les « pays réels » (et les nouvelles agoras) avec l’autorité politique « clé de voûte » de l’unité Française et « trait d’union » entre les communautés de France ; la Monarchie active, pour des institutions qui permettent à la France « d’être au monde » et de « ne plus subir », et qui rendent à notre pays sa place, non de « puissance vaine », mais de « puissance médiatrice », ce qui est sa vocation profonde depuis les Capétiens…

    -Il ne faut pas renoncer à l’avenir ! pour poursuivre le chemin de l’histoire : quelles que soient les difficultés du moment et celles à venir, le rôle des Royalistes, au-delà de la politique politicienne (mais sans forcément la méconnaître), est d’inspirer des solutions et d’apporter des propositions à tous ceux qui n’ont pas renoncé à la liberté Française et à sa prospérité.

    -VIVE LA FRANCE, PU… REE !!!

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