France, ta médecine hospitalière est à l’agonie.

15 Nov

L’interminable grève des services d’urgence a enfin permis de braquer les projecteurs médiatiques sur la grand misère des services de santé dans notre pays et, par voie de conséquence, de faire sortir de l’ombre ces gens trop longtemps discrets, sobres et durs à la tâche. Enfin, les médecins se rebiffent, victimes de quarante ans d’une gestion strictement comptable et alors que l’hôpital est devenu la variable d’ajustement de la dépense publique.

La journée de mobilisation des personnels paramédicaux, médecins, internes et étudiants en médecine, jeudi 14 novembre, pour « sauver l’hôpital public » a été d’une ampleur inédite depuis une dizaine d’années, réunissant rien qu’à Paris environ 15 000 participants. Parmi les revendications des manifestants : une augmentation immédiate de 300 euros net mensuels de tous les salaires, l’arrêt des fermetures de lits d’hospitalisation et l’abandon de la tarification majoritaire à l’activité.

Si cette journée de mobilisation a fédéré autant d’acteurs du monde hospitalier, réunissant aussi bien des syndicats de médecins que la Conférence des doyens de facultés de médecine, c’est parce que le malaise qui couvait depuis des années à l’hôpital public a pris ces derniers mois une ampleur nouvelle. Un peu partout en France, le système craque et l’institution est à l’agonie.

Une ville comme Mulhouse se retrouve sous la menace d’une fermeture de ses urgences faute de médecins en nombre suffisant. La maternité de Tourcoing est contrainte de suspendre les accouchements, faute d’obstétriciens. Plus de 900 lits sur 20 000 sont fermés dans les 39 établissements franciliens de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) parce que plus de 500 postes d’infirmiers sont vacants faute de candidats. Quant aux médecins, ce n’est pas mieux.

« Il y a trois ans, c’était un problème moral que les infirmières aient une telle charge de travail et une rémunération aussi modeste comparée aux autres pays européens, mais ça n’avait pas de répercussion directe sur le fonctionnement de l’hôpital. Si ça se transforme en crise aujourd’hui, c’est parce qu’on a des difficultés à recruter et à faire tourner les services », avoue Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP. Mais qu’en sera-t-il demain sans révolution des idées sur le sujet et sans un budget conséquent ? Car, ne l’oubliez pas, un milliard d’euros sont chaque année détournés du budget national pour alimenter l’Aide médicale d’Etat (AME), une prise en charge quasi-intégrale des dépenses de santé des migrants clandestins ! Cette somme aussi considérable qu’elle est scandaleuse ne serait-elle pas plus utile pour venir en aide à nos hôpitaux ?

Cette perte d’attractivité ne se limite pas à l’Ile-de-France. La quasi-totalité des établissements de soins publics (97 %) rencontre des difficultés de recrutement, selon une enquête menée cet été par la Fédération hospitalière de France (FHF), la structure qui représente les hôpitaux publics. « Il y a de vraies tensions avec des postes qu’on n’arrive pas à pourvoir », assure Frédéric Valletoux, le président de la FHF, qui dénonce un « sous-financement organisé de l’hôpital ».

Chez les acteurs du monde hospitalier, on cherche à alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la gravité de la crise. « Ce système s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins », préviennent, mercredi 13 novembre, dans une tribune publiée dans Le Monde, 70 des 78 directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’AP-HP. « La situation est critique », alertait il y a un mois Noël Garabedian, le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, le parlement des médecins du groupe hospitalier.

Depuis le mois de juin, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a déjà annoncé deux plans en faveur des urgences, en réponse au mouvement de grève démarré en mars et qui touche désormais plus de 260 services. Mais, à Matignon comme à l’Elysée, on reconnaît que ces mesures n’ont pas suffi à calmer la colère des personnels soignants. « Il y a beaucoup d’endroits où ça craque parce que rien n’a été fait ces dernières années et l’hôpital en fait partie, concède un proche du premier ministre, Edouard Philippe (lequel, ne l’oublions pas, était précédemment un membre influent de l’UMP puis des Républicains lorsque la dégradation des hôpitaux a commencé…). On essaie d’y répondre par des réformes de long terme, mais on se rend compte que cela ne suffit pas et qu’il y a besoin de mesures d’urgence. » Une surprise ? Quel culot quant on sait que votre serviteur connaît cette situation, chaque année plus dégradée, depuis plusieurs décennies et que le CER la dénonce depuis sa fondation, en 2012.

Après avoir accordé en septembre aux urgences une rallonge de 750 millions d’euros sur trois ans, financée par des redéploiements de crédits, l’exécutif se dit aujourd’hui prêt à des concessions plus importantes, pour éteindre une bonne fois pour toutes la contestation. « Les arbitrages sont en cours mais l’objectif est d’avoir des annonces fortes », explique-t-on à Matignon. Un nouveau plan « global » pour l’hôpital est désormais attendu d’ici à la fin du mois. Comprenez qu’en réalité les pouvoirs publics cherchent, comme toujours, un maximum de caches-misère pour masquer l’impécuniosité de l’Etat.

Mardi après-midi au Sénat, lors du début de l’examen du projet de budget 2020 de la Sécurité sociale (PLFSS), Agnès Buzyn a annoncé que des « discussions » étaient« en cours » sur le niveau de l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie, dont l’augmentation avait été fixée à 2,1 % pour l’hôpital en 2020, lors de l’examen en première lecture du texte à l’Assemblée nationale. « Ces discussions sont lourdes de conséquences, elles nécessitent des arbitrages difficiles » (ndcer: ne sait-elle pas que plus on attend pour régler les problèmes les plus importants et plus cela coûte cher ?), a fait valoir la ministre devant des sénateurs mécontents de débattre d’un texte sans connaître le nouveau plan du gouvernement. « La base, ce serait 1,5 milliard en plus, pas de nouvelles économies à l’hôpital et le plan urgences financé », plaide Anne Gervais, porte-parole du Collectif inter-hôpitaux, à l’origine de la journée de mobilisation du 14 novembre. « Et il faut un modèle qui tienne la route. Je ne vais pas me rouler par terre chaque année de septembre à décembre pendant le vote du PLFSS… On a mieux à faire ! », ajoute-t-elle.

La piste d’une reprise de la dette de 30 milliards d’euros des hôpitaux publics, évoquée le 10 novembre par le Journal du dimanche comme un remède à la crise, « n’est pas une option envisagée par Bercy », répète-t-on depuis quelques jours au ministère de l’économie et des finances qui a le vertige lorsqu’on lui parle de telles sommes…. Et de rappeler l’avertissement donné par Bruno Le Maire, le 28 octobre sur RTL : « L’état de nos finances publiques justifie que, si l’on dépense de l’argent pour l’hôpital, nous trouvions des économies en face. » Quelques réflexions à propos du coût de l’immigration (dont la fameuse AME dont nous parlions plus haut) seraient ici les bienvenues.

En réalité, le discours de Bruno Le Maire est un mensonge car l’hôpital étant une administration publique, faire supporter sa dette par l’Etat ne changerait pas le déficit public total de la France. Pas de quoi, donc, mettre Paris en porte-à-faux par rapport à ses engagements européens en matière de finances publiques. Et ce, alors que le taux moyen des intérêts de la dette hospitalière est de 2,4 %, contre 1,8 % pour la charge (les intérêts) de la dette payée par l’Etat. « Il s’agirait donc d’un transfert d’une administration à une autre, cela ne changerait strictement rien vis-à-vis de Bruxelles, décrypte François Ecalle, ancien conseiller maître de la Cour des comptes et fondateur du site d’analyse des finances publiques Fipeco. Et cela permettrait aux hôpitaux de faire une économie de plus de 700 millions d’euros par an en dépenses de fonctionnement, qu’ils pourraient utiliser pour investir ou augmenter les salaires. » CQFD.

« Mais la question est politique, ajoute-t-il. Bercy a toujours tout fait pour maintenir un déficit de la Sécurité sociale, avec l’idée que c’est un moyen de demander des économies ! » Le sujet est explosif, au moment où les revendications sociales se cristallisent partout dans le pays, des écoles à la police en passant par les cheminots ou les pompiers. « Si l’Etat reprend leur dette, il dit aux hôpitaux : vous pouvez vous endetter davantage », craint une source gouvernementale.

Rappelons tout de même à nos compatriotes, qui sont à la fois des usagers des services de santé (pour ne pas dire qu’ils en sont parfois des consommateurs) mais aussi des électeurs, que l’on a la médecine que l’on mérite…

Le 15 novembre 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

Post scriptum : nous vous conseillons aussi la lecture de la tribune d’un jeune chirurgien, Eric Vibert, titrée « Pourquoi les internes ne défendent pas plus l’hôpital public ? », et publiée le 7 novembre sur le site du syndicat Jeunes Médecins (https://jeunesmedecins.fr/actualites/pourquoi-les-internes-ne-defendent-pas-plus-lhopital-public). Il en dit long sur le changement qui s’opère dans les esprits des jeunes médecins par rapport aux générations précédentes et qu’il appelle une « fracture générationnelle« . Même si celle-ci, en réalité, n’exprime que la dégradation globale de notre société, égoïste, hédoniste et festive. Rappelez-vous, « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles« , écrivait Paul Valery. Nous y sommes peut-être.

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