Le nabab de l’Elysée.

2 Déc

Vous vous souvenez tous avoir entendu nos vieux instituteurs républicains mais aussi tous les historiens de la République et leurs portes-voix politiques s’efforcer de dénigrer ce qu’ils appellent avec mépris « l’Ancien régime« , en insistant sur le train de vie de nos monarques et de leur Cour aux dépens de peuples malheureux et perpétuellement rançonnés. Vous vous souvenez aussi qu’il nous fut affirmé par les mêmes que, depuis la fin de la monarchie, les Français avaient enfin découvert les bienfaits de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et même de la Solidarité au sein de la République et grâce aux vertus innombrables de leurs dirigeants politiques. Bref, que la France a atteint l’horizon indépassable de notre temps (pour paraphraser Jean-Paul Sartre et sa vision du communisme).

Hélas, depuis plusieurs années, il semble que les Français soient davantage décillés que l’avaient souhaités leurs gourous. D’ailleurs, le mouvement dit des « Gilets jaunes » et tout ce qui l’a accompagné nous en dit long sur la fin de leur crédulité.

Ajoutons donc une nouvelle pierre à l’édification de leurs désillusions et, pour ce faire, arrêtons-nous aujourd’hui sur la révélation des dépenses somptuaires de la présidence de la République dont on découvre qu’elles sont les plus considérables de tous les pays de l’Union européenne. Et ne parlons même pas des listes civiles des monarques européens qui apparaissent ridicules (pour ne pas dire misérables) par rapport à celle du chef de l’Etat républicain de notre pays…

Belle leçon de l’Histoire !

Alors, sachez que Jean-Pierre Sueur, Rapporteur pour avis de la mission « pouvoirs publics » n’est pas content du tout. Ce rapport a été examiné jeudi 28 novembre au Sénat dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2020. Le sénateur (PS) du Loiret y relève en préambule les« conditions pour le moins particulières » d’élaboration de son rapport.

« Les services de l’Elysée ont refusé de recevoir le rapporteur que je suis », déplore-t-il. Le ton est policé, mais il ne peut que regretter « ce comportement peu républicain ».

« J’ai demandé à être reçu, comme cela s’est fait les années précédentes sans difficultés, relate l’ancien président de la commission des lois du Sénat au Monde. Le directeur du cabinet, Patrick Strzoda, n’a pas jugé utile de procéder à une audition. Il m’a indiqué par courrier qu’il ne répondrait qu’à des questions écrites, ce qu’il a fait de façon très laconique. »

Les crédits de la mission « pouvoirs publics » regroupent les dotations à la présidence de la République, à l’Assemblée nationale et au Sénat, ainsi qu’aux chaînes parlementaires, au Conseil constitutionnel et à la Cour de justice de la République. Globalement, ils s’élèvent en 2020 à 994 455 491 euros, en hausse de 3 111 000 euros (+ 0,31 %). Hormis une dotation spéciale de 785 000 euros attribuée au Conseil constitutionnel pour l’organisation du référendum d’initiative partagée sur Aéroports de Paris, la quasi-totalité de cette hausse est due à celle de la dotation allouée à la présidence de la République, qui enregistre une progression de 2 316 000 euros (+ 2,25 %), passant de 103 millions d’euros en 2019 à 105,32 millions en 2020. La Cour des comptes avait récemment, elle aussi, pointé du doigt ces dérapages financiers alors que les crédits de toutes les autres institutions restent stables.

« Les dépenses de l’Elysée augmentent », note M. Sueur, rappelant qu’au prix d’« un effort de rationalisation important » cette do­tation avait été ramenée de 109 millions d’euros en 2012 à 100 millions en 2017, pendant le quinquennat de François Hollande, avant d’être portée à 103 millions en 2018 et en 2019, depuis l’élection d’Emmanuel Macron. En réalité, les dépenses de l’Elysée augmentent plus que ne le laissent supposer les crédits inscrits en loi de finances initiale.

Comme le révèle le récapitulatif des dépenses figurant dans le rapport, celles-ci s’élèvent à 106,78 millions d’euros en 2019 et sont prévues à 110,52 millions en 2020 (+3,5 %). Pour faire face à cette augmentation significative de ses dépenses, après une hausse, déjà, de 2,5 % en 2019, l’Elysée va devoir ponctionner sur ses « disponibilités » (sic), qui se montaient à 17,1 millions d’euros au 31 décembre 2018, selon les informations fournies au rapporteur. Après un prélèvement de 2,5 millions en 2019, celui-ci sera de 4 millions en 2020. En deux ans, près de 40 % de ces réserves au­ront donc été consommées. « Cette pratique n’est pas tenable à long terme car les réserves vont s’épuiser », observe M. Sueur.

Si les dépenses de personnel de l’Elysée ont été contenues – en juillet 2019, 795 postes étaient pourvus, soit 17 de moins qu’un an plus tôt, grâce, notamment, à « une organisation qui semble plus rationnelle qu’auparavant », note le rapporteur –, le poste des déplacements présidentiels, lui, grimpe en flèche. Entre 2018 et 2020, il passe de 14,3 millions à 15,66 millions d’euros (+ 9,5 %).

