France, ton école fout le camp sous les coups de la diversité ethno-culturelle.

6 Nov

Comme bon nombre de professeurs pour qui le suicide de Christine Renon, en septembre, a levé le voile sur le terrible malaise qui traverse la profession, Sabine M. se souvient « précisément » de ce qu’elle faisait le 23 septembre, à l’annonce de la mort de cette « collègue » de Pantin (Seine-Saint-Denis), directrice comme elle d’une école. « Ce lundi-là, j’étais à l’école à 7 h 15, j’en suis repartie après 19 heures. Ce n’est qu’une fois dans le métro que je me suis autorisé à me retourner sur ma journée… et à penser à Christine. Son geste, ce qu’elle a couché sur le papier avant de se tuer, c’est l’exact miroir de notre quotidien. »

Sa lettre de trois pages, qui continue de circuler sur les réseaux sociaux, débute ainsi : « Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée seulement après trois semaines de rentrée. » On y lit la solitude du métier, l’accumulation des tâches, la succession des réformes infructueuses, les tensions avec l’institution, les relations désastreuses avec des élèves venus d’on ne sait même plus où et qui ne veulent même pas savoir où ils vont… Un récit dans lequel de nombreux enseignants, de la maternelle au lycée, disent se retrouver.

A cette catastrophe s’en ajoute une autre. Une paperasserie aussi stérile qu’inutile eu égard aux profiles de la plupart des élèves : « Au fil des années, les formulaires, les protocoles, les dossiers à remplir se sont accumulés, au point de nous noyer sous la paperasse, reprend Sabine M.. Il nous faut rendre des comptes sur tout ; ça ne s’arrête jamais. » Récemment encore, son équipe a reçu un « tableau des langues » à compléter. « On n’enseigne qu’une langue, l’anglais ; ça ne change pas et notre hiérarchie le sait. C’est le genre de truc qui te prend encore une demi-heure sur ton emploi du temps, avant d’aller se perdre dans un tiroir… »

Décision a été prise, « à l’unanimité », dit-elle, d’ignorer la requête. « Depuis Christine, on essaie de hiérarchiser les tâches, de se recentrer sur les élèves. » L’institution, elle, vient de mettre le sujet du malaise enseignant sur la table. Un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) doit se réunir, mercredi 6 novembre, au ministère de l’éducation nationale. « Il est plus que temps, reprend la directrice. En salle des maîtres, certains collègues craquent ; d’autres tiennent en serrant les dents ou s’enferment dans le silence. »

Sabine M., elle, veut trouver du soutien dans le « collectif ». C’est aussi ce en quoi veut croire Maud G., enseignante de français en collège. « A l’heure où la lame de fond sociale nous pousse vers toujours plus d’individualisme, je ne vois pas comment on peut s’en sortir sans recréer du commun et résister en équipe en se serrant les coudes », martèle-t-elle. La jeune femme n’a à son actif que cinq rentrées en Seine-Saint-Denis, mais elle se sent déjà une « ancienne » : « Dans un établissement où la violence est enkystée, on vieillit plus vite. »

Elle aussi voit « avec effarement » les protocoles se multiplier. « Quand, à l’issue d’un cours de sport, nos élèves ont été poursuivis par des racailles avec des bouteilles de verre, devinez ce que nous a proposé l’institution ? Un protocole pour leur apprendre à fuir ! Aberrant. » Et d’ajouter: « On fait comment pour faire cours dans ces conditions ? Pour assurer la sécurité des élèves ? Et pour essayer de les faire réussir, ce qui est quand même notre mission première. » La douce rêveuse…

Comme beaucoup d’enseignants autour d’elle, la jeune femme raconte se sentir « prise dans une spirale » : « On se sent responsable de la situation, incapable d’y remédier, presque coupable. » Une « spirale du désenchantement » sur laquelle le chercheur Sylvain Broccolichi s’est penché. « Les enseignants les plus jeunes, confrontés, par le jeu des affectations, aux situations les plus lourdes, se sentent démunis ; les plus anciens sont parfois aussi les plus désabusés, observe-t-il. Leurs discours se croisent et s’auto-alimentent. »

En arrivant, en septembre, dans son école, Stéphane B. ne s’attendait pas à trouver une ambiance « aussi lourde ». « Mes collègues sont de super-nanas, solides, très investies… Et l’équipe ne manque pas de cohésion. » Pourtant, cela ne suffit pas, dit-il, à répondre à « toutes les urgences ». Son affectation à mi-temps, en remplacement d’une enseignante hospitalisée dès la rentrée, s’est vite transformée en un plein-temps. Stéphane ne s’en plaint pas. S’il a passé le concours de professeur, à 41 ans, c’est aussi pour « gagner en stabilité », « trouver un équilibre ».

