Retraites : la reculade en trompe l’oeil d’Edouard Philippe.

17 Jan

Le premier ministre a annoncé samedi retirer provisoirement l’âge pivot visant à équilibrer financièrement le système de retraite d’ici à 2027, dans l’attente d’une négociation avec les syndicats.

Un âge pivot de 64 ans qui n’entrera – peut-être – pas en vigueur en 2022 comme le voulait le gouvernement, une conférence de financement cruciale mais à la marge de manœuvre limitée, un âge d’équilibre dans le futur système de retraites souhaité par l’exécutif… Difficile d’y voir clair dans la négociation et moins encore dans les annonces d’Edouard Philippe, samedi 11 janvier, sur un sujet très technique mais qui concerne l’ensemble des futurs retraités. Trois questions pour tenter de comprendre…avant de découvrir la réalité :

1. Qu’est-ce que l’âge pivot ?

Commençons par revenir d’abord sur le système actuel. Il existe actuellement deux références d’âge du départ à la retraite :

  • L’âge légal du départ à la retraite (62 ans dans le cas général), à partir duquel il est possible de toucher une pension, mais pas forcément à taux plein ;
  • L’âge de la retraite à taux plein, à partir duquel il est possible de partir à la retraite avec une pension complète quelle que soit la durée de cotisation validée. Ceux qui ont cotisé moins longtemps que ne le prévoit la loi (172 trimestres, soit quarante-trois ans, pour les personnes nées après 1973) subissent, en effet, une décote (une diminution de la pension) lorsqu’ils partent en retraite avant l’âge de 67 ans. Le taux plein est en revanche automatique pour les départs à partir de 67 ans.

La réforme, qui vise à mettre en place un régime « par points » cotisés (et non plus par trimestres cotisés), fait disparaître la notion de retraite à taux plein, et avec elle la limite d’âge de 67 ans. Si l’âge légal reste de 62 ans dans le système envisagé, le gouvernement souhaite y ajouter un âge pivot (qui pourrait être de 64 ans mais susceptible d’évoluer) avec un système de bonus-malus sur la valeur du point, par exemple :

  • en dessous de 64 ans, la pension de retraite serait diminuée (malus) ;
  • au-dessus de 64 ans, la pension de retraite serait augmentée (bonus).

L’âge de 64 ans est quant à lui celui auquel s’appliquerait la valeur normale du point, c’est pourquoi le gouvernement parle tout de même d’âge du « taux plein », même si l’expression est discutable.

L’introduction d’un âge pivot serait défavorable aux personnes ayant commencé à travailler tôt et qui auraient pu prétendre partir à taux plein à 62 ans dans l’ancien système. Cela engendrerait une perte nette sur le montant de leur pension, ou les contraindrait à prolonger leur activité. A l’inverse, le gouvernement plaide que cette règle serait plus favorable aux personnes ayant commencé à travailler tard ou avec une carrière morcelée : elles n’auraient plus nécessairement besoin d’attendre 67 ans pour prétendre à une retraite sans décote.

Ce système est censé inciter les futurs retraités à prolonger leur carrière, sans que cela soit une obligation.

2. Quelle est la proposition d’Edouard Philippe ?

En l’état (et pour autant que nous l’ayons comprise), la réforme prévoit que les premières pensions de retraites du nouveau système par points (dit « universel ») soient versées à partir de 2037. C’est en effet à partir de cette date que les personnes nées en 1975, les premières affiliées au régime universel, pourront commencer à prendre leur retraite. Leur retraite sera décomposée en deux parties :

  • la première calculée sur les règles de l’ancien système, pour les années travaillées jusqu’à 2025 ;
  • la seconde basée sur le nouveau système pour la période post-2025.

Jusqu’ici, le gouvernement prévoyait également de mettre en place l’âge pivot dès 2022 (d’abord de 62 ans et quatre mois, jusqu’à 64 ans au cours des cinq années suivantes). Pourquoi aussi tôt ? Parce que le système des retraites va être déficitaire, c’est-à-dire que les cotisations des actifs ne seront pas suffisantes pour payer les pensions des retraités, selon les dernières projections du Conseil d’orientation des retraites (COR). L’âge pivot permettrait donc de faire cotiser plus longtemps et « d’économiser » des pensions de retraite, pour une économie estimée par Matignon à trois milliards d’euros en 2022 et douze milliards d’euros en 2027.

Dans sa lettre aux partenaires sociaux envoyée le 11 janvier, le premier ministre, Edouard Philippe, a amorcé un recul et se dit « disposé » à retirer cette mise en place anticipée de l’âge pivot, qualifiée de « mesure de court terme ».

