Sahel : reculer pour mieux sauter ?

16 Jan

Emile de Girardin nous l’avait appris, « gouverner, c’est prévoir« . Or Emmanuel Macron ne prévoit pas ce qu’il ne manquera pas d’arriver au Sahel puisque rien ne changera dans la gouvernance des pays de la région. Donc, Emmanuel Macron ne gouverne pas. Il se contente d’endosser la politique mise en oeuvre par d’autres et de la subir sans tenir compte de l’histoire et de son évolution. Et, comme nous ne cessions de le répéter pendant la dernière campagne électorale présidentielle :

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Et, pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir mis en garde :

Hélas, Emmanuel Macron est persuadé qu’il sait tout et, pire, qu’il peut tout. Mais il se trompe.

Ainsi, lorsqu’il a invité (d’autres diront « convoqué« ) les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad) à Pau, lundi 13 janvier, pour redéfinir les missions et les modes de fonctionnement de cette force militaire chargée de lutter contre les groupes armés et les djihadistes qui déstabilisent la région, il espérait relancer une dynamique positive : « Il faut inverser le rapport de force, il ne nous est pas favorable », explique l’Elysée. Après une série de durs revers pour les armées africaines locales, et la perte de treize soldats français en novembre 2019, Paris attendait « la confirmation publique, explicite, de la part des chefs d’Etat du G5, qu’ils demandent la poursuite de l’engagement militaire français ». 

Il a obtenu cette confirmation explicite. Et pour cause, ces minus ont-ils un autre choix ? Mais a-t-il obtenu leur engagement contre l’incurie, la corruption, le népotisme ? A-t-il obtenu les efforts budgétaires pour améliorer le sort de leurs populations ou les efforts militaires conséquents que la France est en droit d’exiger ? Evidemment non car tout cela est IMPOSSIBLE. Donc, rien ne changera et la France sera, une fois encore, le dindon de la farce.

Toutes les options ont, paraît-il, été étudiées, y compris celle d’un désengagement, répète-t-on dans l’entourage présidentiel. Ce n’est « pas le scénario privilégié », davantage un moyen de pression pour mobiliser des alliés pusillanimes, africains comme européens. « Si on veut plus aider, cela veut dire prendre plus de risques, et il faut que les conditions politiques soient réunies pour cela », ajoutent les conseillers du président Macron. La mise en œuvre des accords de paix au Mali en est le point dur. Paris veut donc fixer un horizon de retrait basé sur un calendrier précis, mesurant « les résultats militaires et politiques ». Un rendez-vous est annoncé pour faire le point à l’été.

Ce sera encore six mois de perdus.

Après sept ans de lutte contre d’innombrables franchises djihadistes, d’Al-Qaida au Maghreb islamique aux groupes communautaires du centre du Mali, un ennemi principal est certes désormais désigné : l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS). L’objectif stratégique est d’empêcher une contamination de toute l’Afrique de l’Ouest. Paris évoque même une logique de « sanctuarisation », avec de nouvelles missions de coopération de défense visant à étanchéiser les frontières de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin.

Deuxième changement proposé : un resserrement géographique de l’opération militaire française « Barkhane », aujourd’hui écartelée sur une dizaine de bases ou de petits postes. Fini le slogan d’une force « couvrant une région grande comme l’Europe ». C’était en effet une vue de l’esprit.

« La menace a muté », admet-on à l’état-major. Entre octobre et novembre 2019, l’armée malienne a perdu 150 hommes de façon traumatisante – les attaques ont laissé des cadavres de soldats, abattus dans leur fuite d’une balle dans le dos. Les forces maliennes se sont retirées de la frontière est du pays, laissant le champ libre aux djihadistes.

Au Burkina Faso, ça ne va pas mieux. Deux attaques successives, à Arbinda, ont choqué le pays, en tuant une vingtaine de soldats et de nombreux civils à Noël. Quant au Niger, le 10 décembre, ce sont près de 500 combattants qui ont attaqué un camp militaire, faisant 71 morts et démontrant une capacité de rassemblement qui n’était plus atteinte depuis longtemps. Les troupes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans de l’émir Iyad Ag Ghali ont prêté main-forte à celles de l’EIGS, dans une « manœuvre complexe », alliant véhicules-suicides, mortiers et artillerie.

L’EIGS reste confiné, estime Paris, mais le risque est jugé « réel » d’un transfert de forces depuis le Moyen-Orient d’où elles sont chassées par l’avancée des troupes russo-syriennes. Un assaut mené le 9 janvier contre un camp de l’armée nigérienne à Chinégodar, proche de la frontière du Mali, a causé la mort de 89 soldats, tandis que des dizaines de djihadistes étaient éliminés par un drone américain, dans une toute première opération coordonnée avec l’aviation française. Un officier supérieur nigérien cité par RFI a évoqué un commandement étranger, qui « a donné ses instructions en langue arabe ».

