Espagne : à gauche toute !

14 Jan

C’est fait. Pedro Sanchez a constitué son gouvernement et, par là même, vient de livrer l’Espagne, pieds et poings liés, aux fossoyeurs du pays et à la gauche la plus extrême (Lire « Le Gugusse de Madrid » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/01/09/le-gugusse-de-madrid/).

C’est ainsi que, cinq ans après sa naissance, le parti de la gauche radicale Podemos, né en 2014 et dont les feux furent poussés par la philosophe belge Chantal Mouffe*, a atteint une partie de l’objectif qu’il s’était fixé : en finir avec le bipartisme entre Parti populaire (PP, droite) et Parti socialiste (PSOE) et « assaillir les cieux ». Lundi 13 janvier, son chef de file, Pablo Iglesias, a pris ses nouvelles fonctions de vice-président du gouvernement, chargé des droits sociaux et de l’Agenda 2030, au sein du cabinet formé par le socialiste Pedro Sanchez.

« C’est un gouvernement pluriel mais avec un objectif ferme d’unité, un gouvernement qui va se nourrir d’idées diverses, mais qui va avancer dans une seule direction, qui parlera de plusieurs voix mais toujours avec un même discours », a déclaré avec humour le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, lors d’une brève allocution institutionnelle visant à dévoiler la composition du nouvel exécutif, dimanche 12 janvier. Autant dire qu’il a choisi de tenter la quadrature du cercle en prétendant que la législature sera basée sur « le dialogue, à la fois social, territorial et générationnel ».

Mais Pedro Sanchez a choisi de réaliser son utopie…en famille puisqu’il a nommé la pasionaria Irene Montero, numéro deux de Podemos et maîtresse de Pablo Iglesias, ministre de l’égalité des sexes. Tout en réalisant la « conjonction des luttes » puisque Yolanda Diaz, membre du parti communiste de Galice, mouvement intégré dans la coalition Unidas Podemos, obtient le ministère du travail et de l’économie sociale, qui aura pour objectif de défaire la loi sur le travail approuvée en 2012 par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Le leader de la Gauche unie (IU, néocommunistes), Alberto Garzon, est placé à la tête d’un nouveau ministère de la consommation, dont la tâche principale sera de légiférer sur les salles de jeux et de paris qui ont proliféré dans les centres-villes. Enfin, le sociologue Manuel Castells, proche de la maire gauchiste de Barcelone, Ada Colau, devient ministre des universités, domaine jusque-là intégré dans le ministère des sciences et de la recherche.

Alors, au diable l’avarice dans un pays à l’économie encore très fragile : le cabinet, paritaire, est passé de 17 à 22 ministères pour tenter, paraît-il, de diluer les ambitions idéologiques de Podemos. M. Iglesias a ainsi obtenu la vice-présidence du gouvernement, mais il n’est pas le seul. M. Sanchez en a créé quatre pour l’occasion ! Non seulement, il a maintenu dans ses fonctions la vice-présidente chargée des relations avec le parlement et de la mémoire démocratique (entendez « la lutte contre les vestiges du régime du général Franco« ), Carmen Calvo, mais il a élevé au rang de vice-présidente la ministre de l’économie, Nadia Calviño, ancienne directrice générale des budgets à la Commission européenne au profil social-libéral, sorte de fausse caution à l’égard de Bruxelles qu’il n’y aura pas de grand dérapage budgétaire. Enfin, le ministère de la transition énergétique et du défi démographique de Teresa Ribera aura lui aussi rang de vice-présidence, histoire de s’inscrire dans l’air du temps.

Mais une nouvelle usine à gaz, censée réduire les risques d’explosion entre les diverses composantes de ce gouvernement, a été inventée par le cerveau fertile de Pedro Sanchez : un « protocole de fonctionnement, coordination, développement et suivi de l’accord de gouvernement progressiste de coalition » a été défini afin de garantir « loyauté, coordination, coresponsabilité et stabilité » à l’exécutif, et d’éviter les prises de position contradictoires et les critiques entre ministres

Le gouvernement de Pedro Sanchez sait aussi que sa tâche sera ardue, non seulement du fait de sa fragilité (un euphémisme quand on connait la composition de l’Assemblée nationale), mais aussi de la dure opposition que lui prépare la droite. Podemos et PSOE, qui cumulent 155 députés sur 350, sont à 21 sièges de la majorité absolue, ce qui les obligera à négocier avec une nuée de petits partis locaux et à obtenir le soutien des indépendantistes catalans s’ils veulent gouverner. Bravo l’efficacité à venir.

Ajoutez à ce cocktail que le parti de droite radicale Vox, a, de son côté, promis aussi d’agiter la rue. Et d’ailleurs, dès dimanche 12 janvier, des manifestations étaient organisées devant les mairies des plus grandes villes d’Espagne pour dénoncer la « menace » que représente le gouvernement de « communistes et séparatistes » de Pedro Sanchez.

Grâce au Ciel, le roi est encore là et restera l’arbitre de ce jeu de massacre. Les Espagnols n’en remercieront jamais assez le général Franco.

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/video-pedro-sanchez-prete-serment-pour-gouverner-l-espagne_2782413.html

Le 14 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « La pasionaria des gauches extrêmes » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/29/bulletin-climatique-quotidien-29-decembre-2016-de-la-republique-francaise/

Une Réponse to “Espagne : à gauche toute !”

  1. conseilesperanceduroi janvier 14, 2020 à 4:51 #

    Lire l’excellente tribune de Barbara Loyer dans le Monde du 15 janvier, consacrée aux dangers de l’accord entre Pedro Sanchez et les indépendantistes catalans : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/14/la-gauche-espagnole-promeut-la-division-entre-les-citoyens_6025776_3232.html

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