A propos de la situation au Sahel, le point de vue de Bernard Lugan.

21 Nov

Dans un récent post sur son site, le grand africaniste Bernard Lugan publie une intéressante analyse de la situation sécuritaire au Sahel et de ses perspectives. Les convergences entre celui-là et nos propres publications sur le sujet ne vous étonneront probablement pas.

Vous pourrez commencer par accéder à l’intégralité de l’analyse de Bernard Lugan à l’adresse suivante : http://bernardlugan.blogspot.com

Il y pose cinq questions essentielles :

1) Avons-nous des intérêts vitaux dans la région qui justifient notre implication militaire ? La réponse est non.

2) Comment mener une véritable guerre quand, par idéologie, nous refusons de nommer l’ennemi ? Comment combattre ce dernier alors-que nous faisons comme s’il était surgi de nulle part, qu’il n’appartenait pas à des ethnies, à des tribus et à des clans pourtant parfaitement identifiés par nos services?

3) Quels sont les buts de notre intervention ? Le moins que l’on puisse en dire est qu’ils sont « fumeux » : combattre le terrorisme par le développement, la démocratie et la bonne gouvernance, tout en nous obstinant, toujours par idéologie, à minorer, ou parfois même, à refuser de prendre en compte l’histoire régionale et le déterminant ethnique qui en constituent pourtant les soubassements ?

4) Les Etats africains impliqués ont-ils les mêmes buts que la France ? Il est permis d’en douter…

L’échec est-il donc inéluctable ? Oui si nous ne changeons pas rapidement de paradigme. D’autant plus que le but prioritaire de l’ennemi est de nous causer des pertes qui seront ressenties comme intolérables par l’opinion française.

Ceux qui nous lisent assidûment (mots-clés Sahel, Mali, Burkina Faso, Serval, Barkhane ou…Afrique sur notre moteur de recherche) auront compris que nous partageons l’intégralité des réponses apportées par l’auteur à ses cinq questions. Comme cela apparaît d’ailleurs dans nos deux articles suivants :

Dans ces conditions, comment éviter la catastrophe qui s’annonce ? Autrement dit, quelles solutions Bernard Lugan nous propose-t-il ?

Pour lui, trois options sont possibles. Les deux premières tombent sous le sens et ont été évoquées dans nos plus récents articles : soit le rétablissement d’un protectorat « à l’ancienne » sur ces territoires (installation d’un puissant contingent militaire à la hauteur des besoins) suivie d’une pacification selon les méthodes éprouvées au cours des deux siècles passés soit, à l’inverse, le désengagement militaire total et « le retour à la maison » de nos militaires, laissant toutes ces bonnes gens régler (c’est-à-dire NE PAS REGLER) leurs affaires entre elles. Nous y reviendrons.

Mais l’auteur propose une troisième voie, plus séduisante que les deux premières car bien plus intellectuelle, mais, avouons-le, bien peu réaliste.

Selon lui, la démarche proposée reposerait sur trois piliers que nous citerons in extenso :

 » 1) Prise en compte de la réalité qui est que la conflictualité sahélo-saharienne s’inscrit dans un continuum historique millénaire et que, comme je le démontre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours, nous ne pouvons prétendre avec 4500 hommes changer des problématiques régionales inscrites dans la nuit des temps.

2) Eteindre prioritairement le foyer primaire de l’incendie, à savoir la question touareg qui, en 2011, fut à l’origine de la guerre actuelle. En effet, si nous réussissions à régler ce problème, nous assécherions les fronts du Macina, du Soum et du Liptako en les coupant des filières sahariennes. Mais, pour cela, il sera impératif de « tordre le bras » aux autorités de Bamako en leur mettant un marché en main : soit vous faites de véritables concessions politiques et constitutionnelles aux Touareg qui assureront eux-mêmes la police dans leur région, soit nous partons et nous vous laissons vous débrouiller seuls. Sans parler du fait qu’il devient insupportable de constater que le gouvernement malien tolère des manifestations dénonçant Barkhane comme une force coloniale alors que, sans l’intervention française, les Touareg auraient pris Bamako…

3) Ensuite, une fois le foyer nordiste éteint et les Touareg devenus les garants de la sécurité locale, il sera alors possible de nous attaquer sérieusement aux conflits du sud en n’hésitant pas à désigner ceux qui soutiennent les GAT  (Groupes armés terroristes) et à armer et à encadrer ceux qui leur sont hostiles. En d’autres termes, nous devrons opérer comme les Britanniques le firent si efficacement avec les Mau-Mau du Kenya quand ils lancèrent contre les Kikuyu, ethnie-matrice des Mau-Mau, les tribus hostiles à ces derniers. Certes, les partisans éthérés des « droits de l’homme » hurleront, mais, si nous voulons gagner la guerre et d’abord éviter d’avoir à pleurer des morts, il faudra en passer par là. Donc, avoir à l’esprit, que, comme le disait Kipling,  « le loup d’Afghanistan se chasse avec le lévrier afghan ». Il ne faudra donc plus craindre de dénoncer les fractions Peul et celles de leurs anciens tributaires qui constituent le vivier des jihadistes. Mais, en même temps, et une fois encore, il faudra imposer aux gouvernements concernés de proposer une solution de sortie aux Peul.

