Espagne : à trois jours des élections législatives, Vox a le vent en poupe.

7 Nov

La foule vient d’entonner El Novio de la muerte (« le fiancé de la mort »), l’hymne de la Légion :

Au centre du picadero (« manège ») de l’Ecole royale des arts équestres de Jerez de la Frontera, remplie à ras bord, le président du parti de droite espagnol Vox, Santiago Abascal, apparaît sous un tonnerre d’applaudissements, aux cris de « Président ! Président ! » et de « Viva España ! »Entouré d’une nuée de drapeaux, barbe en pointe de conquistador, il rappelle qu’ici, en Andalousie, « personne n’imaginait il y a un an que grâce à Vox, le Parti socialiste serait renvoyé dans l’opposition ».

Santiago Abascal à Jerez de la Frontera

Ce mercredi 30 octobre, Santiago Abascal, 43 ans, s’est rendu dans le sud de l’Espagne mener campagne pour les élections législatives du 10 novembre. Dans la région, Vox a soutenu et permis en janvier, sans participer au gouvernement, la formation d’une coalition entre le Parti populaire (PP, droite) et la formation libérale Ciudadanos, qui a mis fin à trente-sept ans de domination socialiste. A présent, tous les sondages lui promettent une forte progression électorale qui lui permettrait de devenir la troisième force politique du pays avec plus de 14 % des voix en Espagne, derrière le Parti socialiste, donné vainqueur, et le Parti populaire (droite). Et jusqu’à 19 % en Andalousie.

Sur l’estrade, cet ancien élu conservateur au Pays basque, qui dit avoir « joué sa vie » pour « défendre la Constitution » face au terrorisme séparatiste de l’ETA, clame que « la Catalogne est et sera toujours espagnole ». Surfant sur la crise territoriale, le regain de tension et les débordements qui ont lieu en Catalogne depuis la condamnation de neuf chefs indépendantistes à des peines de neuf à treize ans de prison, il annonce son intention de faire arrêter le président du gouvernement régional, l’indépendantiste radical Quim Torra, de reprendre le contrôle de l’autonomie catalane et d’interdire les partis indépendantistes. Dans son discours, il fustige « la plaie de l’immigration illégale », le féminisme outrancier, les squatteurs et la « dictature progressiste ». Et encense « les patriotes », la famille traditionnelle, l’héritage culturel catholique et l’ordre…Qui pourrait prétendre s’opposer à ces arguments ?

A l’entrée du centre équestre, un homme rappelait le temps passé avec le drapeau de l’Espagne avant 1975, marqué de l’aigle, tandis que M. Abascal reproche avec force au gouvernement du socialiste Pedro Sanchez d’avoir profané la sépulture du Valle de los Caidos, exhumé le corps du général Franco et, ainsi, « ravivé la confrontation entre Espagnols ».

Dans la foule, les ouvriers et la bourgeoisie locale, jeunes et vieux, communient autour de l’idée de la défense de l’unité de l’Espagne. Un militant de la cinquantaine témoigne d’ailleurs avec conviction : « Vox représente l’Espagne dans laquelle j’ai grandi : l’effort, le travail, la discipline, l’ordre. Il dit tout haut ce qu’on se raconte dans les bars : les immigrés qui arrivent sans contrôle et le bordel en Catalogne ». La crise catalane est un terreau électoral fertile pour Vox et un sujet d’autant plus sensible que près de 1,2 million d’Andalous résident en Catalogne. Or, Vox propose de régler la question en supprimant purement et simplement les régions autonomes.

Un peu plus loin, une militante de 62 ans, ancienne administrative et femme au foyer, se plaint qu’en Andalousie, région touchée par un chômage de masse de 21,8 % des actifs, sa « fille, psychologue, doit cumuler deux emplois avec des salaires de misère parce qu’il n’y a pas de travail décent et qu’on préfère donner à manger aux immigrés. L’Espagne a été un grand pays et aujourd’hui c’est la décadence », conclut-elle.

Pour Vox, la région constitue donc une sorte de laboratoire, pour tester ses idées. « L’Andalousie est le premier endroit où Vox a été normalisé et il en profite pour se bagarrer sur le terrain symbolique et influencer le débat public, souligne le professeur de communication à l’université de Malaga, Teodoro Leon Gross. Vox se préoccupe du récit culturel. Il peut devenir le troisième parti espagnol et veut utiliser l’Andalousie pour se légitimer et gagner en influence. »

En échange de son soutien à la loi de budget 2020, Santiago Abascal vient en effet d’obtenir du gouvernement andalou la signature d’un accord en 35 points, sorte de condensé de ses exigences idéologiques. Ainsi, un « programme d’assistance aux femmes enceintes en difficulté » leur donnera conseils et aides « afin de continuer leur grossesse ». Luisa Cabeza, médecin de 41 ans venu au meeting du parti, souligne que Vox est « provie, alors que pour les autres partis l’avortement est un sujet tabou ».

