La libération totale du territoire syrien n’est plus qu’une question de jours.

27 Déc

C’est l’un des plus cuisants échecs des pays occidentaux : la prochaine victoire finale du régime syrien et de ses alliés (principalement russes) contre une coalition d’abord virulente puis de moins en moins revendicative au fur et à mesure des avancées des troupes du gouvernement de Damas. Le résultat sera, d’ici à seulement quelques jours, l’éradication de toute opposition militaire sur le territoire syrien.

Huit années d’une guerre terrible. Plus de 500 000 morts et beaucoup plus de blessés. Des millions de déplacés et des millions de réfugiés, du Proche-Orient…jusque chez nous.

TOUT ÇA POUR ÇA !

Le dernier épisode de cette affreuse guerre civile, déclenchée par les opposants au président Bachar Al-Assad et entretenue par les manigances d’un certain nombre de pays occidentaux (souvenez-vous des tentatives de François Hollande pour s’acoquiner à Barak Obama pour déclencher des frappes aériennes sur Damas mais hélas aussi de ses livraisons bien réelles d’armes de guerre aux islamistes anti-Assad qui se retrouvèrent ensuite entre les mains des terroristes qui frappaient la France en Afrique !)*, est la reprise progressive de la dernière enclave des rebelles dans la région d’Idlib (nord-ouest du pays).

En deux semaines, les bombardements sur cette région, dominée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), ont déplacé près de 130 000 personnes selon les Nations unies (ONU) et causé la mort d’une centaine de civils selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Mercredi 25 décembre, les troupes loyalistes, qui se sont emparées d’une quarantaine de villages, n’étaient plus qu’à 4 kilomètres de Maarat Al-Nouman et elles menaçaient aussi la ville voisine de Saraqeb, un peu plus au nord.

Cette offensive participe du vaste mouvement de reconquête entamé par le régime de Damas à la fin 2016, avec la reprise d’Alep-est. Le pouvoir syrien, qui a enchaîné les victoires sur la rébellion depuis cette date, contrôle désormais plus de 70 % du territoire. En octobre, de passage sur le front d’Idlib, une première depuis le début du soulèvement en 2011, le président Bachar Al-Assad avait réaffirmé sa détermination à reprendre cette région, où régnait alors une fragile trêve.

Cette accalmie avait été décrétée après une première offensive, entre avril et août, qui avait permis au régime de s’emparer de Khan Cheikhoun. La nouvelle opération, qui se situe dans son prolongement, a pour objectif de déloger les rebelles du segment de l’autoroute M5, axe stratégique entre le nord et le sud du pays, qui passe par les localités de Saraqeb et de Maarat Al-Nouman. Ce faisant, le gouvernement syrien espère désenclaver Alep, la grande ville du nord-syrien, en la reliant à nouveau directement à Damas, la capitale.

La réouverture de la M5 au trafic figurait dans l’accord de démilitarisation de la zone d’Idlib, conclu sur les bords de la mer Noire à Sotchi en septembre 2018 entre la Turquie, soutien des insurgés, et la Russie, protectrice de Damas.

Mais ce compromis, qui prévoyait aussi un arrêt des bombardements et un retrait du HTC d’une bande de 15 à 20 km de large longeant le front, a été violé par toutes les parties. Comme on pouvait s’en douter, Ankara a échoué à neutraliser le groupe djihadiste, tandis que Moscou n’a pas véritablement cherché à refréner l’appétit de reconquête du régime.

Avec l’approche des forces pro-Assad, le grand hôpital de Maarat Al-Nouman, qui compte 250 employés, a dû suspendre ses opérations le 23 décembre. Selon l’organisation SAMS (Syrian Américan Medical Society), qui le soutenait, cet établissement a été bombardé à au moins quatre reprises depuis février 2017. Cette tactique, un grand classique des opérations de contre-insurrection, vise à saper le moral des civils, à accroître la pression sur les épaules des combattants et à semer la panique chez l’adversaire. C’est de bonne guerre.

« Le régime veut récupérer l’autoroute, appliquer l’accord de Sotchi coûte que coûte, quel qu’en soit le prix, témoigne Amer Alsayed Ali, un photographe joint à Idlib. Les gens tentent de sauver leur peau comme ils le peuvent. Ils partent sans savoir où aller, sans avoir la moindre idée de la manière dont ils vont survivre. » Ils finiront sans doute dans les camps de la frontière turque avant de réussir à s’embarquer pour la Grèce et l’Europe continentale...

Les immenses camps de tentes construits à la frontière turque, qui ont dû accueillir 300 000 déplacés durant l’offensive du printemps et de l’été, sont saturés. Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région au début du mois, ont inondé plusieurs d’entre eux. La vie y est d’autant plus difficile que le manque de fioul dans le nord-ouest syrien a renchéri le coût du chauffage. Selon un rapport de l’ONU, certaines familles mettent en commun leurs maigres ressources pour chauffer une tente, où ils font dormir tous leurs enfants, tandis qu’un adulte veille, dans le froid, à ce que la toile ne prenne pas feu.

Les nouveaux déplacés, qui ne trouvent pas de place dans les camps, ni d’écoles ou d’habitations vides où s’abriter, dorment dans la rue. « J’ai croisé cinq familles installées sur le trottoir, près d’une mosquée d’Idlib qui était pleine à craquer, raconte Amer Alsayed Ali. Leur rêve le plus fou était de trouver une tente. »

La Turquie, qui redoute un nouvel afflux de réfugiés syriens sur son territoire, tente de négocier avec la Russie un troisième cessez-le-feu. L’urgence est d’autant plus grande qu’une autre menace plane sur les épaules des damnés d’Idlib. La semaine dernière, au Conseil de sécurité de l’ONU, Moscou et Pékin ont bloqué le renouvellement du programme humanitaire transfrontalier – il permet depuis 2014 de livrer de l’aide aux Syriens depuis l’Irak, la Jordanie et la Turquie. La communauté internationale a jusqu’au 10 janvier pour trouver un compromis. Passée cette date, des dizaines de milliers d’habitants d’Idlib, déjà privés de toit, pourraient se retrouver aussi privés de nourriture. Et la ville tombera, tel un fruit mûr. On connaît cela depuis l’aube de l’humanité.

Quoi qu’il en soit, le grand gagnant de cette terrible affaire sera et restera Vladimir Poutine qui sera parvenu, comme il l’avait promis, à mettre un terme à la guerre en Syrie alors que les Etats-Unis y ont tout raté…Mais, au CER, il y a deux ans que nous le savons **.

Le 27 décembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire « Nous avions raison de nous méfier de l’approvisionnement des rebelles syriens en armes de guerre » : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/15/nous-avions-raison-de-nous-mefier-de-lapprovisionnement-des-rebelles-syriens-en-armes-de-guerre/

** Lire « Syrie : La Russie a d’ores et déjà gagné » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/23/syrie-la-russie-a-dores-et-deja-gagne-meme-paris-ladmet-en-catimini/

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