L’Allemagne va mal. Elle va même très mal (suite).

4 Nov

Nous avons, il y a peu, dénoncé la dégradation de la situation politique chez notre voisin d’Outre Rhin et les dérives qui ne manqueraient pas d’en résulter eu égard à l’histoire complexe et difficile de ce pays (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/28/lallemagne-va-mal-elle-va-meme-tres-mal/). Notre analyse avait été précédée, au fil des ans, de réflexions sur les mauvais choix et même les erreurs fatales de la chancelière allemande, Angela Merkel, au long de sa carrière politique en prédisant sa chute prochaine (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/06/angela-merkel-a-enfin-veritablement-du-plomb-dans-laile/). Aujourd’hui, celle-ci est non seulement inéluctable mais elle est surtout impérieuse.

Il n’est donc pas surprenant que les yeux finissent par s’ouvrir dans un pays vivant pourtant sous la règle du temps long et qu’un nombre croissant de responsables politiques allemands commencent à s’exprimer dans le sens que nous venons d’évoquer.

Ainsi, au lendemain du score calamiteux obtenu par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) aux élections régionales en Thuringe (21,8 %, soit – 11,4 points par rapport à 2014), l’ancien candidat malheureux à la présidence du parti, Friedrich Merz, a désigné sans détour la responsable, dès lundi 29 octobre, sur la chaîne de télévision publique ZDF : Angela Merkel. Et encore l’a-t-il fait avec une retenue toute germanique…

Raffaello Sanzio (1483-1520) dit Raphael….portrait d’Angela Merkel

« Voilà des années que l’inaction et le manque de leadership de la chancelière se répandent comme une nappe de brouillard sur ce pays », a déclaré l’ancien député CDU. « Il n’est pas possible que le mode de gouvernement actuel en Allemagne continue encore deux ans comme ça », a-t-il ajouté, alors que Mme Merkel doit achever son quatrième mandat à l’automne 2021, après les prochaines élections législatives

Ces quelques phrases ont fait l’effet d’une bombe. Reconverti dans les affaires après avoir compris que les plus hautes fonctions lui échapperaient tant que sa rivale resterait toute puissante, M. Merz a patiemment attendu que cette dernière annonce son départ de la présidence du parti, en octobre 2018, pour se déclarer candidat à sa succession.

Battu d’un demi cheveu par Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), la candidate de la chancelière, devenue depuis également ministre fédérale de la défense, le champion de l’aile droite de la CDU était soutenu par nombre d’anciens fidèles d’Helmut Kohl, qui ne s’étaient jamais remis de la mainmise de Mme Merkel sur la droite allemande. Ces derniers mois, il s’était pourtant évertué à jouer la carte de la loyauté.

Mais les masques sont tombés, et M. Merz ne fait plus semblant. Tout en prenant soin de ménager pour le moment « AKK », sans doute pour ne pas se laisser enfermer dans le rôle peu flatteur du mauvais perdant, il n’a en revanche plus le moindre état d’âme à attaquer publiquement la chancelière, ce qui est sans précédent.

Depuis la sortie de M. Merz, lundi, d’autres rivaux historiques de la chancelière à la CDU sont sortis de leur silence. A l’instar de Roland Koch, ancien ministre-président de Hesse (1999-2010), qui, dans la revue Cicero, mardi, a demandé d’« en finir avec cette méthode qui est celle en particulier de la chancelière –, consistant à diriger en s’abstenant de prendre position ». Avant d’ajouter : « Il nous manque aujourd’hui des personnalités qui sont habitées par une vision et qui sont prêtes, pour la défendre, à mettre leur existence politique en péril. »

Ces attaques ne sont évidemment pas restées sans réponse. La plus mordante est venue de Daniel Günther, ministre-président du Land de Schleswig-Holstein, dans le nord de l’Allemagne. « Il s’agit là d’un débat alimenté par une poignée d’hommes âgés qui n’ont peut être pas eu la carrière dont ils avaient rêvé », a commenté ce soutien inconditionnel d’Angela Merkel, âgé de 46 ans et classé à la gauche de la CDU.

