Emploi : un changement douloureux de paradigme.

29 Déc

Mais hélas un changement dont nul ne peut, aujourd’hui, préjuger la pertinence.

En tout cas, il s’agit bien d’un frémissement significatif qui tranche assez nettement (même s’il est encore modeste) avec les annonces sempiternellement désastreuses du quinquennat précédent. Souvenez-vous d’ailleurs de cette illusion, si souvent répétée par François Hollande et ses ministres, de la fameuse « inversion de la courbe du chômage » !

Première moitié du quinquennat

Seconde moitié du quinquennat

Deux bons chiffres, émanant de l’Insee, témoignent en cette fin d’année 2019 de la bonne résistance de l’économie française : les créations d’emplois ont sensiblement augmenté, passant de 188 000 en 2018 à plus de 260 000 cette année. La cuvée 2019 est en outre marquée par un record historique de créations d’entreprises. Leur nombre a atteint 750 000 sur les onze premiers mois, loin du précédent record enregistré un an plus tôt (691 000).

Par ailleurs, le chômage, qui était devenu le boulet du précédent quinquennat, recule lentement de trimestre en trimestre, atténuant le sentiment d’un pays enkysté. Avec un taux de chômage de 8,5 %, la France reste, certes, au-dessus de la moyenne européenne, mais de grande malade elle semble passée au stade de convalescente.

Cette amélioration est d’abord due à la croissance, qui résiste mieux dans l’Hexagone que dans le reste de la zone euro. Elle résulte aussi des effets de la politique de l’offre. François Hollande s’y était rallié dans la douleur fin 2012. Emmanuel Macron l’a amplifiée depuis sans états d’âme. Il en récolte les fruits : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), transformé cette année en baisse de cotisations sociales, serait à l’origine de 30 000 créations d’emplois, selon Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Le volume n’est pas négligeable. Il apparaîtra cependant encore trop faible à ceux qui, contestant le rapport coût/efficacité de l’allègement du coût du travail, dénoncent inlassablement le « cadeau » fait aux entreprises. Une chose est sûre, en tout cas, l’argument cher à Emmanuel Macron d’une aide importante à la création d’emploi par la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), selon la prétendue théorie du ruissellement, a pour le moment fait chou blanc (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/10/02/la-theorie-du-ruissellement-fait-chou-blanc/).

Pourtant, et c’est là l’objet de notre interrogation comme de nos préoccupations, si le marché du travail reprend doucement quelques couleurs, il ne ressemble en rien à celui qui avait marqué les « trente glorieuses » et qui entretient, en France, une bien compréhensible nostalgie.

Le nombre de CDI (contrats à durée indéterminée) a beau légèrement progresser, les CDD (contrats à durée déterminée – c’est à dire précaires -) restent la règle. En même temps, la probabilité de conduire sa carrière dans la même entreprise chute considérablement alors que la prise de risque augmente. En témoigne l’engouement (illusoire ?) pour la création d’entreprise, qui se paie d’une proportion importante d’échecs : trois ans après leur naissance, un tiers seulement des microentreprises sont encore en activité. Après cinq ans, près de la moitié des entreprises créées ont fait faillite. Quant aux revenus tirés de l’autoentrepreneuriat, ils restent souvent dérisoires.

Et même le renforcement de la formation professionnelle semble en passe de manquer son but comme en témoignent les dernières statistiques en la matière : ce ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin qui en bénéficient le plus.

En vérité, là où le bât blesse, c’est que le modèle défendu par Emmanuel Macron ne fait pas rêver. Une partie des salariés en place craint de perdre les avantages obtenus avec le temps. Une autre redoute de ne pas être géographiquement ou socialement armée pour trouver la bonne place sur le marché du travail. Et, ce, d’autant que le dumping social que nous ne cessons de dénoncer au travers de l’arrivée et de l’emploi débridé d’une main-d’oeuvre allogène, sans formation mais sans véritables exigences, par des entrepreneurs sans scrupule, accentue le sentiment de précarité des travailleurs autochtones.

D’ailleurs, le marché du travail devient de plus en plus polarisé, avec d’un côté des emplois hautement qualifiés, de l’autre des postes de travail très peu qualifiés, reflétant clairement ce que nous venons d’énoncer.

En sous-estimant ces deux peurs, Emmanuel Macron a contribué à accroître le niveau de la défiance, alors même que le recul du chômage aurait dû le faire baisser. C’est donc un échec, ne serait-ce que psychologique, sans même savoir si ses espoirs donneront les fruits escomptés ou si ce nouveau paradigme ne finira pas au rayon des erreurs d’aiguillage… 

Dans ce cas, ce sera cher payé.

Le 29 décembre 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Emploi : un changement douloureux de paradigme.”

  1. Hervé J. VOLTO décembre 29, 2019 à 3:28 #

    Des Gilets Jaunes rejoignent le mouvement contre la réforme des retraites !

    C’est un soutien plus que bienvenue pour les syndicats, alors que le nombre de grévistes a encore chuté ce samedi 28 décembre. En venant grossir les rangs de la manifestation samedi 28 Decemmbre 2019, les gilets jaunes souhaitent montrer leur soutien aux syndicats contre une réforme qu’ils jugent eux aussi injuste.

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