Il déchante. « Après quinze ans dans la restauration, je pensais que rien ne serait jamais aussi dur. Eh bien… je me suis trompé ! » La préparation des cours lui prend jusqu’à quatre heures chaque soir. « A ce rythme-là, il faut avoir une santé de fer, physiquement et psychologiquement, pour tenir. »

« Le mot malaise, associé à la complexité de la profession, apparaît dès le début du XXsiècle », rappelle Anne Barrère, sociologue de l’éducation. « Ce ressenti prend racine dans les années 1980, quand l’école se voit assigner l’objectif de faire réussir tous les élèves » (l’une des utopies de la République), poursuit Sylvain Broccolichi, lui aussi sociologue, qui évoque « le décalage entre les objectifs assignés aux enseignants et leur réel pouvoir d’agir. »

« Une école sparadrap, qui doit soigner tous les maux », résume Catherine Da Silva, porte-parole du syndicat SNUipp-FSU en Seine-Saint-Denis. « On nous demande de jouer tous les rôles : assistant social, psy, médecin, animateur, auxiliaire des parents et même, parfois, la police… Sauf celui de l’enseignant, au fond », observe Jules Siran, de SUD-Education.

Dans ce contexte, le suicide de Christine Renon – comme celui d’autres professeurs, avant elle et après elle – joue comme un « révélateur », analyse Pierre Périer, un autre chercheur : « Dans ce geste ultime, il y a un aveu d’impuissance et de perte de sens dans lequel toute une frange de professeurs peut se retrouver. Ça dit aux autres que le mal-être, la vulnérabilité peuvent aller jusque-là. C’est terrible. »

Un enseignant sur trois, selon SE-UNSA, a déjà songé à changer de métier, et neuf sur dix évoquent une charge de travail qui augmente d’année en année. Le SNES-FSU souligne, pour sa part, une hausse des demandes de « protection fonctionnelle », « une procédure que le fonctionnaire active quand, dans le cadre de son travail, il se sent menacé », explique Yannick Lefebvre, l’un de ses porte-parole. L’épuisement professionnel peut être source de « tensions accrues » entre collègues qui finissent, dit-il, par « miner le climat scolaire ».

Pour un syndicat comme le Snalc, la « surexposition » des enseignants aux risques psychosociaux ne fait guère de doute. Trois soirs par semaine, Maxime Reppert, l’un de ses porte-parole, coanime une ligne d’écoute téléphonique, gratuite et anonyme, dans une poignée académies. « On fait face à un pic d’appels juste après la rentrée, et avant chaque période de vacances, explique cet enseignant à Dijon.Tous les collègues qui nous contactent ne sont pas en burn-out, mais ils se sentent très seuls face à leurs difficultés. »

Tout arrêter ? Maud G., l’enseignante de français, y a déjà songé. « Imaginer les trente prochaines années comme ça, c’est difficile. » Véronique L., elle, aura tenu trente-sept ans, dont vingt à diriger une école dans l’académie de Créteil. « C’est assez. » Elle raconte avoir « tout stoppé » en 2018, un an plus tôt que prévu et en renonçant à 300 euros par mois sur sa retraite. « Je me voyais aller dans le mur. »

Véronique L. a bien songé à demander un aménagement de service pour raisons médicales. « On me l’aurait probablement accordé, concède-t-elle. Mais je craignais que le travail ne soit pas fait, ou que le planning de la semaine soit encore plus chargé. J’ai préféré faire sans. »

Sarah M., professeure dans le secondaire, toujours en Seine-Saint-Denis, a craqué à la rentrée. En septembre, elle a « tenu » neuf jours seulement, et encore, « en prenant des médicaments ». « Un vendredi, je me suis vue ne plus réagir face à des élèves qui n’écoutaient pas, ne plus aller au front… Bref, renoncer. J’ai vécu l’impossibilité d’assumer ma mission », confie-t-elle, émue.