Depuis dix-huit mois, « Barkhane » et son volet forces spéciales, « Sabre », ont certes éliminé de nombreux chefs djihadistes dans la région. Les opérations lourdes s’enchaînent, avec une communication plus précise de l’état-major. Objectif ? Afficher des « victoires lisibles » pour remonter le « niveau de confiance »de forces sahéliennes éprouvées mais surtout totalement inefficaces. A Paris, les généraux évoquent même les risques d’une débandade totale de l’armée malienne, voire d’un nouveau coup d’Etat, dans un pays au bord de l’effondrement, comme il l’était en 2013, au déclenchement de l’intervention française.

Les opérations vont continuer à un rythme élevé, promet l’Eysée qui semble n’avoir encore rien compris à l’Afrique. Mais l’armée française, depuis ses bases de Gao, Niamey et Ouagadougou, va désormais concentrer ses efforts dans la zone des trois frontières. Là, les groupes armés ont « toutes les caractéristiques du terrorisme international », selon Paris, et la lutte exige des moyens militaires du « haut du spectre », c’est-à-dire complets. Ce qui signifie aussi que la France ne soit plus seule dans ces combats. Or le bât blesse là aussi puisque nos alliés européens, pourtant bénéficiaires de la sécurisation de leur sol grâce aux efforts de l’armée française, s’engagent toujours aussi peu aux côtés de nos forces armées.

Dans le centre du Mali, où la sécurité repose sur des opérations de contrôle moins lourdes, place à la mission de l’ONU  (Minusma) jusqu’ici présente uniquement dans le nord du pays, et récemment réorientée. « La mission a dû adapter sa stratégie. Ces six derniers mois, elle a déployé en permanence, dans la région de Mopti, pour prévenir toute violence contre les civils, au moins trois compagnies d’infanterie, des moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, et une force de réaction rapide de sa base de Gao », indique, dans son dernier rapport, le secrétaire général de l’ONU.

Enfin, « Barkhane » pourrait quitter la région de Kidal, la grande ville touareg du nord où la France est accusée de connivence avec les groupes séparatistes opposés à Bamako ! « Les défis actuels du nord du Mali ne nécessitent pas le même type de réponse, confirme-t-on à l’Elysée. Ce n’est pas la France qui va accélérer le retour de l’Etat malien à Kidal, c’est une responsabilité malienne. » Ce qui n’empêche pas Emmanuel Macron de persister dans son engagement absurde aux côtés de ces opportunistes incapables !

Face aux exigences de résultats de l’exécutif, les militaires français refusent d’endosser seuls l’échec d’une action qui a péché, depuis six ans, dans ses volets politique et de développement. « “Barkhane” a avancé toute seule, elle a mené ses opérations de son côté, et les lignes d’opération ont été déséquilibrées », note un bon connaisseur du dossier. « En 2017, on a amené des “scalps” à Emmanuel Macron, la menace était encore gérable. Désormais, on est face à autre chose, et, s’il est positif d’être sorti du déni, il ne faut pas croire que les solutions sont plus à portée de main », estime cette source. Pourquoi n’ont-ils pas lu ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/07/mali-loperation-militaire-barkhane-ne-peut-plus-reussir/ ?

D’autant qu’un nouveau problème inquiète au plus haut point les responsables militaires français : l’indispensable soutien américain aux opérations pourrait s’arrêter d’ici quelques mois. S’ils venaient à être retirés, comme l’a ordonné le président Donald Trump, les moyens du Pentagone en renseignement, surveillance et reconnaissance, satellites et drones, ne seront pas remplacés, car ils sont uniques. « Nous faisons passer les messages à tous les niveaux à Washington », indique-t-on à l’Elysée.

Mais, sacrebleu, arrêtons les conneries, foutons le camp de ce guêpier et laissons ces sauvages s’entre-tuer comme ils l’ont toujours fait !*

Le 16 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Pardon pour ces mots grossiers…

Une Réponse to “Sahel : reculer pour mieux sauter ?”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 16, 2020 à 6:11 #

    Si le Président macron a décidé d’intervenir au sahel, qu’il sache qu’il est important de se donner la capacité d’intervention à l’extérieur :

    Dans l’idéal :

    1. Augmenter le budget de la Défense, adapter nos armes nucléaires à la nouvelle donne stratégique (développement d’emploi antiforce et non plus seulement anticités), créer une force terrestrre d’intervention polyvalente (une dizaine de grande unités, particulièrement bien équipées en hélicoptères de combat, en missiles anti-char et anti-aérien ainsi qu’en blindés légers, possiblité d’intervention en Europe, en Afrique et en Outre-Mer),

