Royaume-Uni : Boris Johnson se fait de plus en plus convaincant.

26 Nov

Dimanche 24 novembre, Boris Johnson a présenté le manifeste du parti conservateur. Le programme officiel du gouvernement qu’il présidera s’il est conforté dans sa position de Premier ministre, avec une majorité absolue, à l’issue du scrutin du 12 décembre.

Moins épais que celui des élections générales de 2017, ce programme marque pourtant une véritable rupture : les conservateurs abandonnent définitivement leur politique d’austérité, promettent de l’argent frais pour le système public de santé (le sacro-saint National Health service, NHS), la préservation du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, et limitent même les cadeaux fiscaux aux riches. Le tournant avait déjà été amorcé par Theresa May, et prouve à quel point le parti parie désormais sur le vote populaire – notamment le vote traditionnellement travailliste – pour remporter une victoire.

« Il s’agit d’un agenda radical » a prétendu M. Johnson, dimanche après-midi depuis Telford, « berceau de l’industrie » britannique. L’actuel premier ministre, qui compte bien rester à Downing Street encore cinq ans, a promis l’embauche de 50 000 nouvelles infirmières pour le NHS, tout premier sujet de préoccupation des Britanniques avec le Brexit et le recrutement de 6 000 médecins généralistes supplémentaires. Les conservateurs s’engagent aussi à maintenir la pression fiscale en l’état : pas d’augmentation de l’impôt sur le revenu, ni de hausse de la TVA.

Dans ce programme, le coût de l’assurance sociale nationale est limité, permettant un gain par citoyen d’environ 100 livres par an. Environ deux milliards de livres devraient être consacrés au comblement des nids-de-poule (!), un milliard à la santé des enfants, et le salaire minimal horaire progresserait de 8,21 livres à 10,50 livres.

M. Johnson a par ailleurs insisté sur le fait que son gouvernement ne réclamerait pas d’extension de la période de transition post-Brexit au-delà du 31 décembre 2020, assumant qu’il sera parvenu, à cette date, à la conclusion d’un accord commercial avec l’Union européenne (UE). Enfin, M. Johnson a promis que son accord de divorce serait présenté pour ratification au Parlement britannique « avant Noël », pour un Brexit effectif « fin janvier 2020 ».

Au final, ce manifeste propose des mesures ciblées et censées répondre aux attentes urgentes des Britanniques. Pour les conservateurs, l’exercice de dimanche était clair : il ne fallait pas brouiller le principal message du « chef », Boris Johnson, son unique argument de campagne, simple mais efficace : « Let’s get Brexit done » (« réalisons le Brexit »).

Même s’il recentre la politique des tories sur un agenda plutôt modéré, ce programme n’a rien à voir avec le manifeste des travaillistes, présenté en fin de semaine dernière. Ce dernier a horrifié les milieux d’affaires britanniques, avec des promesses de redistributions et de renationalisations particulièrement radicales. Du jamais-vu depuis les années 1970, ont estimé les commentateurs dans la presse nationale, majoritairement hostiles à Jeremy Corbyn, le leader du Labour.

Au total, le Parti travailliste prévoit des dépenses publiques de 83 milliards de livres par an (financées en partie par les entreprises et les ménages les plus aisés), pour financer l’hôpital, la construction de logements sociaux et la suppression des frais de scolarité dans le secondaire. Jeremy Corbyn souhaite aussi l’instauration de la semaine de…32 heures d’ici à dix ans (encore plus fou que Martine Aubry !), la renationalisation d’une grande partie du rail, des réseaux de production d’énergie, et l’Internet gratuit à haut débit pour tous. Résultat, le niveau des dépenses publiques passerait à environ 44 % du produit intérieur brut national, 6 % au-dessus du niveau actuel.

Les Libéraux-démocrates (LibDem), farouchement anti-Brexit, ont également rendu public un programme très ambitieux, prévoyant un effort financier inédit pour l’éducation (10 milliards de livres en cinq ans) et la petite enfance, grâce à un « remain bonus » de 50 milliards de livres. Cette somme, assure le parti, correspond au coût du Brexit qui serait économisé si le Royaume-Uni restait dans l’Union – les LibDem omettent de préciser qu’en restant dans l’UE, le Royaume-Uni devrait maintenir sa contribution d’environ 12 milliards d’euros annuels au budget communautaire.

Pour autant, le Labour et les LibDem ne sont pour l’instant pas parvenus à renverser la vapeur : à deux semaines du scrutin, les conservateurs mènent toujours la course en tête. Selon un sondage de l’institut Datapraxis, publié dimanche, Boris Johnson pourrait gagner 349 sièges au soir du 12 décembre, largement au-dessus de la majorité absolue. Les travaillistes reculeraient de 30 sièges (à 213 sièges), et les LibDem se contenteraient de 14 sièges (Pan ! sur le bec des anti-Brexit).

Le Financial Times, qui compile les différents sondages depuis le début de la campagne, parvenait lui aussi, dimanche, à une confortable majorité pour les tories (43 %), toujours largement devant les travaillistes (à 29 %) et les LibDem (15 %). « En l’état, Boris Johnson est parti pour gagner une majorité » a même concédé Jo Swinson, la cheffe des LibDem, dimanche matin, sur le plateau de la BBC.

Les membres de la Commission européenne ont failli s’étrangler…Mais, hélas, ils ont survécu.

Le 26 novembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Relire ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/

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