Un autre poste connaît une forte progression, celui des frais de fonctionnement, qui augmenteront de près de 1 million d’euros en 2020 (+ 6,7 %). Cette hausse est essentiellement due au renforcement des moyens de sécurité à la présidence de la République, mission désormais confiée à une nouvelle direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR), qui compte un effectif de 77 équivalents temps-plein, soit 14 de plus qu’en 2017. Augmentation à laquelle le rapporteur souscrit, compte tenu d’« un contexte d’insécurité toujours très élevée ».

La DSPR a ainsi été dotée de moyens supplémentaires : blindage des véhicules d’escorte, renouvellement du parc radio, équipements de géolocalisation, équipements individuels, nouveaux matériels de sécurité, etc.

Quoi qu’il en soit, M. Sueur ne peut s’empêcher de noter que « la réduction du train de vie de l’Elysée mise en avant dans le bleu budgétaire [le document établi par Bercy pour chaque mission du PLF] pour 2020 est donc très relative ».

Dans ses conclusions, la commission des lois du Sénat, présidée par Philippe Bas (LR), estime que « la présidence de la République devrait davantage s’appliquer les règles vertueuses prônées aux autres pouvoirs publics en s’interrogeant sur les moyens de contenir son train de vie ». On ne saurait mieux dire !

Ce jeune homme, élu subrepticement en 2017, n’a pas fini de surprendre les royalistes que nous sommes…Mais pas forcément en bien, comme vous vous en doutez.*

Le 2 décembre 2019, 215e jour anniversaire du sacre de Napoléon Bonaparte.

 

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* C’est l’occasion de lire l’ouvrage captivant et richement documenté que vient de publier René Dosière, intitulé Frais de Palais (L’Observatoire, 240 pages, 19 euros). Rappelons que le député PS de l’Aisne s’était fait une spécialité de la gestion des finances publiques française et, en particulier, de celles de la présidence de la République.

2 Réponses to “Le nabab de l’Elysée.”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 3, 2019 à 12:59 #

    Faisons nous l’avocat du diable.

    Si les dépenses de personnel de l’Elysée ont été contenues – en juillet 2019, 795 postes étaient pourvus, soit 17 de moins qu’un an plus tôt, grâce, notamment, à « une organisation qui semble plus rationnelle qu’auparavant », note le rapporteur –, le poste des déplacements présidentiels, lui, grimpe en flèche. Entre 2018 et 2020, il passe de 14,3 millions à 15,66 millions d’euros (+ 9,5 %). d’accord : le Président Macron, élu démocratiquement par ses cons-citoyens, représente la France à l’étranger, on conçoi qu’il doivent voyager…

    Un autre poste connaît une forte progression, celui des FRAIS DE FONCTIONNEMENT, qui augmenteront de près de 1 million d’euros en 2020 (+ 6,7 %). Cette hausse n’est que due au renforcement des moyens de sécurité à la présidence de la République, mission désormais confiée à une nouvelle Direction de la Sécurité de la Présidence de la République (DSPR), qui compte un effectif de 77 équivalents temps-plein, soit 14 de plus qu’en 2017. Augmentation à laquelle le rapporteur souscrit, compte tenu d’« un contexte d’insécurité toujours très élevée ».

    La DSPR a ainsi été dotée de moyens supplémentaires : blindage des véhicules d’escorte, renouvellement du parc radio, équipements de géolocalisation, équipements individuels, nouveaux matériels de sécurité, etc… C’est une exellante chose : il FAUT donner à ces professionnels de haut vol les moyens d’accomplir les taches qu’on attend d’eux…

    Elle est due aussi à une inflation de nominations de « camarades » au sein du Cabinet Présidentiel, et si les dépenses de personnel de l’Elysée ont été contenues – en juillet 2019, 795 postes étaient pourvus, soit 17 de moins qu’un an plus tôt, grâce, notamment, à « une organisation qui semble plus rationnelle qu’auparavant », note le rapporteur, cet effort doit être soutenu. Il faudra « rationaliser également les « frais de bouche » et sourtout les « frais de communication ». Poue ce qui est du scandales des nominations présidentielles de préfets hors cadre : il faudrait une interdiction constitutionnelle.

    Les crédits de la mission « pouvoirs publics » regroupent les dotations à la présidence de la République, à l’Assemblée nationale et au Sénat, ainsi qu’aux chaînes parlementaires, au Conseil constitutionnel et à la Cour de justice de la République devront là aussi être gérés de manière plus « rationnelle »…

  2. Hervé J. VOLTO décembre 3, 2019 à 1:03 #

    Scandale sur les dépense de l’Etat, vidéo à regader avec attention
    https://lalettrepatriote.com/republique-les-derniers-privileges-la-face-cachee-des-depenses-de-letat/

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