Jeux olympiques 2024 : la folie des grandeurs urbanistiques, pour quoi faire ?

25 Nov

Il nous faut hélas revenir sur ce ruineux sommet de festivisme que seront immanquablement les Jeux olympiques de 2024 dans la région parisienne (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/03/31/jeux-olympiques-dete-de-2024-le-cer-avait-encore-raison/). Car voilà que les choses se précisent…en direction de la Seine-Saint-Denis et ses quartiers les plus mal famés que l’Etat veut absolument récompenser de leur misère mentale, de leur inégalable capacité à faire fructifier les trafics les plus ignobles ou de leur violence atavique.

Les organisateurs se sont donc mis en tête, pour satisfaire cet irrépressible besoin des responsables politiques et des édiles de mettre en oeuvre le fameux dicton romain « Panem et circenses« , d’installer un gigantesque village olympique aux confins de Saint-Ouen et de Saint-Denis (qui n’ont plus de saint que le nom), à la lisière du département de la Seine-Saint-Denis et de Paris

Le jury réuni par la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) a choisi, vendredi 22 novembre, les projets lauréats pour la construction de deux importants secteurs du futur quartier appelé, nous dit-on, à bouleverser le paysage de Saint-Denis et de Saint-Ouen. Les 48 000 mètres carrés de bâtiments du lot D seront dessinés et construits par le groupement formé de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et sa filiale Icade, tandis que les 52 000 mètres carrés du lot E reviennent au projet présenté par Nexity et Eiffage. Le groupe Bouygues, qui était candidat sur les deux secteurs, est le grand perdant de la consultation…Mais ce n’est probablement que partie remise car ces coquins sont aussi…des copains.

Les lauréats ont été choisis « à l’unanimité » et en accord avec les préférences exprimées par un comité de citoyens choisis A LEUR MAIN, symbole, pour les élus et la Solideo, d’une concertation exemplaire. Tu parles, Charles. D’ailleurs, la course contre la montre vers la réalisation du village olympique est loin de ne susciter que des applaudissements : un collectif d’associations, Vigilance JO 2024 Saint-Denis, dénonce « un dossier monté sans les habitants, sans recueil des besoins du territoire, comme s’il n’y avait personne dans ces quartiers », explique Benjamin Darras, l’un de ses animateurs.

Pire, pour construire le village olympique, une vingtaine d’entreprises ont été priées d’aller s’installer ailleurs, parfois dans la douleur. Surtout, plusieurs points font toujours l’objet de conflits, comme l’éviction d’un foyer de 300 travailleurs et la démolition d’une résidence étudiante, pour lesquels les solutions de remplacement proposées par la Solideo sont pour l’heure jugées insuffisantes, voire « indignes ». Mais qu’importe puisque ce qui compte, n’est que le profit que les promoteurs vont pouvoir tirer de cette juteuse affaire !

Des frictions à mille lieues de l’élan bâtisseur manifesté vendredi. Sur les images et les films, des immeubles tout en bois à l’architecture un brin austère s’élèvent au-dessus d’espaces champêtres et de forêts urbaines, tandis qu’au pied de rez-de-chaussée animés par les commerces et les équipements, les espaces publics piétons descendent jusqu’au bord de Seine…. Ces projets, qui mobilisent une douzaine d’architectes, marquent par « leur exemplarité écologique : ce sont des démonstrateurs pour les constructions de demain, qui anticipent les futures normes », s’est pourtant félicitée Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire qui dévoilait ainsi la connivence entre le gouvernement d’Emmanuel Macron et les promoteurs (dont certains furent probablement de généreux sponsors de la campagne présidentielle de 2017).

La Solideo engageait les candidats à construire en bois en dessous de 28 mètres de hauteur (huit étages), et à utiliser ce matériau si possible au-delà. Le village olympique ambitionne ainsi de réduire l’empreinte carbone des bâtiments de 40 % par rapport à des constructions actuelles classiques. « Nous faisons la démonstration qu’on peut quasiment atteindre dès maintenant, avec les techniques et les contraintes économiques d’aujourd’hui, l’objectif d’une baisse de moitié de l’empreinte carbone », estime le directeur général exécutif de la Solideo, Nicolas Ferrand. Un argument particulièrement vendeur.

C’est plus d’un tiers du village olympique qui est maintenant engagé dans le compte à rebours des études et du chantier, pour une livraison à la toute fin de l’année 2023. La société d’économie mixte Plaine Commune Développement doit annoncer, le 5 décembre, le lauréat d’une troisième parcelle, sur l’île Saint-Denis, avec un programme de 47 500 mètres carrés construits. Le dernier lot, représentant 109 000 mètres carrés à bâtir de l’autre côté de la Cité du cinéma, sera développé par Vinci, propriétaire des terrains. Au total, ce sont cinquante hectares à aménager et à construire simultanément, soit l’une des plus importantes opérations d’urbanisme de l’Hexagone, pour 1 milliard d’euros d’investissements privés et près de 300 millions d’euros de subventions publiques (soit le tiers d’argent public fourni par les contribuables dont beaucoup y sont opposés).

Et tout cela pour un usage sportif de seulement six semaines ! « Camp de base » de 16 000 athlètes et équipes d’accompagnement durant les Jeux olympiques et paralympiques, du 26 juillet au 8 septembre 2024, le village sera ensuite transformé pendant un an pour accueillir 6 000 habitants et 6 000 salariés (dans le détail, 2 000 logements familiaux, un millier d’appartements en résidences étudiantes ou pour les seniors, 120 000 mètres carrés de bureaux et de commerces et 9 000 mètres carrés d’équipements publics). Un an de travaux supplémentaires de transformation dont le coût reste encore très nébuleux et avec des perspectives d’usage qui n’existent…que sur le papier.

Il faut d’abord observer qu’avec des logements vendus environ 7 000 euros le mètre carré, leur futur village risque d’accélérer la « gentrification » de ces communes, malgré un pourcentage de logements sociaux compris entre 25 % et 40 %, selon les secteurs. Mettant ainsi en défaut les annonces volontaristes du gouvernement d’une contribution à la promotion de la diversité sociale sur un territoire sinistré. Car, « Qui va pouvoir habiter là ? Pour qui sont faits ces aménagements ? Le village olympique ne répond pas aux besoins des habitants de Saint-Denis », juge l’architecte et urbaniste Marianna Kontos, membre du collectif Vigilance JO 2024 Saint-Denis.

Mais cette hypothétique « gentrification » n’est, elle-même, pas assurée car l’emprise des territoires sur lesquels règne l’immigration que l’on sait pourrait avoir de grandes chances de décourager les potentiels acquéreurs, comme cela se voit déjà dans certains quartiers de Paris qui ont pris la même direction urbanistique. Ce qui se terminerait alors par un immense fiasco économique à la charge des contribuables, comme cela s’est vu aussi dans d’autres villes du monde qui se sont lancées dans cette folie d’organiser des Jeux olympiques.

Alors que le village olympique s’ajoute à plusieurs grosses opérations urbaines dans le secteur (le carrefour Pleyel, les abords de la piscine olympique, les docks de Saint-Ouen…), le collectif Vigilance JO 2024 regrette le manque de vision d’ensemble, voire les contradictions entre les objectifs environnementaux et certains aménagements, comme les dix voies de circulation qui vont cerner l’école Anatole-France à Saint-Denis, sans grand souci de l’air respiré par ses 700 élèves. « Prise isolément, chaque opération peut paraître exemplaire, mais il n’y a aucune cohérence entre tous ces aménagements », pointe Mme Kontos. Auteur d’un projet alternatif, le collectif estime que ses propositions n’ont jamais été écoutées.

Est-ce vraiment une surprise ? Quoi qu’il en soit, le CER avait de son côté exprimé son hostilité au projet de Jeux olympiques à Paris dès le dépôt de la candidature de la capitale.* Rendez-vous en 2025 pour savoir qui avait raison.

Le 25 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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