Mais ce retrait n’est peut-être que provisoire : il accepte la proposition de ses copains de la CFDT, qui souhaitaient que soit organisée une conférence de financement pour trouver des moyens d’équilibrer le système de retraite à l’horizon 2027. Si des mesures satisfaisantes sont trouvées à l’issue de cette négociation « d’ici à la fin du mois d’avril 2020 », alors l’âge pivot pour les retraites avant 2037 sera bien retiré du projet de loi. Si ce n’est pas le cas, le projet de loi prévoira (puisque la loi aura été votée dans l’intervalle !) que le gouvernement pourra lui-même prendre des mesures par ordonnances, c’est-à-dire sans vote du Parlement.

Car les marges de manœuvre de cette conférence sont limitées et, la loi une fois votée, il sera évidemment trop tard. Dans son courrier, Edouard Philippe explique que « les mesures destinées à rétablir l’équilibre ne devront entraîner ni baisse des pensions pour préserver le pouvoir d’achat des retraités ni hausse du coût du travail pour garantir la compétitivité de notre économie ». Cela s’appelle…la quadrature du cercle !

3. Pourquoi un âge d’équilibre est-il toujours prévu en 2037 ?

Le nouveau système de retraite prévoit toujours un âge légal du départ à la retraite, à partir duquel il est possible de toucher une pension (62 ans actuellement).

Mais il prévoit également un âge d’équilibre, autre nom de l’âge pivot, avant lequel il y aura un malus sur la pension et après lequel un bonus, pour inciter à travailler (et cotiser) plus longtemps. Cette borne pourrait être de 64 ans en 2027 et serait susceptible d’évoluer par la suite. Si la loi est votée, l’âge d’équilibre concernera les premières générations qui recevront une partie de leur pension dans le futur système universel, soit à partir de 2037 pour la génération 1975.

Il remplacerait alors la notion de « durée de cotisation » qui existe actuellement – une personne de 62 ans n’ayant pas tous ses trimestres cotisés peut déjà choisir de prendre sa retraite, mais se voit appliquer une décote.

Dans l’état actuel de la réforme, il est prévu que le bonus ou malus lié à l’âge d’équilibre soit calculé en fonction du nombre d’années d’écart entre l’âge de départ en retraite et l’âge d’équilibre. Le gouvernement envisageait par exemple un bonus ou malus de 5 % par an. Cela veut par exemple dire que les pensions de retraite seraient minorées de 10 % pour un départ à 62 ans au lieu de 64 ans, mais bonifiée de 10 % pour un départ à 66 ans ou 15 % pour un départ à 67 ans.

Mais, en réalité, la conférence de financement a peu de solutions de rechange (et c’est un euphémisme).

Les partenaires sociaux (essentiellement la CFDT et l’UNSA) doivent proposer, d’ici fin avril, des moyens de renflouer les caisses de retraite à l’horizon 2027 (environ 12 milliards d’euros). Mais, pour cela, les conditions d’Edouard Philippe sont claires : ils ne doivent recourir « ni à la baisse des pensions, ni à la hausse du coût du travail ». Impossible de proposer une hausse des cotisations, donc.

À quel arsenal de mesures les partenaires sociaux pourront-ils donc recourir ? Mystère et boulle de gomme. Quoi qu’il en soit, en dernier lieu, c’est le gouvernement qui tranchera par ordonnance. L’âge pivot n’est par conséquent pas totalement écarté pour 2022.

A long terme, le futur système universel à points comportera donc bien « un âge d’équilibre », a rappelé Edouard Philippe démontrant ainsi que la CFDT s’est bel et bien faite berner par Matignon. Il constituera « un des leviers de pilotage du système collectif dans la durée« .

Cet âge d’équilibre concernera les générations nées à partir de 1975, qui basculent dans le système à points. Si l’âge légal minimal de départ à la retraite est maintenu à 62 ans, elles pourront partir en 2037 au plus tôt. Mais l’« âge d’équilibre » les incitera financièrement à partir plus tard, en 2039 (à 64 ans), voire en 2040 (à 65 ans)….

Mais cette mesure peut aussi intervenir plus tôt. Car la Caisse nationale de retraite universelle, qui doit être créée en décembre 2020, aura un rôle de veille et d’alerte sur l’équilibre financier du système. En cas de risque, le gouvernement peut parfaitement décider, avant 2037, de réimposer l’âge pivot, au nom de la règle d’or exigeant l’équilibre du système de retraite sur cinq ans.

De sorte que l’Etat disposera de deux moyens de coercition en matière de retraite:

1/ la fixation autoritaire (même si elle est apparemment de nature législative) de la valeur du fameux « point » (qui n’a donc plus rien à voir avec la durée de cotisation par trimestres). Car n’oubliez pas que ce qu’une loi fait, une autre loi peut le défaire.

2/ Le fameux « âge pivot« , devenu par les mystère de la sémantique un « âge d’équilibre« , ne manquera pas de refaire son apparition selon le bon vouloir et aux conditions de l’exécutif.