Quelques mois plus tôt, la jeune maman s’était vu refuser sa demande de temps partiel. A la rentrée, ses « vœux » n’ont pas été respectés : elle se retrouve à « jongler » entre les classes et les établissements. Elle qui n’a jamais compté ses heures se sent « trahie » par sa hiérarchie, placée dans une « impasse pédagogique ». « Le pire, c’est d’avoir le sentiment de ne plus pouvoir faire réussir mes élèves. » Car elle croit encore pouvoir y parvenir ! C’est beau la jeunesse…

Quand on les interroge sur les ressorts de leur mal-être, ces professeurs n’ont pas de difficulté à raconter, sous couvert d’anonymat, la « perte de sens », l’« absence de soutien », le « manque de moyens ». « C’est un peu comme d’ouvrir la boîte de Pandore », souffle, un peu ironique, Mathilde N. A 35 ans, cette ex-journaliste a embrassé le même métier que son père, « instit ». Quand, aux repas du dimanche, le sujet vient dans la conversation, une autre problématique les occupe : le « comportement » des élèves.

« Là, on touche un tabou, dit-elle. “L’école inclusive”, le “droit à l’école”, personne ne peut être contre. Mais appliquer ce principe quand on sait qu’ils n’en veulent pas, ni comment y répondre, c’est une autre paire de manche ! » Stéphane R., nouvellement nommé en Seine-Saint-Denis, en parle aussi. « Dans toutes les classes, il y a au moins un gamin qui va mettre au défi tous les profs, cogner dans la porte pendant une heure si on le sort pour le calmer… Et personne n’est formé à ça ! » Le dialogue avec les familles est, dit-il, « difficile » voire « carrément impossible ». « Elles ne comprennent même pas ce que nous leur disons … et attendent de nous un miracle ! »

L’actualité rajoute parfois des contraintes en plus. Depuis l’attentat du 14 juillet 2016, Caroline A., enseignante de maternelle à Nice, ne voit pas le « stress retomber ». « Par mesure de sécurité, les parents ne rentrent plus dans l’école. Les petits de 3 ans continuent de hurler tous les matins. Un mois après la rentrée, on est sur les genoux. »

Et, pendant ce temps-là, Emmanuel Macron va faire le paon à la foire de Shanghaï…En oubliant le classement du même nom !*

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/quand-emmanuel-macron-promeut-la-gastronomie-francaise-a-xi-jinping-a-la-foire-de-shanghai-1199080.html

Le 6 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_académique_des_universités_mondiales_par_l%27université_Jiao_Tong_de_Shanghai)

2 Réponses to “France, ton école fout le camp sous les coups de la diversité ethno-culturelle.”

  1. Hervé J. VOLTO novembre 6, 2019 à 7:07 #

    Par ses choix, par inclinaison intellectuelle et sociale, Emmanuel Macron semble organiser avec grande détermination la déconstruction de la France : déserts médicaux, culturels, férroviaires, abandons des classes, des personnes agées, des services publics en zone rurales, abandon de l’Outre-Mer, de nos militaires, de nos enfants, etc…

    La France se trouve à la croisée des chemins. Civilisation ou barbarie? Valeurs Française ou idéologies mondialistes ? Le peuple ou l’oligarchie ? La résistance Royaliste : une impérative nécessité Catholique et Française. Que pourra porter un Roi à la France aujourd’hui? Trois levier pour gouverner : le courage qu’apporte le long terme, la liberté qu’apporte la Souveraineté, la justice. Face à l’alternance Gauche/Droite devenue impossible, il est nécessaire de faire appel l’alternative Royale. Le Roi, c’est la présence du Sacré dans le pouvoir, la continuité de la France au-delà de la République, le destin national incarné par un Souverain indépendant des capprices du suffrage universel et du diktat des banques.

    Car le prestige comme la sécurité de la France passent par une complète remise en question de la stratégie européenne (si tenté qu’il y en ait une)… en profondeur ET DANS LA DUREE. Non, ne perdons pas de temps : c’est urgent, car des centaines de millions de migrants seront rapidement à nos portes.

  2. Hervé J. VOLTO novembre 6, 2019 à 11:06 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    Pour éviter la guerre civile vers où nous pousse le goutte à goutte migratoire mis en place par la Régence Républicaine, pour répondre à la grave crise que connaissent les populations Françaises, nous pensons utile de prendre des contacts avec des organisations politiques patritotes et identitaires, Royalistes et non-Royalistes, comme par exemple : Alliance Royale, Civitas, « Combat pour les valeurs », Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), Indépendants nationaux et paysants, Rassemblement National… s’unissant tous dans une Union des Droites à la Marion maréchal et à la Eric Zémour, pour leur proposer une UNITE D’ACTION à travers la mise en place ENSEMBLE d’un conseil Français de résistance à l’occupant, sous forme d’un cartel d’organisations.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :