VTC Uber (suite).

1 Déc

Chauffeur de VTC Uber (photo d’illustration)

Il y a quelques jours seulement, nous rappelions tout le bien que nous pensons de la société américaine Uber de transport de passagers dans des VTC (véhicules de tourisme avec chauffeur) et, surtout, de ces derniers dont la plupart des utilisateurs ignorent qu’ils mettent leurs jour en danger (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/11/26/comment-pouvez-vous-encore-vous-faire-transporter-par-uber/).

Sachez aujourd’hui que la situation est pire encore ainsi que l’ont révélé de nombreuses utilisatrices des services en question, victimes d’agressions sexuelles et de viol de la part de chauffeurs de VTC Uber, dans un nombre croissant de pays dont la France.

Le témoignage est glaçant. Il y a peu en début de soirée, I. commande un «Uber» pour se rendre de Versailles où cette jeune femme de 22 ans habite, à Paris, dans le 15ème arrondissement «Rapidement je me suis demandée quel chemin le chauffeur empruntait, ça n’était pas le plus direct, se souvient-elle. Soudain, il m’a fixé des yeux dans le rétroviseur, m’a dit qu’il me trouvait jolie. Il m’a ensuite demandé si j’avais un petit ami et si il lui ressemblait; j’ai tout fait pour écourter cette discussion que je trouvais de plus en plus déplacée.» Arrivée à un feu rouge, le chauffeur range sa voiture le long d’un trottoir. « Je l’ai entendu verrouiller les portes, puis il a tendu sa main pour me toucher les cuisses, raconte I. Je l’ai repoussé en lui criant d’arrêter pendant que j’essayais désespérément d’ouvrir les portières de la voiture. » A ce moment-là, le chauffeur essaie de passer sur la banquète arrière. « Je l’ai repoussé avec les jambes ; je me suis rendu compte que personne ne pouvait nous voir de l’extérieur car les vitres arrières étaient teintées, j’ai hurlé de toutes mes forces », se rappelle-t-elle encore tremblante.

Un passant entend le cri d’I. et comprend aussitôt qu’il se passe quelque chose dans la voiture ; il ouvre la porte. « Je suis sortie immédiatement de la voiture et je lui ai demandé de rester près de moi, ce qu’il a fait, mais en revanche il m’a dit qu’il ne témoignerait pas…», raconte I. qui n’a finalement pas porté plainte : « Tremblante, je n’ai pas osée aller au commissariat ; j’y étais allée une fois et cela n’avait abouti à rien. » Rentrée chez elle, elle envoie un message à Uber lui racontant ce qui lui était arrivé. La société lui a affirmé qu’elle allait rayer le chauffeur de sa liste de conducteur et lui a (royalement) remboursé la course. « Plus tard, des chauffeurs Uber m’ont raconté que des femmes s’étaient elles-aussi plaintes des agissements de certains de leurs collègues », explique-t-elle.

Cette agression n’est pas sans rappeler celle rapportée récemment par lesDernières nouvelles d’Alsace. Rentrant chez elle avec trois autres camarades, une jeune femme s’est retrouvée seule, assise à l’avant, une fois ses amis descendus avant la destination finale. Si la conversation avait pris un ton badin lorsqu’ils étaient tous dans le VTC, il n’en a pas été de même une fois ses amis partis. La jeune fille a dû repousser plusieurs fois les avances de chauffeur qui a essayé de l’embrasser une fois arrivé à destination. Rentrée chez elle, la jeune femme a contacté Uber qui lui a indiqué « que des mesures seraient prises » ; elle est allée ensuite porter plainte au commissariat. Elle a raconté son agression sur les réseaux sociaux et s’est rendue compte que deux ans plus tôt, une autre jeune femme avait subi la même chose… avec le même chauffeur. A l’époque, elle avait contacté Uber qui lui avait assuré que toutes les mesures seraient prises et que le compte du chauffeur serait suspendu.

RIEN N’A ETE FAIT, EVIDEMMENT.

Faut-il dès lors s’étonner que les réseaux sociaux se soient récemment enflammés contre la société Uber au moment de la marche contre les violences faites aux femmes, à la mi-novembre, accusant notamment la plateforme de VTC d’avoir effacé des messages de femmes victimes d’agressions sexuelles. Il suffit de faire quelques recherche sur tweeter pour trouver de tels témoignages ; un hashtag #UberCestOver (Uber, c’est terminé !) a même été créé pour l’occasion.

Dans l’affaire des messages effacés, la plateforme Uber a reconnu « un manque de discernement » ! Le 21 novembre, elle a réagi : « Nous avons publié des tweets et un podcast pour présenter nos excuses aux victimes et expliquer nos procédures […] C’est une question sur laquelle nous sommes engagés de longue date et sommes résolus à continuer à combattre ces violences intolérables », explique à Valeurs actuelles l’entreprise qui a listé les procédures en cas d’agression sexuelle : suspension à titre préventif du chauffeur, fourniture à la police en cas de dépôt de plaintes de toutes les informations nécessaires à l’enquête judiciaire. « Nous sommes en contact avec les victimes qui ont accepté notre assistance sur les réseaux. Nous sommes en train de les aider à retrouver les informations liées aux courses et nous pourrons les transmettre aux forces de l’ordre après dépôt de plainte, assure l’entreprise qui, en 2020, permettra grâce à la fonctionnalité Live Call Back de recueillir les témoignages. Depuis vendredi 22 novembre, nous avons mis en place une fonctionnalité dédiée pour que les victimes nous partagent toute situation de harcèlement ou d’agression sexuelle qu’elles ont pu subir, y compris dans le passé. » Le vent du boulet est sans doute passé si près qu’il a bien fallu réagir enfin…

Dans d’autres pays, des chauffeurs de la plateforme Uber sont également cités dans des cas de crimes sexuels. En 2017, la chaîne américaine CNN a trouvé 103 affaires d’agressions ou de tentatives sur les quatre années précédentes. A cette date, un tiers des chauffeurs accusés avaient été condamnés pour attouchements, viols et séquestrations tandis que des douzaines de cas étaient en attente de jugement. Un chauffeur a notamment été condamné à 80 années de prison pour le viol d’une femme ; il avait 33 chefs d’accusation contre lui « y compris des agressions sexuelles d’au moins neuf autres femmes et enfants. Il a drogué plusieurs de ses victimes », rapporte CNN qui a aussi décrit le cas d’une femme qui a poursuivi Uber, l’accusant d’avoir sciemment ignoré le passé criminel du chauffeur qui l’a violée.

En 2014, un viol de passagère a amené l’administration indienne à interdire pendant un mois et demi l’application Uber à New Dehli. Outre-Manche, The Sun explique qu’en 2016, 32 cas de viols et d’agressions sexuelles par des chauffeurs Uber ont été rapportés alors que l’application prétend offrir « le trajet le plus sûr ».

A-t-il été entendu en interne ? Rien n’est moins sûr si on en croît l’intervention (musclée) de l’autorité publique britannique Transport for London (Tfl). Le 25 novembre dernier, l’autorité publique britannique Transport for London (Tfl) a retiré à Uber sa licence londonienne ; l’entreprise, arrivée en Grande Bretagne, un de ses plus important marché (selon Les EchosInvestir, Londres compterait pour 24 % des revenus du groupe), au début de la décennie 2010, l’avait déjà perdue en 2017. A l’époque, Tfl avait expliqué que « l’approche et la conduite d’Uber démontraient un manque de responsabilité par rapport à un certain nombre de questions ayant des répercussions potentielles de la sécurité. »

Si Tfl reconnaît aujourd’hui que la filiale britannique – elle compte 3,5 millions de clients pour 45.000 conducteurs – a fait des efforts, il existe toujours des « défauts qui mettent les passagers et leur sécurité en danger ». Et Tfl de citer la possibilité qu’ont les chauffeurs non autorisés (pour quelque raison) à charger leurs propres photos sur des comptes de chauffeurs, eux, autorisés. Cela a été pointé du doigt dans quelques 14.000 courses ! Une autre brèche dans la sécurité repose sur la possibilité pour les chauffeurs licenciés ou suspendus (pour quelques raisons) de créer de nouveaux comptes. Des problèmes d’assurances ont été aussi relevés.

« Tout cela a conduit Tfl à conclure qu’il n’avait pas l’assurance qu’Uber disposait d’un système robuste pour protéger la sécurité des passagers, tout en gérant les changements à son application », explique Tfl qui a laissé à l’entreprise 21 jours pour faire appel. De quoi ne pas rassurer les investisseurs, déjà échaudés par la perte d’un tiers de la valeur du cours de Bourse d’Uber. 

Si, après tout cela vous n’avez pas compris qu’il est urgent de bannir Uber de vos applications téléphoniques…

Le 1er décembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “VTC Uber (suite).”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 1, 2019 à 1:05 #

    Il suffit de règlementer. Que fait la police ? que font les parlementaires ?

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