Autriche : une alliance de circonstance peu convaincante.

4 Jan

Mercredi 1er janvier, deux heures avant minuit, Sebastian Kurz, le chef de file des conservateurs autrichiens a annoncé un accord historique avec les Verts pour former un nouveau gouvernement. Tant il est vrai que ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent !

A 33 ans, M. Kurz devrait ainsi redevenir chancelier dans les prochains jours, après avoir mené un virage politique à 180 degrés en rompant en mai 2019 avec son allié d’extrême droite du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) – la droite radicale la plus bête du monde -, puis en s’alliant désormais avec la formation qui était la plus critique de son ancien exécutif. Trente-trois ans après leur fondation, les écologistes autrichiens vont entrer au gouvernement pour la première fois de leur histoire.

« Les négociations n’ont pas été faciles, car les deux partis ont des orientations programmatiques très différentes, mais nous avons obtenu un résultat excellent qui est le meilleur des deux mondes, a affirmé Sebastian Kurz, lors d’une brève déclaration faite mercredi aux côtés du chef des Verts, Werner Kogler. Il est possible de faire baisser les impôts tout en écologisant le système fiscal, de protéger le climat et les frontières en même temps. » Ah ! Emmanuel Macron, quand tu les tiens…Le chancelier s’exprimait à l’issue d’une ultime séance de négociations, tenue trois mois après les élections législatives du 29 septembre 2019 qu’il avait largement remportées avec 37,5 % des voix, mais sans obtenir de majorité absolue.

M. Kogler a affirmé que les Verts « ont pris leurs responsabilités » en concluant un accord qui a permis d’obtenir « plus que ce qui était espéré » en matière de protection de l’environnement. « L’Autriche peut devenir un pionnier européen et mondial de la lutte contre le changement climatique », a-t-il défendu, en insistant aussi sur l’« équité sociale » et la « transparence ». Les deux responsables politiques ne sont toutefois pas entrés dans le détail de leur programme de gouvernement qui ne devait être rendu public que jeudi 2 janvier dans l’après-midi. Les Verts devront dans la foulée l’approuver en congrès extraordinaire samedi 4 janvier, avant que ce gouvernement « conservateur-écologiste » voie formellement le jour.

Cette alliance est une première au niveau national en Autriche et fait aussi figure de laboratoire pour l’ensemble de l’Europe, alors qu’une partie des Verts allemands sont tentés par un rapprochement avec la CDU d’Angela Merkel. Elle a tout du mariage de raison entre deux hommes que beaucoup de choses opposent. Avec ses allures de gendre idéal associées à des idées très conservatrices, Sebastian Kurz a connu une trajectoire politique éclair. Il est devenu le chancelier le plus jeune de l’histoire autrichienne en 2017 au prix d’une alliance avec la droite radicale dont il défend toujours les résultats, malgré les scandales entourant le FPÖ. De son côté, Werner Kogler, 58 ans, est un vieux baron des Verts, dont il fait partie depuis leur fondation, et dont il a pris la tête en 2017.

A en croire les sondages, cette coalition est très largement souhaitée par les Autrichiens, majoritairement conservateurs, mais aussi très sensibles au réchauffement climatique. Elu en 2016, le président, Alexander Van der Bellen, est déjà un écologiste modéré, tout comme M. Kogler.

M. Kurz a également rappelé qu’il n’avait pas eu beaucoup d’autres options après que son ex-allié du FPÖ a perdu dix points au scrutin du 29 septembre 2019 et préféré rejoindre l’opposition. 

En tant que partenaires de gouvernement très minoritaires, les écologistes ne devraient contrôler que quatre ministères, selon la presse autrichienne. Les conservateurs auraient notamment la totalité des ministres régaliens, à l’exception de la justice. Les Verts ont en revanche obtenu la création d’un nouveau grand ministère des infrastructures, qui supervisera la lutte contre le changement climatique. Werner Kogler sera lui nommé vice-chancelier, comme le veut la tradition politique dans le pays.

Sur le fond, Sebastian Kurz n’a pas lâché un iota sur les deux priorités qu’il avait fixées : la lutte contre l’immigration et la baisse des impôts. L’Autriche devrait ainsi continuer de refuser de participer au mécanisme de distribution des migrants récupérés en Méditerrannée mis en place notamment par la France et l’Allemagne. Les expulsions d’Afghans déboutés du droit d’asile devraient aussi continuer, malgré l’opposition historique des Verts. L’interdiction du voile à l’école pour les élèves de moins de 14 ans devrait aussi être adoptée. M. Kurz a par ailleurs rejeté l’instauration d’une véritable taxe carbone. Après tout, tout cela n’est pas si mauvais.

Les écologistes auraient, de leur côté, obtenu un arrêt des subventions aux énergies polluantes, ainsi qu’une réforme veillant à améliorer la transparence et l’intégrité de la vie politique autrichienne, régulièrement secouée par des scandales de népotisme ou de corruption. La Cour des comptes devrait par exemple pouvoir davantage contrôler les finances des partis politiques. Et un véritable droit à l’information devrait être instauré pour permettre aux citoyens et aux journalistes d’accéder aux données publiques jusqu’ici protégées par un degré de secret largement supérieur aux normes européennes.

Autant de gages que compte brandir M. Kogler pour convaincre sa base, notamment les sections plus à gauche de Vienne, de soutenir cet accord de gouvernement avec l’ennemi d’hier. Mais, en vérité, qui réussira-t-il à convaincre ?

Seul l’appât de l’accès au pouvoir pour les uns et de la conservation de celui-ci pour les autres explique ce mariage de la carpe et du lapin. Pas sûr que l’attelage tienne bien longtemps.

Le 4 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Autriche : une alliance de circonstance peu convaincante.”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 4, 2020 à 6:26 #

    Celà ressemble furieusement à un accord historique des conservateurs italiens avec les 5 Etoiles : on a vu comment celà est terminé…

    -Il est possible de faire baisser les impôts tout en écologisant le système fiscal, de protéger le climat et les frontières en même temps (Sebastien kurtz).

    Ne serait-il pas inspiré de la politique macronnienne qui incarne, elle aussi, un accord historique entre une droite molle qui fume des clopes et roule en diésel et une gauche caviar teinté d’écologie-business ?

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