Jeudi, une seconde salve est venue d’un groupe d’une quinzaine de députés, parmi lesquels le président de la commission des affaires étrangères au Bundestag, Norbert Röttgen, qui, dans un texte commun, ont condamné « une série d’attaques stupides sur le plan politique et hors de proportions sur le plan du style et du contenu », qualifiant « le comportement de certains » de « totalement nuisible et autodestructeur ».

Que de veilles rancœurs personnelles trouvent à s’exprimer après la série de défaites que vient d’encaisser la CDU – aux européennes du 26 mai, puis aux régionales du 1er septembre dans le Brandebourg et en Saxe, avant celles du 27 octobre en Thuringe –, cela ne fait aucun doute. Mais réduire la colère à cette seule dimension serait en minimiser la portée. Car celle-ci a aussi des ressorts authentiquement politiques, tous les « frondeurs » ayant pour point commun d’incarner une ligne caractérisée par un libéralisme assumé sur le plan économique, un conservatisme résolu sur les questions de société mais aussi une réelle hostilité au fol immigrationnisme de certains .

Pour Angela Merkel et Annegret Kramp-Karrenbauer, la situation est d’autant plus délicate à maîtriser que la contestation, depuis dimanche, vise à la fois la stratégie et le leadership du parti. La stratégie, d’abord, avec la question fondamentale des alliances. Fin décembre 2018, la CDU avait ainsi clairement posé comme principe qu’elle ne participerait à aucune coalition avec le parti d’extrême gauche Die Linke ou celui de droite radicale Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Or, depuis dimanche, cette double digue se fissure, selon les différentes régions et les enjeux locaux. Tout en excluant de gouverner avec Die Linke, Mike Mohring, le candidat de la CDU en Thuringe, a accepté le principe de « discussions » avec Bodo Ramelow, le chef du parti d’extrême gauche en Thuringe, à la tête de l’exécutif régional depuis 2014 et arrivé largement en tête du scrutin avec 31 % des voix. Une main tendue prudente mais qui a suffi à pousser Paul Ziemiak, le numéro deux de la CDU, à publier une tribune au vitriol dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, jeudi, dénonçant « l’alliance de l’eau avec le feu » que représenterait toute coopération avec Die Linke.

Pendant que M. Mohring annonçait une ouverture électoraliste vers Die Linke, le vice-président du groupe CDU en Thuringe se disait prêt, lui, à l’inverse, à envisager des discussions avec…l’AfD. Jamais, jusqu’à présent, un responsable de ce niveau du parti conservateur n’avait pris une telle position, a fortiori un lendemain d’élection.

Ces flottements sur la stratégie en matière d’alliance renvoient à la question du leadership. Une semaine avant les élections en Thuringe, l’organisation de jeunesse de la CDU-CSU, la Junge Union, a réclamé l’organisation d’une primaire pour désigner le futur candidat à la chancellerie. Taboue jusque-là, la question ne l’est plus : jeudi, l’eurodéputé (CDU) Elmar Brok a ainsi évoqué la possibilité que le candidat commun de la droite aux prochaines élections soit issu de la CSU bavaroise, comme ce fut le cas en 2002, quand Angela Merkel laissa la place à Edmund Stoiber.

Depuis son élection à la présidence de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer répète que la question de la candidature à la chancellerie ne se posera qu’à la fin de l’année 2020 mais, à l’évidence, les turbulences de ces derniers jours l’ont obligé à revoir son calendrier : « Ceux qui pensent que le sujet doit être abordé dès cet automne peuvent saisir comme occasion le congrès du parti », a-t-elle déclaré, lundi, à l’ensemble de son état-major. Avec un an d’avance sur l’échéance prévue par sa présidente de plus en plus contestée, la CDU pourrait donc débattre du nom de son futur candidat à la chancellerie dès son prochain congrès, prévu à Leipzig les 22 et 23 novembre.

Une chose est d’ores et déjà certaine, ce ne sera pas Angela Merkel. Qui le regrettera ?

Le 4 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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