Quand Pierre Rosanvallon se prend d’affection pour les populismes…

12 Jan

…C’est pour mieux tenter de tirer son épingle du jeu. Ou comment se refaire une santé politique après tant d’échecs !

Souvenez-vous, nous l’avions déjà habillé pour l’hiver en octobre 2018, après la parution de son précédent ouvrage intitulé  Notre histoire intellectuelle et politique 1968-2018 (le Seuil). Des mémoires dans lesquels il se penchait alors sur cinq décennies de politique en France, en y exprimant critique et analyse d’une gauche à la déroute de laquelle il a largement participé : de l’âge de ses 20 ans en mai 68 jusqu’à nos jours, l’historien et sociologue, tentait de dresser le bilan de cinquante années d’engagements et de pensées, de promesses non tenues et de régressions. Mais, comme toujours dans ses publications, en s’exonérant de toute responsabilité (pourtant conséquentes) dans le long cortège des échecs de la gauche de gouvernement (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/20/les-fausses-verites-de-pierre-rosanvallon-a-moins-que-ce-soit-la-grande-illusion/).

Mais voilà que Pierre Rosanvallon remet le couvert, sans doute émoustillé par les prêches de la philosophe Chantal Mouffe, la pasionaria des gauches extrêmes et la démolisseuse de la pensée d’Emmanuel Macron (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/01/a-lire-2/).

Dans un nouveau livre consacré au(x) populisme(s) et à ses effets submersifs sur la démocratie représentative du siècle passé, il tente à la fois d’en dessiner les contours mais aussi de proposer des pistes pouvant permettre, selon lui….d’éviter le pire. Entendez sa victoire.

 

Pour l’auteur, le phénomène du populisme n’a pas encore été véritablement pensé. Et, en ce sens, il n’a pas tort. C’est en effet surtout à caractériser sociologiquement les électeurs populistes que se sont attachés la plupart des livres sur le sujet ; ou à discuter ce dont il est le symptôme (le désenchantement démocratique, les inégalités galopantes, la constitution d’un monde des invisibles, etc.) ; ou encore à sonner le tocsin sur la menace qu’il représenterait.

Il propose, à la place de cette approche négative, de le comprendre en lui-même, comme une idéologie cohérente qui offre une vision particulièrement puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l’économie. S’il exprime une colère et un ressentiment, sa force tient au fait qu’il se présente comme la solution aux désordres du présent. Il est pour cela l’idéologie ascendante du XXIème siècle, à l’heure où les mots hérités de la gauche semblent dorénavant résonner dans le vide. Courageux aveux de la part d’un compagnon de route indéfectible du socialisme.

Pour ce faire, il en présente une théorie documentée, en retrace l’histoire dans celle de la modernité et en développe une analyse approfondie et argumentée. Il essaie ainsi d’en finir avec les stigmatisations aussi stupides qu’impuissantes. Mais il s’aventure aussi, en bon ex-marxiste, à dessiner les grandes lignes de ce que pourrait être une alternative mobilisatrice à ce populisme. Et c’est évidemment là qu’il se prend les pieds dans le tapis !

Il reprend en effet certaines des analyses développées dans ses livres précédents, tel La Démocratie inachevée (Gallimard, 2000), mais avec un sentiment d’urgence inédit face au risque prétendu de la tentation populiste : celui d’une dérive autoritaire. Se fondant sur l’idée de démocratie illibérale défendue et mise en oeuvre en Hongrie ou en Pologne.

Il s’appuie pour cela sur l’affirmation selon laquelle la démocratie représentative, telle que nous la connaissons depuis plus d’un siècle, « est par nature expérimentale ». Ce qui lui confèrerait, selon lui, l’avantage d’être à ce titre le meilleur instrument pour permettre aux sociétés d’apprendre à vivre dans le changement perpétuel. Mais à condition de progresser encore, de se « démultiplier » en accroissant sa capacité de représentation de la réalité des vies et en donnant aux individus davantage de prise sur ses procédures, qu’il s’agit dès lors d’enrichir, à côté de l’exercice électoral, de « dispositifs permanents de consultation, d’information, de reddition des comptes ». En d’autres termes, à côté du rituel « Panem et Circences » des anciens Romains, devenu le mode actuel de gouvernement, il serait bon pour avoir la paix de donner quelques consolations aux revendications d’un vain peuple !

Sauf que ces belles idées…n’existent pas. En tout cas, pas chez nous où elles ont été remplacées par la dislocation de la société de classe, et la disparition progressives des liens religieux ou idéologiques. Et c’est alors que nait le désir de reprise du pouvoir sur une élite corrompue (La Trahison des clercs, de Julien Benda) par un peuple vertueux (ou supposé tel…). En un mot : le populisme.

Ressurgit alors la diatribe traditionnelle à gauche (en tout cas au sein de ce que nous appelions l’UMPS) et que nous entendions ad nauseam à propos du Front national : «  il pose les bonnes questions, mais apporte de mauvaises réponses  » (Laurent Fabius, 1984). Tout en ajoutant bien sûr que  » Des questions mal formulées, comme celles que porte le populisme, n’en attendent pas moins leurs réponses. » Il est temps, conclut Pierre Rosanvallon, de « passer d’une invocation mystique du peuple à une reconnaissance de celui-ci dans ses tensions internes et sa diversité ». Mais que ne l’a-t-il pas réclamé plus tôt, alors que TOUS LES POUVOIRS sont, depuis des lustres, entre les mains de ses amis hostiles aux populistes ?

C’est très simple. C’est parce que lui et ses amis détiennent les seules réponses possibles, comme Alain Badiou l’affirme du communisme : si échec du communisme il y a eu, c’est précisément par défaut de communisme! Il ne faut donc pas jeter le mot communisme aux orties. Il faut le réintroduire. Il faut répéter qu’autre chose est possible et doit être possible. Et, pour Rosanvallon, il en est de même de la démocratie représentative, ainsi qu’il le prétendait dans La Démocratie inachevée (Gallimard, 2000):

En d’autres termes, et pour conclure, si ces braves gens ont perdu la guerre des idées face au raz-de-marée des patriotes et autres « populistes » (comme il les appelle) partout dans le monde, ce n’est évidemment pas parce qu’ils se sont fourvoyés.

C’est parce qu’ils n’ont pas assez expliqué ou que ces brillants intellectuels n’ont pas été assez convaincants

Ils sont décidément indécrottables.

Le 12 janvier 2020.

Pour le CEER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Quand Pierre Rosanvallon se prend d’affection pour les populismes…”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 12, 2020 à 5:08 #

    Les Gilets Jaunes reprennent du poil de la bête. Avec des amis à nous, au-delà de la droite et de la gauche
    https://lalettrepatriote.com/operation-peages-gratuits-gilets-jaunes-2020/

  2. Hervé J. VOLTO janvier 12, 2020 à 5:10 #

    Le désenchantement démocratique, les inégalités galopantes, la constitution d’un monde des invisibles : aujourd’hui ce n’est plus la faute à marie Antoinette…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :