En Grèce, la répartition des migrants se passe nécessairement de plus en plus mal.

7 Jan

Fin octobre, ce n’est pas pour ses eaux translucides que la station balnéaire de Nea Vrasna, dans le nord de la Grèce, a fait la Une des médias grecs, mais pour un blocus organisé par certains de ses résidents contre l’arrivée de 380 demandeurs d’asile évacués du camp surpeuplé de l’île de Samos.

Malgré une importante présence policière, les manifestants avaient été jusqu’à caillasser un des huit bus transportant les migrants, qui avaient fini par prendre le chemin de l’île d’Eubée. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en charge du placement des demandeurs d’asile dans les structures hôtelières, avait alors exprimé son « inquiétude » face à ces « violents incidents ». Mais il va falloir s’y faire car ils vont nécessairement se multiplier et gagner en intensité.

Car, avec plus de 37 000 demandeurs d’asile pour une capacité d’environ 6 300 personnes, les îles du nord de la mer Egée situées face à la Turquie sont de nouveau débordées par les arrivées de migrants depuis l’été (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/11/24/face-a-linvasion-des-hordes-migrantes/). « Les camps du nord du pays, accueillant aussi bien les personnes ayant traversé la frontière terrestre de l’Evros que les demandeurs d’asile transférés depuis les îles, sont déjà tous pleins. Les appartements loués dans le cadre du programme Estia [partenariat entre le Haut Commissariat des Nations unies (HCR) pour les réfugiés et les ONG locales permettant d’attribuer des logements en ville à des demandeurs d’asile] sont aussi quasiment tous occupés », note Mathilde De Riedmatten, directrice du bureau du HCR à Thessalonique. Pour faire face à la crise, le gouvernement grec cherche donc, en partenariat avec l’OIM, à ce que les demandeurs d’asile soient relocalisés dans des hôtels à travers le pays. Au fond, c’est comme chez nous :

Mais le programme d’accueil des migrants divise la profession hôtelière. Dans le hall de son hôtel, cloîtrée à double tour, Angela Vassilikoudis accuse ses concurrents qui accueillent des réfugiés « de ne pas être des philanthropes et d’être attirés uniquement par l’appât du gain immédiat ». Mais « à long terme, le fait d’héberger des réfugiés dans la station balnéaire a un impact négatif sur le tourisme », estime-t-elle pour expliquer sa participation au blocus organisé contre les demandeurs d’asile en octobre 2019. « Fin juin, la station était encore pleine de réfugiés, nos clients se plaignaient ! Nous n’avons pas rempli notre hôtel et nous avons même dû baisser nos prix… », soupire-t-elle.

Son collègue, Ioannis Galanopoulos, 47 ans, se présente comme « un Grec patriote ». Son discours est clair : il brandit la volonté des dirigeants politiques européens d’instaurer le « Grand Remplacement » des populations autochtones, dénonce le « manque de soutien de l’Union européenne à la Grèce », la « criminalité apportée par les migrants » et les « aides distribuées par l’Etat aux réfugiés au détriment des citoyens grecs en difficulté ».

Selon Evangelos Papadakis, un porte-parole du HCR à Salonique, les événements survenus à Nea Vrasna en octobre ne sont malheureusement pas surprenants, à l’heure où le gouvernement conservateur, dirigé par Kyriakos Mitsotakis, successeur d’Alexis Tsipras, durcit le ton sur les questions migratoires : « Les représentants du gouvernement utilisent un autre langage en parlant de “migrants”, voire de “clandestins”, et plus de “réfugiés” ou de “demandeurs d’asile” ». Enfin des responsables politiques qui appellent un chat, UN CHAT !

Diamantis Liamas, maire de Volvi, indique aussi avoir adressé à plusieurs reprises « des avertissements au gouvernement sur les tensions grandissantes ». « Nous n’avons pas été entendus par le gouvernement précédent. Et en octobre, lors du transfert de près de 400 personnes en provenance des îles, nous n’avions même pas été informés », précise le maire.

Selon la municipalité de Volvi, de laquelle dépend Nea Vrasna, près de 2 000 migrants sont à ce jour hébergés sur son territoire pour une population de 23 000 habitants : 750 dans le camp de Vagiohori, 1 000 à Loutra Apollonias, et 250 à Nea Vrasna, dans des hôtels.

« Le gouvernement a promis que les réfugiés ne devraient pas dépasser 1 % de la population locale. Dans notre municipalité, nous voyons bien que ce pourcentage est disproportionné », se lamente Angela, qui affirme vouloir continuer à se mobiliser si les réfugiés ne sont pas relocalisés ailleurs d’ici quelques mois. Pour nous « AILLEURS« , c’est tout simplement chez eux, de l’autre côté de la Méditerranée.

Dans le seul bar ouvert en hiver, le propriétaire, Yannis Abatzoglou, déplore le manque d’organisation : « Si la population augmente, il est normal que les services suivent… Mais le nombre de policiers est resté le même, le ramassage de poubelles n’a pas suivi, et les ambulances sont trop peu nombreuses, alors que cette population est souvent malade. »

A quelques kilomètres de Nea Vrasna, le camp de Vagiohori, qui avait fermé en 2017, a de nouveau ouvert en octobre, pour accueillir essentiellement les demandeurs d’asile transférés des îles. Posé sur une colline, le camp jouxte un village où seule une supérette aux prix gonflés est ouverte. Chouaib, un Afghan qui a été transféré depuis l’île de Samos il y a deux mois, ose s’inquiéter pour son avenir : « Mes enfants ne vont pas à l’école. Nous n’avons pas accès à l’hôpital facilement, et bien sûr, impossible de songer à trouver du travail dans ce coin isolé… Vais-je devoir rester ici jusqu’à obtenir mon asile ? ». Son prochain entretien avec les services d’asile grecs est dans deux ans.

Estime-toi heureux, Chouaib. Car, pour nous c’est encore plus simple : 

Retour à la maison !

Le 7 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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