Norvège : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse » .

22 Jan

Depuis des mois, les divisions au sein du gouvernement norvégien s’intensifiaient. Il aura fallu le rapatriement à Oslo, vendredi 17 janvier, de la compagne d’un djihadiste et de leurs deux enfants, pour que le Parti du progrès (FrP, droite radicale anti-immigration) décide, trois jours plus tard, d’abandonner la coalition dirigée par la conservatrice Erna Solberg, qui reste en poste, mais perd la majorité au Parlement et ne restera pas longtemps à la tête du pays.

Agée de 29 ans et née au Pakistan, l’islamiste a grandi en Norvège. Elle en est partie pour la Syrie en 2013, pour rejoindre et y épouser le djihadiste norvégien (d’origine chilienne !) Bastian Vasquez, qui aurait été tué en 2015. Les autorités osloïtes la soupçonnent d’avoir appartenu à deux organisations terroristes, le Front Al-Nosra et l’Etat islamique. Depuis 2018, elle était détenue, avec son fils de cinq ans et sa fille de trois ans, dans le camp Al-Hol, sous contrôle kurde, au nord de la Syrie.

La décision de les rapatrier a été prise en octobre 2019, par trois des partis de la coalition gouvernementale. Malgré la position officielle du gouvernement, qui n’autorise que le retour des enfants, les conservateurs, les libéraux et les chrétiens-démocrates ont choisi de faire une exception, dans ce cas particulier, en raison de l’état de santé inquiétant du garçon. Selon la première ministre, Erna Solberg, la décision a été prise après que la mère eut refusé de laisser partir seuls ses enfants. « Je ne voulais pas risquer la mort d’un enfant de cinq ans en Syrie », a justifié la chef du gouvernement, arguant d’une décision « morale ».

Favorable au retour des enfants, mais opposée à celui de la mère, la chef de file de la formation de la droite radicale, Siv Jensen, a rétorqué, lundi, qu’elle refusait de faire « des compromis avec des personnes qui ont rejoint des organisations terroristes et qui œuvrent activement à la destruction des valeurs sur lesquelles la Norvège s’est construite ».

Révélée mi-janvier par les médias norvégiens, l’opération, jusque-là gardée secrète pour des raisons de sécurité, a provoqué une levée de boucliers au sein du FrP. Depuis le 15 janvier, de nombreux cadres du parti, soutenus par les militants, exigeaient le départ du gouvernement, à moins que la première ministre accepte une longue liste de demandes non négociables, qui n’a pas été révélée.

La liste lui a été présentée lundi matin, par Siv Jensen. Il était prévu qu’Erna Solberg dispose d’une semaine pour y répondre. Une heure a suffi aux deux chefs de la coalition gouvernementale pour constater que le divorce était devenu inévitable. Avant d’annoncer le retrait de son parti, Siv Jensen s’est félicitée du « durcissement de la politique de l’immigration et de l’accélération des retours aux frontières », menés à l’initiative du FrP depuis 2013, ainsi que « des baisses d’impôt, notamment pour les plus âgés ». Mais elle a estimé que les gains d’une participation au gouvernement ne justifiaient plus « les pertes » pour son parti, désormais « dans une situation où plus personne ne nous reconnaît ».

Le constat est amer pour Siv Jensen, qui dirige le Parti du progrès depuis 2006, et avait été l’artisane de l’alliance avec les conservateurs, dont elle estimait qu’elle crédibiliserait sa formation, après quarante années passées dans l’opposition. Soutenus par les libéraux et les chrétiens-démocrates, les deux partis avaient formé un gouvernement minoritaire en 2013.

Quatre ans plus tard, à l’issue des élections législatives de 2017, les libéraux ont intégré la coalition, suivis des chrétiens-démocrates, en janvier 2019. Le FrP est parvenu à conserver sept portefeuilles ministériels, dont les finances, la justice et l’immigration, ainsi que l’intérieur et l’énergie – un poste-clé au sein de la pétromonarchie norvégienne.

Mais la nouvelle coalition, rêvée par Erna Solberg, s’est faite au prix de nombreux « compromis gris et ternes », a estimé, lundi, la patronne du FrP, qui a reproché à la première ministre d’avoir donné trop d’influence à leurs nouveaux partenaires, au détriment de son propre parti.

