La dérive autoritaire du préfet de police de Paris.

19 Nov

Un préfet de police devait-il dire ça ? Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a été filmé par une caméra de BFMTV, dimanche 17 novembre, en train de répliquer à une femme se disant « Gilet jaune » : « Eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, madame. » Le haut fonctionnaire se trouvait alors place d’Italie, au lendemain des manifestation des « Gilets jaunes » à l’occasion du premier anniversaire de leur mouvement.

Mesurez-vous sur ce visage toute la sympathie du préfet de police de Paris pour les « Gilets jaunes » ?

De nombreux internautes se sont indignés d’une telle réponse. Le député La France insoumise Alexis Corbière a dénoncé sur Twitter des propos « intolérables », mais « révélateurs » d’un préfet « militant » qui n’est pas « au service de l’intérêt général » et qui doit donc « être remplacé ».

Certains ont même argué que Didier Lallement n’avait pas respecté le code de déontologie de la police nationale qui impose aux policiers un « devoir de réserve » ( article R. 434-29 – Devoir de réserve : « Le policier est tenu à l’obligation de neutralité »). « Le policier est tenu à l’obligation de neutralité, y est-il écrit. Il s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques. » 

Code de déontologie de la police nationale, article R. 434-29 – Devoir de réserve : « Le policier est tenu à l’obligation de neutralité ». Le préfet de police à une femme : « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ». Allô , c’est pour un signalement👇

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L’entourage du préfet de police de Paris a évidemment réagi en assurant que Didier Lallement parlait « du camp des casseurs et pas de celui des ‘gilets jaunes' » et expliqué que les images ne sont « pas contextualisées » ! Cet entourage précise ainsi que la séquence a été filmée juste après un instant de recueillement de Didier Lallement devant la stèle en hommage au maréchal Juin.

Mais la question demeure : un préfet de police a-t-il le droit de faire ce genre de déclaration ? Oui, répondent certains experts. « Il y a une confusion qui est faite dans les termes, commente Nicolas Hervieu, juriste spécialiste du droit public. En dépit du nom de sa fonction et du port de l’uniforme, le préfet de police n’est pas un policier, c’est un préfet. » 

« Le préfet de police n’appartient pas à la police nationale, il appartient au corps préfectoral », confirme Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble Alpes. Par conséquent, Didier Lallement « n’est pas concerné par ce code de déontologie », tranche Nicolas Kada, lui aussi professeur de droit public à l’université Grenoble Alpes.

Toutefois, Didier Lallement « reste un agent public », oppose Thibaud Mulier, maître de conférences en droit public à l’université Paris Nanterre. Et s’il « bénéficie d’une liberté d’opinion », il est bien « astreint à un devoir de réserve » car « il est un représentant de l’Etat, qui plus est lié à l’usage de la force publique ». Et ce devoir de réserve l’engage « à ne pas manifester son opinion ou avoir un comportement de nature à porter atteinte à l’image et à la considération du service public, ici de la sécurité publique et du maintien de l’ordre », liste l’universitaire.

Mais le préfet n’est pas un agent public comme les autres. Il « exerce une fonction politique éminemment sensible : il est très dépendant de l’exécutif et met clairement en place la politique qu’il décide », analyse Thibaud Mulier.  » En ce sens, on peut supposer que le préfet de police doit quasiment faire preuve de ‘loyalisme’. » « Son autorité hiérarchique, soit le ministère de l’Intérieur, doit évaluer s’il y a un manquement à son obligation de réserve », note Thibaud Mulier.

Pas sûr cependant que Christophe Castaner – qui a vanté ce « préfet qui a de la poigne » après sa nomination, comme le rappelle Le Figaro – soit très enclin à faire cette analyse. Mais « le juge administratif peut opérer un contrôle. D’ailleurs, sa jurisprudence montre qu’il est bien plus rigoureux à l’égard de l’obligation de réserve pour des fonctions importantes, comme le préfet. »

« S’il dit qu’il n’est pas dans le même camp que les casseurs, il est sur la même ligne que le gouvernement », juge Serge Slama, qui ajoute néanmoins : « A mon avis, un préfet ne devrait pas dire ça. » « J’aurais tendance à penser qu’il a manqué de discernement en s’exprimant ainsi devant des caméras, mais il n’a pas à proprement parler violé son devoir de réserve« , confirme Nicolas Kada. « Ce n’était sans doute pas opportun mais, juridiquement, on peut difficilement lui reprocher quoi que ce soit », approuve Nicolas Hervieu.

« Cette polémique, quand bien même serait-elle maladroitement posée, peut donc au moins avoir une utilité pour conduire les pouvoirs publics à clarifier leur position, estime Thibaud Mulier. Quoi qu’il en soit, la phrase est malheureuse, car elle n’aide pas à apaiser, à un moment où le préfet se sait d’ailleurs filmé. »

D’autant qu’elle exprime de la façon la plus claire et la plus directe qui soit tout le mépris non seulement de ce haut fonctionnaire (si éloquent sur la photographie qui figure en haut de cet article) mais, par voie de conséquence, de sa hiérarchie pour le vain peuple !

Même le roi Louis XIV en son château de Versailles, tant honni par ces pédants républicains, avait davantage de respect pour ses peuples dont il acceptait bien plus volontiers les placets…

Le 19 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “La dérive autoritaire du préfet de police de Paris.”

  1. Paul-Emic novembre 19, 2019 à 12:07 #

    Préfet ou préfet de police il reste un fonctionnaire tenu à un principe de neutralité et à un devoir de réserve. Par contre il faut lui reconnaitre une qualité que lui donne sa bêtise : il a eu un éclair de sincérité, il n’est bien qu’un milicien au service d’une coterie internationaliste

  2. Hervé J. VOLTO novembre 19, 2019 à 8:07 #

    La phrase est malheureuse, mais il y de la sincérité, le Préfet se pose bien en milicien au service d’une coterie euro-mondiliate crypto-communiste islamisante.

    Oui, même le Roi en son château de Versailles, tant honni par une Jacqueline Mouraud qui ne connait pas son Histoire de France, avait davantage de respect pour ses peuples… dont il acceptait bien plus volontiers les placets !

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