Disons-le sans ambages : BRAVO !

18 Jan

Vous vous souvenez sans doute que le CER a, depuis longtemps, soutenu les revendications des Etats africains réclamant la restitution de ce que l’on a coutume d’appeler des oeuvres d’art et qui auraient été soustraites à leur patrimoine pendant la colonisation française. Même si nos justifications ne sont pas strictement similaires aux leurs…

Plusieurs des articles publiés sur notre blogue en rendent compte. En voici quelques exemples :

Or, nous apprenons que, le 17 janvier, les collections du Petit Musée de la Récade de Lobozounkpa (Bénin) seront augmentées de vingt-sept nouvelles pièces, portant à cent vingt-huit numéros son catalogue.

Petit Musée de la Récade

Ainsi continue le processus de retour au Bénin de son patrimoine royal. Mais ni le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou le 28 novembre 2017, appelant à procéder à « des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » ni la demande déposée en 2016 par le gouvernement béninois pour obtenir vingt-six œuvres prélevées au sein du palais royal d’Abomey en 1892 par les troupes coloniales françaises n’y sont pour quelque chose. L’initiative est privée et antérieure à ces interventions politiques.

Le 6 février 2015 est inauguré à Lobozounkpa, sur la commune d’Abomey-Calavi, près de Cotonou, un lieu-dit Le Centre, espace culturel de 4 000 m2 destiné à des expositions, des spectacles et des résidences d’artistes. L’initiative en revient au galeriste parisien Robert Vallois, qui entraîne dans l’opération le Collectif des antiquaires de Saint-Germain-des-Prés, parmi lesquels des spécialistes des arts d’Afrique. Dès la fin de 2015 est construit dans cet espace, sur les dessins de l’architecte René Bouchara, le Petit Musée de la Récade, tout en longueur et en clarté.

Le mot « récade » vient du portugais recado, « message », le terme en langue fon étant mankpo, qui signifie « bâton de la rage ». Il désigne un sceptre, propre à l’ancien royaume de Dahomey – ou Danhomè –, en forme de canne coudée. Il doit être soit accroché à l’épaule gauche, soit tenu de la main droite : ainsi l’exige l’étiquette. Le manche est en bois poli, souvent orné ou clouté, et la partie supérieure – qui serait la lame s’il s’agissait d’une hache de guerrier ou d’une houe d’agriculteur –, en métal ouvragé.

Lot de trois récades

Par son modelage et ses découpes, cette partie évoque le plus souvent un animal héraldique (lion, oiseau, chien, bélier, etc.), signe de vertus et d’un rang dans la hiérarchie des pouvoirs. Les récades sont donc des symboles de pouvoir, selon un système d’emblèmes propre au royaume fon, dont Abomey était la capitale. Ce système est celui dont relèvent aussi les trônes ornés et les statues de rois zoomorphes qui sont encore visibles au Musée du quai Branly, en attendant que soit effective leur restitution.

Au jour de son ouverture, le musée conservait trente-sept récades et six objets royaux, offerts par le Collectif des antiquaires. Depuis, une suite de dons de même provenance a accru le fonds, jusqu’à l’arrivée de ce nouveau contingent, le plus important depuis l’inauguration : dix-sept récades, huit sabres et deux objets de culte.

Les pièces ont été collectées, les unes par Alfred Testard de Marans (1860-1890), administrateur colonial lors de l’expédition contre le Dahomey, les autres par un officier ayant pris part à l’expédition et qui les a plus tard léguées à un abbé. Ces trajectoires ressemblent à celle des objets conservés au Quai Branly : ils ont été donnés à l’ancien Musée du Trocadéro en 1893 et 1895 par le général Alfred Amédée Dodds (1842-1822), vainqueur du roi Béhanzin (1845-1906), en novembre 1892.

L’histoire est aussi exemplaire par son dénouement. Les récades devaient être dispersées aux enchères le 23 mars 2019, à Nantes, vente de 328 lots, armes rapportées du Congo et pièces dahoméennes. A l’annonce de la vacation, l’association nantaise Afrique Loire proteste. A l’injonction du ministère de la culture, elles sont alors retirées de la vente, puis acquises toutes ensemble par le Collectif des antiquaires, afin d’être données au Petit Musée de la Récade, lequel n’est plus si petit…

Ce retour a, en lui-même, une portée politique, puisqu’il rend au Bénin des symboles nationaux. Il a aussi une portée historique. A mesure que la collection s’accroît, il devient possible de mieux définir des typologies, de distinguer ce qui était de rang royal de ce qui n’était qu’aristocratique, et de repérer des similitudes de facture afin d’attribuer à des ateliers de fondeurs différents tel motif ou tel travail du métal. On pourrait aussi en conclure que des initiatives privées résolument conduites sont plus efficaces et rapides que bien des déclarations officielles.

Quant aux royalistes que nous sommes, ils ne peuvent que soutenir cette démarche restitutive.

Le 8 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Disons-le sans ambages : BRAVO !”

  1. Paul-Emic janvier 18, 2020 à 9:09 #

    « rendons » leur leurs merdes qui sans nous auraient disparu depuis longtemps et surtout qu’ils disparaissent de notre excistence

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