La zone euro n’est décidément pas l’horizon indépassable du bonheur des peuples.

5 Jan

L’année 2019 a de nouveau prouvé le caractère particulièrement acrobatique des prévisions de croissance des Etats. Et tout particulièrement pour ceux de la zone euro. En janvier, la moyenne des prévisions des économistes, recueillies par Bloomberg, était d’une croissance de la zone euro de 1,6 % pour 2019 ; finalement, la réalité a été autour de 1,2 % (les performances exactes ne seront connues que dans les mois qui viennent).

La croissance de la zone euro en 2019 a donc été la pire depuis la récession de 2013. Après 2014 (1,4 %), elle avait connu quatre années de rattrapage (2,1 % en 2015, 1,9 % en 2016, 2,5 % en 2017, 1,9 % en 2018). La principale explication du ralentissement vient, nous dit-on, de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, plus violente que prévu et qui a notamment plongé l’industrie allemande en récession. Dans le même temps, les sérieuses difficultés du marché automobile – crise du diesel, transition vers l’électrique… – ont accentué le problème. L’Allemagne, qui était l’un des principaux moteurs de la zone euro, fait désormais du surplace, et toute la région le ressent.

Mais sachez qu’aucune amélioration n’est à attendre en 2020. Les économistes (qui sont les premiers à reconnaître les limites de leurs prévisions) tablent pour cette année sur une hausse du produit intérieur brut de… 1 % (selon Vanguard et Oxford Economics), 0,9 % (Nomura), voire seulement 0,5 % (Capital Economics)… « La croissance [sera] stable mais relativement faible », précise Oxford Economics. Après une année 2019 médiocre, 2020 s’annonce donc du même acabit. Avec deux particularité à la zone euro :

Et, pourtant, des liquidités phénoménales mises sur la marché financier par la Banque centrale européenne (BCE)…pour encourager la consommation et stimuler l’inflation ! Comprenne qui pourra.

Plus que ces prévisions chiffrées, qui seront forcément à réviser, les économistes attirent l’attention sur les grandes tendances du moment. Ils concluent sur une évidence : les deux principaux leviers sur lesquels les pouvoirs publics peuvent jouer – relance monétaire et relance budgétaire – ne vont guère changer en 2020. La croissance de la zone euro dépendra donc, avant tout, des chocs extérieurs. Question : à quoi sert une institution qui ne protège pas ses citoyens et les laisse à l’entière merci des acteurs extérieurs ?

La BCE devrait en effet poursuivre sa politique monétaire ultra-accommodante, mais ne peut guère aller plus loin que là où elle est allé… Mario Draghi, qui a quitté son poste de président de la BCE fin octobre, a relancé juste avant son départ le programme d’achat d’actifs (« quantitative easing ») et a baissé le taux de dépôts à – 0,5 %. Cela permet à sa successeure, Christine Lagarde, de patienter avant d’imposer sa marque. Personne ne s’attend donc à des annonces importantes dans les mois qui viennent. Mme Lagarde va lancer sa « revue stratégique » qui pourrait modifier à terme la façon dont la BCE définit son mandat, mais les résultats ne sont pas attendus avant la fin de l’année.

Sur le front budgétaire, le statu quo prévaut également. Les pays qui politiquement seraient prêts à relancer leur économie n’ont pas de marge de manœuvre (France, Italie, Espagne, etc.). Ceux qui en ont (Allemagne, Pays-Bas, etc.) n’ont pas la volonté politique de le faire à grande échelle. Pas de bol !

« Nous pensons que l’Allemagne va un peu desserrer son budget en 2020 mais la probabilité d’un fort stimulus est réduite », expliquent les économistes de Nomura. Ceux de Vanguard estiment que l’Allemagne pourrait théoriquement se permettre de dépenser 2 % de PIB sans augmenter son ratio d’endettement public, mais ils ne croient pas en ce scénario. Une relance équivalente à 0,5 % du PIB est en revanche envisageable, selon eux. Mais pour quoi faire ? La chancelière Angela Merkel, qui est en fin de règne, ne donne aucune indication qu’elle va radicalement changer d’attitude tant, avec elle et mis à part l’immigration, la règle est « surtout pas de vague« .

Faute de vouloir ou de pouvoir agir sur la politique monétaire et budgétaire, le sort de la zone euro va donc dépendre des vents économiques qui souffleront hors du Vieux Continent…

L’évolution de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis est la principale inconnue. La récente détente – Donald Trump a annulé courant décembre 2019 l’imposition de nouveaux droits de douane – laisse espérer une année 2020 plus calme. La perspective de l’élection présidentielle américaine pourrait aussi le pousser à être plus prudent. Mais qui sait quel Tweet rageur le président américain pourrait bien publier un matin de colère ?

« Deux fois en 2019, en mai et en novembre, l’industrie automobile européenne a retenu sa respiration quand Donald Trump a exigé des droits de douane de 25 % sur les voitures européennes, rappellent les économistes d’Oxford Economics. Même si la Maison Blanche a laissé passer ces ultimatums, l’industrie automobile européenne n’est pas forcément sortie d’affaires. »

Et surtout les craintes européennes autour du Brexit s’intensifient. Car le triomphe de Boris Johnson aux élections législatives de mi-décembre 2019 signifie que le Royaume-Uni va sortir, de façon certaine, de l’Union européenne (UE) le 31 janvier. Et même s’il reste à négocier le futur accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles, tous les scénarios restent sur la table, d’un Royaume-Uni qui resterait économiquement proche de l’UE jusqu’à une rupture radicale.

L’Italie présente aussi un gros point d’interrogation. Va-t-on vers de nouvelles élections et un gouvernement dirigé par Matteo Salvini, le leader de la droite radicale et porte-voix des eurosceptiques ? Sachant que la croissance italienne n’atteint que 0,1 % par trimestre depuis début 2018, le moindre choc sur la troisième économie de la zone euro est dangereux. L’incertitude pèse aussi sur la France, devenue un des moteurs de la croissance l’an dernier, alors que les grèves contre la réforme des retraites se poursuivent et ne semblent pas près de s’achever.

Ajoutez à ces multiples préoccupations l’importance des dettes publiques de plusieurs des principaux pays de la zone euro et vous obtiendrez un cocktail passablement explosif :

En résumé, que fait encore la France dans cette galère ? Il serait temps de suivre l’exemple du Royaume-Uni et de claquer la porte de cette association de malfaiteurs.

Le 5 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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