Il sera alors possible d’isoler les quelques clans donnant des combattants aux « GAT », ce qui empêchera l’engerbage régional. Le jihadisme qui affirme vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel se trouvera ainsi pris au piège d’affrontements ethno-centrés et il pourra alors être réduit, puis éradiqué. Restera la question démographique et celle de l’ethno-mathématique électorale qui ne pourront évidemment pas être réglées par Barkhane.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent  régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Or, le chemin de la victoire passe  par la prise en compte et par l’utilisation de ces dernières. Mais encore faut-il les connaître…« 

Hélas, comment peut-il croire un seul instant que nos dirigeants politiques nationaux soient assez cultivés et déterminés pour se lancer dans une telle entreprise ? Comment peut-il croire un seul instant que les dirigeants politiques africains concernés soient assez lucides et intègres  pour en comprendre ou en accepter la nécessité ?

Notre ami Lugan est passionnant et nous avons pour lui le plus grand respect mais, hélas, c’est aussi…un doux rêveur. Alors prenons plutôt la mesure de la lente mais inexorable disparition des capacités imaginatives et organisatrices qui firent la gloire et la puissance de notre pays au cours des siècles passés.

Et reportons ce qui reste de courage et de volonté chez les Français (s’il en reste) à défendre coûte que coûte notre foi, notre civilisation et…notre territoire. Et quittons au plus vite ces lieux de perdition !

Le 21 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “A propos de la situation au Sahel, le point de vue de Bernard Lugan.”

  1. Hervé J. VOLTO à 11:55 #

    Votre serviteur a la chance de vanter l’amitié d’un Prince africain, dont le père est le deuxième successible d’un Royaume sans territoire car occupé par une république à la Française : ce Monarque de Jure, chef de tribu, est cependant autorisé par le Gouvernement de son pays -une ex-colonnie Française- à :

    1. Juger le peuple à la manière d’un saint-Louis.

    2. Présenter des personnalité à nommer au sein du Sénat.

    Cette « Monarchie » traditionnelle focntionne selon la Loi salique : a sa mort sans enfans, ce fils unique passera la Couronne de sa tribue à son cousin, déjà maire de la capitale du pays et membre du Sénat de son pays. Puis à la mort de ce dernier, à son fils, mon ami.

    Selon mon ami, qui est de père animiste et de mère Catholique, et qui est lui même Chrétien, toute l’élite de son pays a étudié en France, ils portent tous des prénoms Français (comme mon ami d’ailleurs), certains militaires ont fait leurs classe au sein de la Légion étrangère, corps d’élite reconnu par les américains comme parmi les meilleurs.

    Les analyses de mon ami africain rejoignent celles du CER : la colonisation Française sous la III° République a détruit le tissu social Français en France comme en Afrique. L’histoire des Royaumes africains du centre Afrique a été complètement occulté et les musalmans avancent, et avec eux les Jihadistes, parce que la France, Fille Aînèe de l’Eglise, n’est plus là pour protéger la Chrétienté dans ces pays là. Et si on ne les évangélise plus, ils subissent l’islamisation de leur nations, et tentent parfpois de l’importer en France par l’immigration.

    D’où un sentiment d’abandon des africains, qui ne voient plus la présence Française que comme une force d’occupation néo-colonialiste qui laisse de fauuses certitudes, là où les anglophones ont laisssé des habitudes. Attention : beaucoups de pays africains aiment encore la France ! comme une femme délaissée….

    Alors oui :

    1) Prise en compte de la réalité qui est que la conflictualité sahélo-saharienne s’inscrit dans un continuum historique millénaire.

    2) Eteindre prioritairement le foyer primaire de l’incendie, à savoir la question touareg qui, en 2011, fut à l’origine de la guerre actuelle.

    3) Ensuite, une fois le foyer nordiste éteint et les Touareg devenus les garants de la sécurité locale, il sera alors possible de nous attaquer sérieusement aux conflits du sud en n’hésitant pas à désigner ceux qui soutiennent les GAT (Groupes armés terroristes à l’origine de tous les trafics et de toutes les contrebandes en Afriqwue sub-saharienne) et à armer et à encadrer ceux qui leur sont hostiles. Il ne faudra donc plus craindre de dénoncer les fractions Peul et celles de leurs anciens tributaires qui constituent le vivier des jihadistes. Mais, en même temps, et une fois encore, il faudra imposer aux gouvernements concernés de proposer une solution de sortie aux Peul.

    Il sera alors possible d’isoler les quelques clans donnant des combattants aux « GAT », ce qui empêchera l’engerbage régional. Le jihadisme qui affirme vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel se trouvera ainsi pris au piège d’affrontements ethno-centrés et il pourra alors être réduit, puis éradiqué. Restera la question démographique et celle de l’ethno-mathématique électorale qui ne pourront évidemment pas être réglées par Barkhane.

    Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Or, le chemin de la victoire passe par la prise en compte et par l’utilisation de ces dernières. Mais encore faut-il les connaître. Et que la France se connaîssent elle-même en redécouvrant sa propre histoire à elle…

  2. Hervé J. VOLTO à 12:07 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    L Articles 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87 de la Constitution de la V° République portant sur les les accords de Communauté PERMETTRAIENT A D’ANCIENNNES COLONNIES FRANCAISES DEVENUES INDEPENDANTES DE REDEVENIR DES PROVINCES FRANCAISES D’OUTRE-MER.

    ENCORE FAUDRAIT-IL QUE CES PAYS LE DEMENDENT.

    Par exemple, le rattachisme Québéquoi et Wallon trouvent ici leur justification. Celà vaut pour certains Pays africains.

    MAIS IL FAUDRAIT VANT TOUT QUE LA FRANCEREDEVIENNE LA FILLE AINEE DE L’EGLISE ET L’EDUCATRICE DES PEUPLES…

  3. Hervé J. VOLTO à 12:12 #

    PS

    Constitution du 4 octobre 1958 organisant la V° République
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006071194

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