Bourse : des performances hors norme.

2 Jan

Vous êtes au chômage ? Vous n’arrivez pas à boucler vos fins de mois ? Vous survivez avec une retraite de misère ? Dommage ! Mais consolez-vous, l’année boursière 2019 a atteint des sommets historiques et les dividendes des actionnaires n’ont jamais été aussi élevés…Même si ni la situation macroéconomique ni la situation des entreprises n’expliquent la forte poussée des indices boursiers. C’est de la spéculation à l’état pur !

La visibilité retrouvée en cette fin d’année 2019, tant sur la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine que sur le Brexit, a permis aux indices boursiers de terminer 2019 proches de leurs records. L’indice CAC 40, le baromètre de la place de Paris, a bondi de près de 28 % depuis le 1er janvier 2019.

L’action STMicroelectronics, notamment, a presque doublé (+ 95 %). Son ascension, particulièrement remarquable au cours du dernier trimestre, a accompagné les avancées dans les négociations commerciales entre Washington et Pékin. LVMH, le géant français du luxe, a, pour sa part, affiché une croissance de 62 %, en dépit des incertitudes planant sur le marché asiatique. Enfin, Airbus a progressé de 59 %, avec un carnet de commandes rempli pour les dix années à venir. Il profite entre autres de la croissance soutenue du trafic aérien.

Grâce à ces trois poids lourds de la cote, le CAC 40 évolue désormais au-dessus des 6 000 points, un niveau inégalé depuis douze ans. En Europe, le mouvement de hausse est également patent. Ainsi, l’Euro Stoxx 50 a crû de plus de 26 %, tout comme l’indice DAX de la Bourse de Francfort.

Aux Etats-Unis, cette évolution est encore plus spectaculaire : le Nasdaq s’est envolé de près de 36 %, pour tutoyer ses plus hauts sommets historiques. Le lendemain de Noël, l’indice riche en valeurs technologiques a dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 9 000 points. Le Dow Jones et le S&P 500 atteignent aussi des niveaux inédits. Le premier a augmenté de près de 23 % sur un an, et s’établit à 28 645,26 points, quand le second s’élève à 3 240,02 points.

L’année 2019 « restera probablement dans les mémoires comme une année paradoxale où, malgré les craintes de récession et les risques politiques, les marchés ont enregistré des performances hors norme », résument les analystes de chez Lyxor Asset Management. Une preuve évidente que les malheureux « Gilets jaunes« …se sont fait couillonner par Emmanuel Macron.

« Au début de l’année 2019, nous étions dans un environnement anxiogène, avec un ralentissement de la progression des bénéfices des sociétés et une baisse des flux commerciaux. Les banques centrales ont mis les marchés sous masque à oxygène et opéré un virage à 180 degrés, passant d’une normalisation de leur politique monétaire à un assouplissement », rappelle Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier.

« 2019 est une année exceptionnelle et, d’une certaine façon, le miroir inversé de 2018 », souligne Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué chargé des gestions d’OFI Asset Management. Toutes les classes d’actifs avaient terminé dans le rouge en 2018, mais « elles sont dans le vert cette année, même si les marchés émergents ont un peu plus souffert des tensions commerciales », relève M. Chaar. « En 2019, les investisseurs ont adapté leur comportement et leur stratégie, passant du “risk-on” [prise de risque] au “risk-off” [tendance au repli], au gré des événements politiques et économiques, voire des Tweet de Donald Trump »,observent Laurent Gonon, directeur des gestions, et Mabrouk Chetouane, directeur de la recherche et de la stratégie chez BFT IM.

En 2020, ce comportement précautionneux devrait perdurer : « Si tout scénario de récession économique est écarté, l’année ne s’annonce pas nécessairement sous les meilleurs auspices en dépit de l’accalmie commerciale qui se profile. La conjoncture reste marquée par une décélération graduelle de la croissance économique mondiale, qui devrait se stabiliser autour de 3 % », jugent M. Gonon et M. Chetouane. « En 2020, il faudra compter sur un rebond des bénéfices des entreprises pour soutenir la hausse des marchés actions », ajoutent-ils.

Même si la situation économique semble au beau fixe – aux Etats-Unis, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas depuis un demi-siècle –, les inquiétudes persistent. « La trêve dans la guerre commerciale sino-américaine est encore fragile. Nous sommes très en avance dans le cycle économique aux Etats-Unis ; le potentiel est plus faible. L’économie chinoise se transforme et ralentit. Il n’est pas certain que les autorités décident de la relancer brutalement comme ce fut le cas par le passé, car ils ne veulent pas creuser une dette déjà élevée. En Europe, la croissance est faible, les taux d’intérêt sont bas et on ne sent pas de volonté allemande de changer de braquet pour relancer l’économie », observe Samy Chaar.

Dans ces conditions, il convient de ne pas miser sur une hausse des profits des entreprises, lesquels ont stagné ces derniers mois. « Sans catastrophisme, notre vision est assez prudente. Nous jugeons les prévisions du consensus trop optimistes, à 10 % de croissance bénéficiaire pour l’ensemble des entreprises en 2020. Nous anticipons plutôt une stagnation des bénéfices voire un léger recul, de 0 % à  2 % »,affirme Gaëlle Malléjac, directrice des investissements gestions actives de Groupama.

Les investisseurs vont devoir « se montrer plus agiles et réactifs, car l’année 2020 s’annonce beaucoup plus compliquée que 2019. Le moindre choc pourrait provoquer une correction sévère des marchés, car les valorisations des entreprises en Bourse sont à des niveaux élevés », estime Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée chez CPR-AM. Si, en 2019, l’ensemble des actifs est monté à l’unisson, en 2020, des différences pourraient apparaître. « Depuis 2008, les actions américaines ont devancé leurs homologues dans le reste du monde, mais leur surperformance commence à s’essouffler. Les actions d’Europe continentale ont su garder le rythme de ces dernières en 2019, grâce notamment à une devise faible », écrivent les experts de l’Union bancaire privée.

Sur le front des marchés obligataires, « les émergents ont pris pas mal de retard, alors que leurs économies tiennent la route et que les banques centrales de ces pays ont une marge de baisse des taux », avance Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM. Toutefois, dans un contexte durable de taux bas, les actions resteront un actif de choix pour les investisseurs. « Elles peuvent progresser de 4 % à 10 % en 2020 », estime Samy Chaar. « Mais les marchés pourront connaître une très forte volatilité », ajoute-t-il. Il faut donc s’attendre à des phases où les marchés pourront perdre jusqu’à 15 %. En vérité, Madame Soleil ne pourrait que se réjouir de tant de nouvelles pythies alors que la prochaine crise financière est à nos portes (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/16/la-crise-financiere-tant-annoncee-pourrait-bien-arriver/).

D’ailleurs, le cours de l’or, qui a déjà progressé de près de 20 % en 2019, pourrait représenter une solution alternative. « L’incertitude engendrée par l’augmentation de la dette chinoise, par les prochaines élections américaines [le scrutin présidentiel de novembre 2020] et d’autres facteurs tels que le Brexit pourraient bien jouer en faveur des actifs refuges et en particulier l’or l’an prochain », pense Suzanne Hutchins, gérante chez Newton IM. Si les boursiers ont toutes les raisons de fêter 2019, les lendemains risquent de se révéler beaucoup plus difficiles.

C’est pourquoi nous ne cessons de mettre en garde nos compatriotes aux cervelles de moineaux.

Le 2 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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