Seine-Saint-Denis : le gouffre financier de la « politique de la ville » ne suffisait pas…

1 Nov

Alors, que fait le gouvernement d’Emmanuel Macron, à quelques semaines des prochaines élections municipales ? Il prend exemple sur Mario Draghi, l’ex-président de la Banque centrale européenne, et déverse de nouveaux tombereaux de crédits (dont il n’a pas le premier euro) sur les cités les plus malfamées de notre pays ! C’est à désespérer de la moindre lucidité et du moindre courage chez nos dirigeants politiques. Car, ne vous y trompez pas, les effets bénéfiques sur la paix sociale, la sécurité, les progrès de l’instruction publique ou l’emploi seront aussi nuls que précédemment.

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Les difficultés de la Seine-Saint-Denis sont hors-normes. Mais son potentiel aussi. Fonction publique, sécurité, justice, santé, éducation : le Gouvernement s’engage dans la transformation du département.

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Et pourtant, toujours aussi plein d’illusions, Edouard Philippe, notre vaillant Premier ministre, a dévoilé, mercredi 30 octobre, 23 mesures (pas une de moins) pour venir en aide à la Seine-Saint-Denis, parmi lesquelles une prime de 10 000 euros pour fidéliser les fonctionnaires, le recrutement de 150 policiers ou encore le renforcement des contrôles des logements insalubres.

En s’appuyant sur un rapport parlementaire « assez sévère » remis en 2018, des concertations d’élus et un second rapport de synthèse du préfet de Seine-Saint-Denis, le gouvernement a mis l’accent sur cinq axes : l’attractivité des postes pour les fonctionnaires, la sécurité, la justice, l’éducation et la santé. En voici l’essentiel.

« La première priorité consiste à attirer et à fidéliser en Seine-Saint-Denis, y compris les meilleurs éléments de la fonction publique d’Etat (…) », a lancé le Premier ministre. Face à l’important turn-over sur le territoire (en moyenne les agents du ministère de l’Intérieur restent 2,7 années en Seine-Saint-Denis, contre 7 ans en Essonne), une prime « de fidélisation » de 10 000 euros sera octroyée aux fonctionnaires demeurant au moins cinq ans en poste dans le département. Elle sera versée en « une seule fois », a précisé Edouard Philippe. Mais l’appât du gain suffira-t-il a vaincre les nombreuses et légitimes raisons de ne pas y aller ou de s’en échapper au plus vite ? Pas sûr.

La mesure, qui s’adresse principalement aux enseignants et policiers, pourrait concerner jusqu’à 39 000 agents tous corps confondus, même si Matignon réfléchit à établir d’éventuelles « distinctions » d’ici à la mise en place de ce bonus « dans le courant du premier semestre 2020 ». Vous avez sans doute fait ce rapide calcul : 39 000 X 10 000 = 390 000 000 d’euros…

Ces gens sont fous ! Sauf que c’est de l’argent des contribuables dont il s’agit.

L’accent est aussi mis dans ce plan sur le régalien. En effet, 50 policiers supplémentaires se répartiront dans deux quartiers, à Saint-Ouen et la Courneuve, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien (là où il en faudrait trois fois plus pour tenter de maintenir l’ordre). Et d’ici à 2021, 100 postes d’officiers de police judiciaire seront déployés. Les commissariats d’Aulnay-sous-Bois et d’Epinay-sur-Seine seront rénovés d’ici 2023 avec une enveloppe de 30 millions d’euros.

Par ailleurs, pour accélérer une chaîne judiciaire débordée, 35 postes de greffiers et 12 de magistrats seront créés (et la encore, il en faudrait au moins le double eu égard au nombre des affaires à traiter – violences, attaques à main armée, vols divers, trafic de stupéfiant, viols voire radicalisation islamique, etc. etc. – ), tandis que le tribunal de Bobigny verra son extension réalisée à l’horizon 2026.

Dans le domaine de l’éducation, 20 millions d’euros seront fléchés par la région pour financer des investissements immobiliers, dans un département qui est particulièrement concerné par la mesure de dédoublement des classes de CP et CE1 réservé aux zones d’éducation prioritaire (avec les résultats catastrophiques que l’on sait en matière d’acquisition des connaissances de base et que les diverses enquêtes internationales montrent régulièrement du doigt).

De même, un dispositif de « pré-recrutement » de 500 enseignants sera mis en place. Il s’agit de financer les études d’étudiants boursiers de Seine-Saint-Denis qui s’engagent en retour à travailler dans le département. « [Aujourd’hui] deux tiers des professeurs en Seine-Saint-Denis sont nouveaux », a indiqué Edouard Philippe.

Sur le plan sanitaire, cinq inspecteurs en charge du contrôle des logements indignes seront recrutés. Seulement deux sont officiellement en poste actuellement, alors que « potentiellement, 10% de l’habitat est insalubre ». Une enveloppe de 10 millions d’euros est également allouée « pour financer des actions visant à mieux accueillir les publics fragiles », précise Matignon.

On croit rêver devant un tel déni de quarante ans d’échecs successifs dans ces domaines, sur un public tel que celui qui gangrène chaque jour davantage ce département sinistré. Depuis l’antiquité grecque, il porte un nom :

Le tonneau des Danaïdes.

Le 1er novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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