À côté de cette arnaque, l’imposture du « Grand débat national » organisé par Emmanuel Macron après la crise des « Gilets jaunes » n’apparaîtra que comme de la gnognote.

Le 17 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Retraites : la reculade en trompe l’oeil d’Edouard Philippe.”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 17, 2020 à 1:34 #

    Alors que la gauche caviar doppe Ségolène Royale pour l’opposer à Emmanuel Macron en 2022, que les pédophiles continuent la lutte, un syndicat détrôné, en perte de vitesse, fermé au dialogue, mais capable de bloquer un pays, est en train de ruiner la France.

    Une histoire qui coûte cher aux Français…

  2. Hervé J. VOLTO janvier 17, 2020 à 1:42 #

    Ce n’est pas finit…

    Aujourd’hui, avec cette affaire de grève, Maurice Lambert, conducteur du train Clermont-Limoges peut voir tous les jours le visage d’Éric Coquerel, député de la France Insoumise, soutenir sur les plateaux TV le combat du prolétariat ferroviaire contre la réforme assurantielle des retraites.

    Pourtant, si le train de vie de l’ex-trotskyste nous est inconnu et ne regarde pas la presse bourgeoise, son secteur d’activité a de quoi surprendre pour un damné de la terre. Éric Coquerel fut, en effet, jusqu’en 2017, le gérant d’Effets Mer, une agence de com’ spécialisée dans les sports prolétaires : la voile, le golf, … Un rapide tour sur le site de l’agence permet d’ailleurs d’apprécier le côté très working class des évènements gérés par Effets Mer. Dans une interview donnée à Libé en 2013, on voit cependant qu’Eric Coquerel tient à souligner son ascendance prolétaire et burinée des paluches. Ancêtres, grands-pères ! Côté paternel. Et maternel ?

    Lui vit avec une artiste-peintre par contre… pas avec une caissière, avec tout le rspect que l’on doit à ces dernières. Comme le « petit facteur » Besancenot qui vit lui avec une éditrice. Et pas celle de Pif Gadget (Éditions de la Découverte qui publient, notons-le, Michèle Tribalat dont on connaît les positions courageuses sur les statistiques liées à l’immigration) !

    En fait, en dehors de LO qui a su garder une base ouvrière et fortement ouvriériste, les autres chapelles de l’extrême-gauche n’ont plus aucune honte à montrer des cadres plus embourgeoisés qu’un comité de rédaction de revue féministe.

    Nous ne parlons pas ici de cadres embourgeoisés par l’appat de l’argent frais mais de véritables bourgeois devenus cadres d’organisations censées représenter les classes laborieuses. D’où un fossé entre les classes perdantes de la mondialisation et ces dirigeants n’ayant qu’une vague idée de la vie quotidienne d’un assuré social. Ian Brossat par exemple. Tête de liste PCF aux dernières européennes. Fils de prof de philo et de sociologue. Ayant fait ses classes à Henri I V,etc…, études de lettres, élu à Paris depuis ses 28 ans, villa à Calvi, affichant sur les réseaux sociaux ses photos de vacances dans des pays exotiques sans complexe… Y’a bon la mondialisation !

    Comment est-ce que le parti de Duclos, de Benoît Frachon et de Henri Krasucki a-t-il pu tomber aussi bas ? Les autres organisations ont toujours eu une base plus étudiante qu’ouvrière, mais le PCF ?

    Reste le syndicalisme. Car les derniers prolétaires des organisations de gauche se trouvent en réalité à la CGT (dans une moindre mesure à FO). Et beaucoup de sections d’entreprises sont désormais dirigées par des militants de Lutte Ouvrière, le dernier vrai parti ouvrier de la gauche.

    Des ouvriers qui ont bien compris d’être pris pour des cons-citoyens par leurs « camarades » plus fortunés planqués dans des admindstrations où ils sont paysés à boire le caffè et à lire le journal. Aux frais du con-tribuable Français.

    Aï ! Aï ! Aï ! à eux aussi, on touche le sretaires !

    Il n’y a palus de religion…

  3. Hervé J. VOLTO janvier 17, 2020 à 1:51 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE…

    La gauche socialo-écolo-communiste a depuis longtemps réalisé son Yalta pour partager son monde : au NPA les assossociatifs et les étudiants. Au PCF les vieux communistes qui partent les uns après les autres car ils comprennent après des annèes de lutte qu’on les prendpour ce qu’en Corse, on appelle en souriant des cons-tinantaux. À La France Insoumise les « indigénistes » et les bobos. Et à LO et/ou à la CGT les vrais prolos et les grégaires.

    Et au Rassemblement National, les votes…

    Et la cause des retaites dans tout çà ? ha non, j’oubliais : cette fois-ci, touchés directement au portefeuil, ils descendent dans la rue comme un seul homme !

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