Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Le Salon du livre de Paris perd pied.

20 Jan

Le président du Syndicat national de l’édition (SNE), Vincent Montagne, a décoché une flèche à l’encontre de Hachette Livre et de Gallimard lors de la cérémonie des vœux du SNE, jeudi 9 janvier : « Jamais autant de pays n’ont demandé à être invités d’honneur au salon [Livre Paris]. Encore faut-il [que les éditeurs] y soient présents pour les accueillir (…). »

L’édition 2020 du salon Livre Paris, organisé du 20 au 23 mars par le SNE à la porte de Versailles, semble en effet devoir attirer moins de poids lourds que d’habitude. Un bien mauvais signal non seulement pour l’Edition mais aussi pour la Francophonie.

Depuis dix ans, Hachette Livre, numéro un du secteur (et qui englobe Grasset, Stock, Fayard ou Calmann-Lévy…), le boude. Seules certaines de ses filiales comme Pika, Le Livre de poche ou quelques maisons d’édition scolaire y participent.

Cette année sera aussi celle de la rétractation des éditions de Minuit et surtout de Madrigall, la maison mère de Gallimard, Flammarion, P.O.L, Casterman… De ses habituels 1 000 mètres carrés, le groupe ne conservera qu’un stand de 120 mètres carrés pour y présenter des livres de poche des collections Folio, Folio Junior, J’ai lu et GF. Plus aucun grand format.

Jusqu’à présent, le groupe venait au salon armé de 25 000 références, soit 80 000 volumes, et engageait trente libraires et vingt stagiaires. « Le fonds n’intéresse plus autant les visiteurs, qui préfèrent les nouveautés. Livre Paris est devenu un salon grand public à coloration jeunesse », explique Antoine Gallimard, président du groupe Madrigall. Quelle tristesse que de lire cela…

Pour lui, c’est un crève-cœur de voir les écrivains les plus ­exigeants attendre le lecteur lors des ­signatures, pendant que des centaines de fans se précipitent sur leurs auteurs fétiches en « young adult »(sic). Antoine Gallimard évoque aussi la concurrence exercée par les autres salons tant en France (Angoulême, Montreuil, Lyon, Saint-Malo, Nancy…) qu’à l’étranger. « Il faut faire des choix, nous portons davantage nos efforts à l’international », explique-t-il. D’autant plus que la participation à Livre Paris revenait au groupe entre 300 000 et 400 000 euros.

En 2019, le stand de Gallimard jouxtait celui d’Amazon…Ce qui avait également suscité de gros remous. « Ce n’est pas ce qui a provoqué ma décision cette année, même si ça m’a fait bizarre d’être à côté d’eux. On aurait pu m’en parler », regrette Antoine Gallimard.

Amazon ne sera plus là cette année. En revanche, le géant du fast-food, McDonald’s, qui avait déjà suscité des sarcasmes en arrivant au salon de Montreuil en 2017, disposera d’un stand valorisant son action en faveur de la lecture chez les enfants !

Les éditeurs membres du SNE ne sont en rien obligés de participer au salon Livre Paris. Certains l’ont quitté pour revenir. Les PUF ont passé leur tour en 2016 puisque le coût du salon payait les salaires de la librairie pendant un an, explique Frédéric Mériot, directeur général d’Humensis, la maison mère des PUF. Pour mieux y retourner en 2017. « Cela nous permet de faire connaître le groupe », dit-il. Rien de mécanique pour autant, « nous réévaluons chaque année la pertinence de notre présence », ajoute-t-il.

Albin Michel n’a pas ce genre d’états d’âme : « C’est une fête de famille, la grande fête du livre, nous avons rendez-vous avec le public, assure Gilles Haéri, président du directoire. Cet investissement vaut la peine ». Idem chez Actes Sud, qui louera, comme en 2019, 300 mètres carrés pour présenter l’ensemble de ses collections.

Une éditrice de petite taille comme Sabine Wespieser vient toujours, « par fidélité. Pour rencontrer des lecteurs, des libraires, des bibliothécaires, des éditeurs étrangers ». Et aussi ses confrères… Pour elle, Livre Paris fait partie « des dépenses somptuaires, qui permettent de voir et d’être vue », mais une telle opération n’a pas de sens économique.

Selon Vincent Montagne, le nombre d’exposants devrait être à peu près stable en 2020, avec sept départs et autant d’arrivées, au bénéfice notamment des éditeurs de mangas. En revanche, les mètres carrés loués devraient beaucoup se réduire par rapport à 2019.

Pour le président du SNE, le salon a évolué et propose désormais plus de 1 000 conférences et débats : il ne s’agit pas que d’une immense librairie. Ce qui justifierait aussi le prix élevé du ticket d’entrée (entre 6 euros et 10 euros), comparable à celui d’un livre de poche.

L’Inde est, cette année, l’invité d’honneur (sa littérature et ses auteurs sont parti­culièrement mis en avant), mais on trouvera aussi des stands tchèque, géorgien et iranien. Sans compter la présence, déjà fort critiquée en 2019, de l’Arabie saoudite, du Qatar, du Charjah et d’Abou Dhabi. Malgré l’impact des « Gilets jaunes », le salon – plus grand événement généraliste consacré au livre en France – avait alors accueilli 160 000 visiteurs. Loin toutefois du pic de 241 000 atteint en 2000.

Nous le répétons souvent : « Le poisson pourrit d’abord par la tête« . Et les civilisations disparaissent par la perte de leur culture.

Le 20 janvier 2020.

Du Plessis

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