La colère des médecins hospitaliers prend de l’ampleur

15 Jan

Face à l’incurie des pouvoirs publics et à la surdité d’Agnès Buzyn, leur ministre de tutelle, près de 1 200 médecins hospitaliers, dont 600 chefs de service et 470 responsables d’unités, ont officiellement annoncé, mardi 14 janvier, lors d’une conférence de presse, leur démission de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, en l’absence de négociation avec le gouvernement sur les moyens de l’hôpital public. Un acte inédit qui en dit long sur la colère et même, pour certains, le désespoir de nos élites médicales.

Dans certains établissements, le mouvement est massif : à Marseille, par exemple, une cinquantaine de chefs de service participent à l’opération. Ils sont dix-neuf à Limoges, quinze à Nantes…

Dans une lettre adressée à la ministre de la santé, Agnès Buzyn, et publiée par Libération, les médecins démissionnaires font part de leur « profonde déception face à l’insuffisance du plan d’urgence » annoncé le 20 novembre 2019. Selon leurs calculs, il manque 600 millions d’euros malgré les 200 millions débloqués pour 2020 par le gouvernement en faveur de l’hôpital publique.« C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps », jugent-ils.

« Nous sommes conscients qu’on ne corrige pas les insuffisances ou les erreurs du passé en deux ans, mais il y a urgence. La dégradation des conditions de travail des professionnels est telle qu’elle remet en cause la qualité des soins et menace la sécurité des patients. »

Car, ne l’oublions pas, revendiquer le pouvoir c’est endosser la situation telle qu’elle est aujourd’hui (surtout lorsque la plupart des candidats ont partagé les responsabilités de leurs prédécesseurs…) et mettre en oeuvre de réelles mesures rectificatives.

Cette action collective intervient après une longue mobilisation des personnels médicaux et paramédicaux des services d’urgences et deux manifestations nationales des personnels hospitaliers. « C’est un geste politique qui dit, que nous, médecins, on ne peut pas continuer comme ça », explique André Grimaldi, du Collectif interhôpitaux, à l’initiative de l’action. « C’est l’ultime bataille, l’une des dernières cartouches de l’hôpital public », souligne le médecin, en rappelant la demande du collectif d’une revalorisation « significative » des salaires, d’une révision« profonde » du mode de financement, et de l’embauche de personnels supplémentaires.(en lieu et place de mercenaires onéreux, venus d’ailleurs et dont la compétence est sujette à caution – https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/20/quand-des-mercenaires-dictent-leur-loi-aux-hopitaux-francais/ -).

Au-delà du symbole, dans la mesure où les soins aux patients seront toujours assurés, quel sera l’impact de cette action sur le fonctionnement de l’hôpital ?

« Ces démissions peuvent en partie gripper la machine, estime un praticien hospitalier. Si un chef de service démissionne, il n’assume plus la responsabilité médicale de son unité ; juridiquement, elle se retrouve dissoute dans l’ensemble des praticiens du service. Il ne gère plus non plus les plaintes, les plannings et tableaux de service des praticiens, et l’administration n’a plus d’interlocuteur pour le service en question. Il ne le représente plus dans les instances de l’hôpital. Plus aucun projet ne peut être porté efficacement. »

A l’hôpital Montfavet, à Avignon, la psychiatre Magali Trouvé, responsable d’une unité d’hospitalisation, reconnaît ne pas savoir si sa démission « aura des conséquences ». Si elle a choisi de participer au mouvement, c’est pour dénoncer les « économies de bout de chandelle », les lits de camps installés « à demeure dans les services », les arrêts de travail des infirmiers et des aides-soignants non remplacés, les délais pour obtenir une consultation qui s’allongent dans les centres médico-psychologiques… « On va arrêter de se taire, prévient-elle. Si on doit s’effondrer, on ne le fera pas en silence. »

« Ça faisait longtemps qu’on espérait un sursaut de la communauté hospitalière », ajoute Ségolène Billot, neurologue au centre hospitalier de Montauban, qui décrit une situation « catastrophique » : « Les médecins partent, les infirmières ne postulent pas dans certains services… »

Au Centre hospitalier sud francilien, à Corbeil-Essonnes, quatre chefs de pôle sur neuf et dix-sept chefs de service sur quarante ont choisi de présenter leur démission. « Ça fait trente-cinq ans que je suis à l’hôpital et je n’ai jamais vu un mouvement de ce type », souligne Alain Devidas, le chef du service hématologie.

Huit services de l’hôpital ont également choisi de pratiquer depuis la mi-décembre 2019 la « grève du codage« , c’est-à-dire la non-transmission des informations permettant à la direction de « facturer » à la Sécurité sociale les actes effectués. Cette grève du codage, qui divise les médecins eux-mêmes, commence à susciter des crispations et des tensions avec les directions des hôpitaux où elle a été mise en œuvre.

Enfin, une nouvelle journée de grève avec un appel à manifester pourrait être décidée par les représentants du Collectif interhôpitaux à la fin du mois de janvier.

Mais il est vrai que trop, c’est trop et que, depuis que nous dénoncions ici-même cette situation catastrophique, il fallait bien que ça

EXPLOSE !

Le 15 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “La colère des médecins hospitaliers prend de l’ampleur”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 16, 2020 à 11:28 #

    Comment la CGT ruine la France !

    Un syndicat détrôné, en perte de vitesse, fermé au dialogue, mais capable de bloquer un pays : c’est une histoire qui coûte cher aux Français, dont les revendications sont pourtant plus que Légitimes.

  2. Hervé J. VOLTO janvier 16, 2020 à 11:34 #

    L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui avait repoussé l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, fustige le projet de loi instaurant un régime universel de retraite. Aujourd’hui à la tête de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’élu Les Républicains de l’Oise propose de repousser l’âge légal de départ à 65 ans, mais prend quelque peu ses distances avec les propositions de réforme présentées par son parti début janvier.

    Emmanuel Macron, lui, a mis la charrue avant les bœufs. Depuis le début, la méthode suivie par son gouvernement est surnaturelle. Ce dernier a ignoré l’avis de toutes les autres formations politiques qui auraient dû être consultées. Il s’est interdit de parler d’un relèvement de l’âge de départ pendant quasiment un an et demi avant de l’évoquer soudainement… Puis il a renoncé à intégrer des mesures de financement tout de suite. L’universalité de son système est tellement large qu’elle en devient ingérable. Au-delà de l’abandon de l’âge pivot, je constate aussi que les phases de transition inévitables deviennent surtout interminables, jusqu’à un demi-siècle !

    Bref, « la créature » a échappé à ses créateurs, pour reprender un bon mot d’Eric Worth :

    -Contrairement à d’autres, je ne crois absolument pas au cynisme du gouvernement qui aurait agité le hochet de l’âge pivot pour le retirer ensuite, afin de faire passer tout le reste de la réforme. Ni à la version selon laquelle il aurait piégé les partenaires sociaux en faisant semblant de le retirer pour le remettre ensuite. C’est au contraire un gouvernement qui s’est pris les pieds dans le tapis et n’a pas réfléchi aux difficultés d’une telle réforme. Il est parti la fleur au fusil, il essaie désespérément de sauver les meubles.

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