Un plan « Hôpital » du gouvernement en (très) demi- teinte.

21 Nov

Les 35 heures l’ont assassiné, et l’hôpital ne s’en est jamais remis. Voilà l’évidence dont personne ne parle. Pourtant le gouvernement tente aujourd’hui d’éteindre la crise qui frappe les hôpitaux. Et que trouvait à dire, mercredi, le Premier ministre, Edouard Philippe, pour montrer qu’il avait enfin compris ? Ceci : « Dans toute la France, les médecins hospitaliers, les infirmiers, les aides-soignants nous disent que l’hôpital décroche. (…) Nous les avons entendus.« 

S’il a fallu attendre près de vingt ans pour que le message « des médecins hospitaliers, des infirmiers, des aides-soignants » parvienne aux oreilles du gouvernement…

C’est qu’il est sourd, aveugle et borné !

Edouard Philippe a ensuite annoncé une série de mesures dans un « plan d’urgence pour les hôpitaux« . Que peut-on en penser ? Avant toute chose, que quoi qu’il apporte, la situation après ne pourra pas être plus terrible que ce qu’elle était avant…C’est donc déjà « tout bénef« , comme pourraient le dire ses bénéficiaires. Mais cela suffira-t-il à effacer des décennies d’abandon ? Evidemment non.

Alors qu’en est-il de ce fameux plan d’urgence, annoncé à grand renfort de fifres et de tambourins, d’abord ici

au cours d’une conférence de presse avec l’ineffable Agnès Buzyn, mercredi 20 novembre, puis là:

ce matin, sur les ondes de France Inter.

Des sousL’enveloppe hospitalière augmentera d’environ 4%, pile poil ce que réclament les grévistes, ce que bizarrement Edouard Philippe n’a pas dit. Depuis près de dix ans, l’enveloppe gonflait moins vite que celle de la médecine libérale, pour forcer au virage ambulatoire (hors hôpital). C’est fini.

Evidemment et sans surprise, les hospitaliers en colère disent que ce n’est pas assez : chacun pense, dans le climat actuel (pas à tort), que le tiroir-caisse est ouvert. En revanche, un acteur institutionnel, la Fédération hospitalière de France, se dit (dans l’urgence) satisfaite. Au passage, on voit que l’Etat ne sait pas avec qui discuter puisque c’est un mouvement parti de la base, pas des syndicats. Au plan social comme au plan politique, c’est la défaite de leur fameuse démocratie représentative. 

En voici quelques détails.

Le gouvernement augmente les enveloppes allouées aux hôpitaux. « Nous allons augmenter le budget de l’assurance-maladie de 1,5 milliard d’euros sur les trois prochaines années pour le secteur hospitalier« , a annoncé le Premier ministre. « Les tarifs hospitaliers ne baisseront pas jusqu’à la fin du quinquennat », a ajouté Edouard Philippe, permettant d’améliorer la visibilité budgétaire des établissements. Hélas, 1,5 milliard d’euros sur trois ans cela ne fait que 500 millions par an alors qu’il aurait fallu « mettre le paquet » tout de suite, comme on utilise un défibrillateur en urgence en cas d’arrêt cardiaque…Le malade continuera donc avec des massages externes et le risque d’en mourir ou de rester définitivement handicapé !

Chaque année, un objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam) est fixé par le Parlement. Un cadre qui limite l’enveloppe allouée notamment aux hôpitaux. Le gouvernement a donc annoncé que cet objectif allait être revu à la hausse. Mais il faut encore que le Parlement accepte cette nouvelle trajectoire budgétaire, dans les prochains jours.

Le gouvernement promet aussi une augmentation de la fiche des paie de certains professionnels de l’hopital. « Nous reconnaissons la situation spécifique de Paris et de la petite couronne », a déclaré la ministre de la Santé. Ainsi, « nous prévoyons d’attribuer une prime annuelle de 800 euros net par an aux 40 000 infirmiers et aides-soignants [de cette zone géographique] qui gagnent moins de 1 900 euros mensuels« , a annoncé Agnès Buzyn. Une inégalité qui aura du mal à être acceptée par tous.

D’ailleurs, depuis huit mois, TOUS les professionnels de santé demandent une revalorisation de leur salaire. En première ligne, les infirmiers de la fonction publique hospitalière, qui réclament 300 euros mensuels supplémentaires. Le gouvernement n’a donc pas accédé à cette demande, en ne prévoyant que des primes spécifiques.

Ainsi une prime annuelle d’environ 300 euros, qui pourrait concerner jusqu’à 600 000 professionnels, a été annoncée par la ministre de la Santé. Les hôpitaux auront ainsi « des enveloppes financières à leur main » pour « mieux reconnaître les efforts de chacun »Cette prime sera différente dans chaque établissement, mais « n’obéira pas à des critères financiers mais à la qualité de prise en soin », a précisé Agnès Buzyn qui devrait pourtant savoir qu’aucun salarié ne confond hausse de salaire avec saupoudrage de primes sans effet sur les retraites…Résultat : les grèves ne sont pas terminées.

Autre décision gouvernementale et qui correspond à ce que nous-mêmes réclamions ici (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/11/15/france-ta-medecine-hospitaliere-est-a-lagonie/) : la reprise par l’Etat de l’importante dette des hôpitaux publics français.

En 2017, la dette des mille hôpitaux publics représentait plus de 30 milliards d’euros, soit 42,8% de leur chiffre d’affaires. Un chiffre en forte augmentation depuis le début des années 2000. Et cette dette pèse lourd dans les finances de ces établissements. Chaque année, les hôpitaux paient environ 840 millions d’euros de frais d’intérêts sur la dette.

Le gouvernement a donc promis d’alléger la note. Malheureusement, comme avec l’effort financier de 1,5 milliard d’euros dont nous parlions plus haut, cette reprise ne sera que partielle et, pire, étalée sur trois ans. « Dix milliards d’euros de dette seront repris sur trois ans, ce qui permettra de restaurer l’équilibre financier des établissements, a annoncé Edouard Philippe. Cette reprise de dette permettra aux hôpitaux de retrouver des moyens d’investir. (…) C’est un signe inédit de confiance de la nation. »

Mais il y a le reste.

Le reste, c’est le fond du malaise de l’hôpital. Edouard Philippe sait faire de la calinothérapie. Mais depuis dix ans, on ne dit pas à l’hôpital quel est son métier. On psalmodie un discours sur la répartition médecine de ville-hôpital, sur les déserts médicaux, sur les études de médecine sans jamais dire la vérité. Quel est le rôle de l’hôpital dans la vie sociale alors que les hospitaliers voient bien, eux, qu’ils sont de plus en plus la première ligne de front ? La situation calamiteuse des services d’urgence ne le démontre-t-elle pas alors que près de 250 d’entre eux sont en grève depuis des mois ?

Le reste, c’est aussi l’absence d’action visible sur les soins inutiles, dont parle souvent Agnès Buzyn mais sans précision. Le Dossier médical partagé ville-hôpital apparaît comme une évidence, mais on ne peut pas dire qu’il est dans la vie de tous les jours. Notre banque et Facebook en savent dix fois plus sur nous que nos médecins…

Le reste, c’est encore parfois la faute de quelques mandarins cataleptiques. Pourquoi y-a-t-il quatre services de transplantation cardiaque à Paris ? Pourquoi tous les autres chefs de service ne sont pas dans la rue ?

Le reste enfin dépasse l’hôpital. Le système de la fonction publique, où l’on paie mal les plus jeunes certes mais pas qu’eux (soignants de toutes catégories, profs, etc.), prend de face le mur du prix du logement dans les villes. Pour ne citer que cela.

Bref, la misère gagne en tous lieux et toutes catégories sociales. Peut-on croire y remédier avec des demi-mesures ou en recueillant et en assistant toute la misère du monde ? Poser la question, c’est y répondre.

Le 21 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Un plan « Hôpital » du gouvernement en (très) demi- teinte.”

  1. Hervé J. VOLTO à 3:30 #

    Le « Plan santé 2022 », appellation pompeuse pour un objectif lointain, ne résolvant en rien les problèmes de santé de l’immédiat.

    Enfin… le Gouvernement semble avoir compris que le malaise des hôpitaux était en fait celui de tous les maillons de la chaîne. Il était donc nécessaire d’apporter une réponse aux établissements hospitaliers, aux médecins, aux infirmiers, aux aides-soignants et à l’ensemble de ceux qui fontvivre le précieux système Français de soins. L’octroi de budgets nouveaux et garantis sur plusieurs années pour les hôpitaux, les primes aux infirmiers, la prise en compte du coût de la vie en région parisienne, l’accélération des carrières des jeunes médecins comme le toilettage de certains éléments du statut de leurs aînés, tout démontre que le Gouvernement voulait frapper fort. Et large.

    Dommage, cependant, qu’il n’ait pas profité de ce moment de générosité pour exiger en retour quelques mesures fortes de réorganisation et de chasse aux dépenses inutiles, dans un secteur qui en compte tant. On voit bien que, tout à sa recherche d’un profit politique immédiat pour éviter la jonction des mécontentements le 5 décembre, le gouvernement a délibérément ignoré les mesures d’économies. Rajouter de la dépense dans un domaine qui dépense déjà trop n’est évidemment pas suffisant, et ne fait que repousser le sujet dans le temps. Quant à la reprise de 10 milliards de dette des hôpitaux, elle est loin d’être indolore. Certes elle figurait déjà dans les comptes nationaux, mais ce que les hôpitaux ne paieront plus sera désormais à la charge… des Français ! Parce que, qui paiera ? Le con-tribubale, comme d’habitude…

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