Les parents andalous disposeront par ailleurs d’un « droit de retrait » qui leur permettra de refuser les activités complémentaires en classe, comme la sensibilisation à la diversité sexuelle LGBTI, là où elle est proposée. La sécurité sera renforcée dans les centres de mineurs étrangers non accompagnés, tout comme la coordination avec le ministère espagnol de l’intérieur dans la lutte contre l’immigration illégale. Une nouvelle déduction fiscale sera accordée aux familles nombreuses. La conquête des Amériques sera mise en valeur. Un numéro de téléphone contre la violence intrafamiliale sera mis en oeuvre. Des audits seront menés afin de réduire le « gaspillage » de l’administration régionale, etc…

A Séville, les dirigeants du PP et de Ciudadanos minimisent les concessions accordées à l’extrême droite, convaincus que si « Vox s’institutionnalise, le système le modérera », assure un dirigeant andalou !

« Il existe des désaccords et des frictions avec Vox mais mon expérience est qu’en Andalousie, en tout cas, il s’agit davantage d’un parti conservateur que d’une extrême droite, assure le président du gouvernement andalou du PP, Juan manuel Moreno. Son comportement a été utile et constructif : je ne les vois pas comme une menace. Sur la lutte contre la violence de genre, l’immigration et le collectif LGBTI, notre vision est différente. Je défends une révolution verte alors que Vox nie que le changement climatique soit provoqué par l’activité humaine. Mais nous nous sommes concentrés sur les points d’accord possibles. Et évidemment, nous n’allons remettre en cause aucun des droits acquis par les femmes. »

« Nous avons une position centriste qui nous permet de parler avec tout le monde, ce qui ne veut pas dire être d’accord sur tout », déclare quant à lui le vice-président du gouvernement andalou, Juan Marin (Ciudadanos). « Avec Vox, nous avons parlé de chiffres, ce que les socialistes ont refusé de faire. Les 35 points qu’ils nous demandent nous semblent raisonnables. Même si Vox a choisi de mettre en valeur son idéologie dans ses propositions, cela ne nous a pas empêchés de renforcer le budget de la lutte contre la violence de genre par exemple. »

Au contraire, l’opposition et de nombreux acteurs sociaux s’inquiètent de la normalisation d’un parti qui veut rappeler les réussites du régime franquiste. Elena Tejuelo, présidente de l’association Andalucia Acoge ( « Andalousie accueil »), se dit aussi « inquiète des discours populistes qui criminalisent l’immigration et provoquent une crispation sociale jusque-là inexistante ».

« Alors qu’ailleurs en Europe, il est normal d’établir un cordon sanitaire pour l’isoler, ici les droites blanchissent l’extrême droite pour que l’arithmétique parlementaire leur permette de gouverner « , dénonce avec hargne la chef du Parti socialiste andalou et ancienne présidente de la région, Susana Diaz. Encore une mauvaise perdante comme le sont toujours les socialistes. Qui ajoute  » La droite a justifié cela en invoquant la nécessité de l’alternance politique, mais depuis, ils l’ont reproduit partout où ils l’ont pu : à Madrid, à Murcie, en Castille-et-Leon… » Ce qui prouve, soit dit en passant, que la stratégie n’est pas si mauvaise !

L’ex-présidente andalouse s’inquiète aussi de voir « rentrer les idées de Vox dans les écoles », dénonce sa « tutelle » sur les femmes qui veulent avorter, sa « normalisation de la violence machiste » ou la « relation qu’il fait entre immigration et délinquance »« Vox représente un recul brutal dans une terre qui a toujours été inclusive et diverse. Il recueille des voix chez les mécontents du système, le vote protestataire, les abstentionnistes d’extrême droite et l’aile droite du PP. Et face aux images de violence et de saccages en Catalogne, il attise les pires sentiments en jouant sur l’envie des gens que cela s’arrête », ajoute-t-elle. Pauvre folle !

Eh bien, pour nous, c’est tout le contraire. Il est urgent que Vox arrive au pouvoir en Espagne car, ne l’oublions pas, l’un de ses plus ardents soutiens est….le prince Louis de Bourbon. Ce n’est pas un hasard.

Le 7 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Espagne : à trois jours des élections législatives, Vox a le vent en poupe.”

  1. Reconquista+ novembre 8, 2019 à 2:17 #

    Nuestra Señora de la Merced, redentora de cautivos, SOS!

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