    2. renforcer les capacité d’intervention de la marine (dipsoser en permanace de deux groupes aéronavals en ètat de prendre la mer, donc posséder 3 porte-avions au minimum , 5 dans le meileurs des cas, une dizaine de sous-marns nucléaire d’attaque, une soixantaine d’avions de combat de l’aéronavale, des radars aéroportés, des batiements de luute anti-aérienne et anti-soumarine et de sotuient logistique),

    3. accroître les moyens opérationels de la force aérienne tactique (avec six escadrons nucléaires et une vingtaine d’escadrons polyvalants, il est possible d’effectuer dignement les missions, à condition de posséder un parce modernisé d’au moins 400 avions de combat en ligne), doter nos forces de moyens aériens de projection à longue distance (possibilité de transporter une brigade à 5.000 kilomètres en 24 heures, puis d’assurer sa logistique; ces mêmes avions devront posséder de capacité de ravitaillment en vol),

    4. développer les moyens de renseignement (un effort important doit être consentit au profit de la DGSE, des satélites de reconnaissance et de tous les systèmes d’information et de commendement, et que des moyens d’écoute et d’analyse des télécommunications).

    La priorité pourrait être donnée aux points 1 et 4.

    Sur ce dernier point, voici ce qu’il faudrait faire :

    Comment renforcer le Renseignement?

    1.Développer les moyens de renseignements.
    2. Réunir les conditions politiques du renseignement.
    3. Se donner les capacités d’intervention à l’extérieur.
    4. Organiser la sécurité nationale.

    1. Développer les moyens de renseignement.

    Développer les moyens concrets (trippler le budget de la DGSE et doubler le budget de la DGSI, effort consentit au profit des satélites de reconnaissance, et tous les systèmes d’information et de commendement, ainsi que des moyens d’écoute et d’analyse), crééer un organisme de défense des frontières et de contrôle des populations étrangères (regrouper certaines compétances aujourd’hui Police de l’Air et les Frontières, les RT (ex-RG), la DGSI et les Douannes), redonner aux RT leurs compétances en matière de contrôle politique, placer la lutte anti-terroriste sous le contrôle de la DGSI, renforcer la notion de Secret Défense).

    2. Réunir les conditions politiques du renseignement.

    Prendre en compte les nouvelles menaces (la présence à l’Est de stocks d’armes, la monté de l’islamisme, la migration planétaire de populations non-Chrétiennes), assurer le soutient financier de la politique du renseignement (passer des paroles aux faits, donner plus de moyens humains, technogiues et… financiers à nos services, revaloriser les Fonds Secrets), préserver l’indépendance du Renseignement (Le SGDN doit relever directement du Chef de l’Etat et non plus du I° Ministre), honorer les hommes de l’ombre (Bond! James Bond!).

    3. Se donner les capacité d’intervenir à l’extérieur.

    Adapter nos résaux de renseignement à la nouvelle donne stratégique (Nos Services sont très bons au Levant, au Maghreb, et dans certaines parties de l’Afrique, il faut développer un regard vers l’Amérique Latine et l’Asie du Sud-Est), renforcer le service action de la DGSE (Nous possédons d’exellants Commendement d’Opérations Spéciales (COS), Commendos de Recherche et d’Action en Profondeur (CRAP), Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMA), commendos de de renseignement des Recherches Humaines et autres Dragons, qui valent bien les Delta Force américains: il faut leur donner plus de moyens, plus de budjet! ), créer une force d’action polyvalente (sur le modèle du Commendement des Opérations Spéciales, créer des Commendos d’Opérations Spéciales pouvant agir indiféremment sur terre, sous la mer et dans les airs, sélectionant les meilleurs marsoins, les meilleurs paras et les meilleurs fantômes des Recherches Humaines), créer une unité fantôme pour le travail « bagnato » si la lutte anti-terroriste sur le terrain recquiert une action directe en situation extrême, ce qui n’exclue pas en tenps ordinaire l’emploi des forces spèciales en uniforme de l’Armée Française.

    4. Organiser la sécurité nationale.

    Réunir le Conseil de la Sécurité Interieure et le Secrétariat Général de la Défense Nationale en un conseil unique dit Conseil de la Sécurité Nationale, CSN rattaché DIRECTEMENT et EXCLUSIVEMENT au Chef de l’Etat, modifier la directive « Télévision sans Frontière » afin d’y inclure une disposition relative à la lutte contre la propagande terroriste, cette exigence technologique s’appliquant tout particulièrement aux communication électroniques, certaines données techniques doivent pouvoir être transmises plus rapidement au services spécialisés.

    PS : merci à Jean Réno d’avoir rendu hommage à nos officiers traitants dans « Godzilla »…

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