En juin 2019 déjà, le FrP avait menacé de quitter le gouvernement, à deux mois des élections municipales et régionales du 9 septembre, alors qu’il était au plus bas dans les sondages, concurrencé par une petite formation, née sur les réseaux sociaux, et s’opposant à l’inflation des péages urbains dans le royaume. A la tête du ministère des finances, Siv Jensen était considérée comme largement responsable de cette politique.

Finalement, le jour du scrutin, le FrP a réussi à limiter les dégâts, totalisant 8,2 % des voix (contre 9,5 % aux précédentes élections locales en 2015). Siv Jensen était parvenue à convaincre les plus récalcitrants de ses adhérents des bienfaits de la présence du parti au sein du gouvernement. Mais l’accalmie n’aura été que de courte durée.

Regrettant le départ de son allié depuis plus de six ans, Erna Solberg – dont la coalition ne compte plus que 61 sièges au Parlement sur 169 – a annoncé, lundi, qu’elle continuerait à appliquer la politique fixée en janvier 2019 avec ses autres partenaires. Siv Jensen, pour sa part, a assuré que son parti, qui sera « plus dur et plus clair à l’avenir », soutiendrait Erna Solberg au poste de première ministre, mais en y mettant des conditions. L’objectif : regagner la confiance des électeurs, d’ici aux prochaines élections législatives, prévues en septembre 2021.

Raillant le « chaos à droite », le chef des travaillistes, Jonas Gahr Store, s’est inquiété que « le gouvernement affaibli soit désormais à la merci d’un FrP humilié », au risque, selon lui,  » d’accroître et non de diminuer, l’influence de la droite radicale ». Les Verts, de leur côté, ont applaudi le départ du FrP, qualifié par leur porte-parole, Une Bastholm, de « boulet en matière de politique climatique et de l’asile ».

En tout cas, cette situation témoigne de l’échec de la politique des compromis à la bisounours, chère au royaume de Norvège. 

Le 22 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Norvège : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse » .”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 22, 2020 à 11:03 #

    C’est comme en France ! le problème du retour des Oreign Fighter est européen. Le même script pour les pays de l’UE ! PEt chez nous, il n’y a plus que deux mois avant les municipales. A l’approche de cette date, un constat, la moitié des maires sortants ne brigueront pas de nouveau mandat. En cause, un manque de moyens, une surcharge de travail et des maires qui n’arrivent plus à faire face aux demandes des habitants. Certains se font même agresser. D’autres ont compris que courtiser l’islamisme porte au labyrinthe du mynotaure, droit dans laguele du monstre ! Un ras-le-bol pour ces maires qui décident tout simplement de dire stop et de laisser leur place en mars prochain.

    Et MACRON ? comme NERON. Lui et son épouse ont dû être exfiltrés à la suite d’une manifestation imprévue devant le théâtre parisien des Bouffes du Nord où ils assistaient à la représentation de «La Mouche». Des manifestants ont tenté de rentrer dans l’enceinte avant d’être repoussés. Des événements qui posent question sur la sécurité du président. Peut-elle être assurée à 100% lors de déplacement privé ou discret comme celui-ci ? Elle doit en tout cas s’adapter à ces nouveaux modes d’action, plus difficile à prévoir.

    Ce serait le moment d’augmenter le niveau d’alerte et de remilitariser le GSPR : seulement des gendarmes. Les policiers pourraient être affectés au RAID et à une future police pénitencière, sur le modèle italien. A crééer…

  2. Hervé J. VOLTO janvier 22, 2020 à 5:59 #

    Pour éviter que la France ne deviennne comme la Norvège, Nicolas Dupont-Aignan a proposé le 20 janvier 2020 l’organisation d’une Primaire pour la France afin de désigner un candidat dans la perspective des élections présidentielles de 2022.

    Tous les courants du patriotisme Français devront y être représentés. Tous les sujets devront y être abordés, sans tabou ni exception, car cette primaire devra être un moment essentiel de débat et de clarification des lignes. Les patriotes devront notamment pouvoir y aborder la question essentielle de la remigration face au Grand Remplacement.

    C’est la raison pour laquelle Vincent Vauclin a décidé d’être candidat lors de cette primaire, en tant que Président de la Dissidence Française et candidat tête de liste de la RECONQUETE aux élections européennes de 2019, pour faire entendre la voix d’une nouvelle génération de Français déterminée à « brusquer l’Histoire et à apporter des réponses nouvelles aux défis de notre temps ».

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