François Bayrou : pas de bol !

9 Déc

Depuis le temps qu’il en rêvait. Hélas, son désir brûlant de devenir le second Premier ministre d’Emmanuel Macron après avoir vu lui échapper le ministère d’Etat et de la justice après seulement un mois place Vendôme restera sans aucun doute inassouvi. Malgré « l’amitié conservée » du président de la République et malgré le probable départ d’Edouard Philippe de son poste, disparu dans les affres de la réforme des retraites…

A l’issue d’une audition de près de dix heures au tribunal de Paris, vendredi 6 décembre, le président du MoDem, François Bayrou, a été mis en examen pour « complicité de détournement de fonds publics« , dans l’affaire des assistants parlementaires européens du parti centriste. Et, pire, après deux de ses plus proches collaboratrices, Sylvie Goulard (éphémère ministre des armées d’Emmanuel Macron en 2017) et Marielle de Sarneze (aussi éphémère secrétaire d’Etat aux affaires européennes du même gouvernement et proche, très proche, très très proche de François Bayrou !).

De quoi écorner sérieusement l’image du maire de Pau, qui s’est toujours posé en défenseur à la fois des institutions européennes et de la moralisation de la vie politique, et hypothéquer un peu plus les ambitions politiques de l’ex-candidat à la présidentielle qui, à 68 ans, rêvait encore d’atterrir à Matignon au cours du quinquennat. cette mise en examen ébranle, par ailleurs, sa position de principal allié d’Emmanuel Macron.

Certains, au sein de La République en marche (LRM), voient dans cet épisode une occasion de renforcer la domination du parti présidentiel sur un MoDem parfois encombrant. Le 5 novembre, lors de la révélation de la convocation de François Bayrou devant les juges, aucun macroniste n’a pris la parole pour le défendre. « Je laisse le MoDem parler du MoDem », bottait en touche un responsable de LRM. Pas question que les ennuis judiciaires du partenaire éclaboussent, par ricochet, M. Macron.

Un manque de soutien mal vécu par les centristes. « Les dirigeants de LRM veulent tuer le MoDem et ils se disent que c’est le bon moment, a déclaré Richard Ramos, le secrétaire général adjoint du MoDem, dans Le Parisien, le 3 décembre. Parce que ce sont des cons. Ils ont la culture du PS [Parti socialiste], ils sont hégémoniques. »Des mots forts, qui traduisent le climat de défiance qui s’est installé entre les deux formations, sur fond d’opposition dans le cadre d’investitures pour les élections municipales de 2020. Tant pis pour le MoDem qui n’a pas compris que, si l’on veut dîner avec le diable, il faut se munir d’une longue cuillère.

L’appel de M. Bayrou à réfléchir à un « plan B » à Paris, fin octobre, a par exemple été particulièrement mal vécu par les macronistes, alors que leur candidat officiel, Benjamin Griveaux, est déjà à la peine. « Bayrou doit comprendre qu’on n’a pas à tout partager à égalité avec lui », s’agace un fidèle du chef de l’Etat. Avant de trancher : « De toute façon, il ne pèsera plus rien en 2022. » Ce n’est pas faux !

M. Macron n’entend pas lâcher pour autant son allié, rompu aux arcanes de la politique, et qui le conseille sans relâche pour éviter les chausse-trappes. « La relation entre eux est étroite et forte, donc solide », assure l’Elysée. Les 16 et 17 décembre, M. Macron doit d’ailleurs se rendre à Pau pour inaugurer, d’abord, le tout nouveau bus à hydrogène de la ville, et réunir, ensuite, le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) qui a bien besoin d’une sérieuse reprise en main (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/07/mali-loperation-militaire-barkhane-ne-peut-plus-reussir/). Le patron de LRM, Stanislas Guerini, a pour sa part exprimé, vendredi, sa « confiance » et son « admiration »envers M. Bayrou. Rien que ça…

Dans la majorité, certains veulent croire que cet épisode pourrait accélérer la succession au sein du MoDem. Et permettre, pourquoi pas, la prise de pouvoir du ministre des relations avec le Parlement, Marc Fesneau, et du président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Patrick Mignola, à l’occasion du congrès du parti, fin 2020. Deux hommes bien vus par la plupart des macronistes, au contraire de François Bayrou et Marielle de Sarnez qui agacent souvent.

Dans Le Parisien, le 17 novembre, M. Mignola cosignait une tribune avec le chafouin Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, et le non moins cauteleux Hervé Marseille, président du groupe centriste au Sénat… sans avertir M. Bayrou que ses deux concurrents centristes cosignaient le texte avec lui. « Fesneau et Mignola sont dans une opération de règlement de comptes avec les Thénardier pour prendre le contrôle du MoDem», assure un poids lourd de la majorité.

Les Thénardier du Modem

C’est dire la haute estime qui règne entre tous ces gens-là.

Le 9 décembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “François Bayrou : pas de bol !”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 9, 2019 à 7:01 #

    -Sur le fond du dossier, nous n’avons pas à nous exprimer sur une décision de justice, a fait savoir le cabinet du Présdient Macron samedi 7 décembre 2019, après la mise en examen du président du MoDem dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen.

    Emmanuel Macron maintient son “amitié” au président du MoDem et “continuera à échanger avec lui”, précise-t-on dans l’entourage du Président de la République.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :