La Belgique a-t-elle vraiment besoin d’un gouvernement ?

24 Jan

On pourrait en douter au vu de la stabilité de la monarchie, seule capable d’assurer l’unité du pays, et des résultats économiques obtenus alors qu’il n’y plus de gouvernement de plein exercice depuis plus d’un an.

Treize mois après la chute du gouvernement de coalition que dirigeait le libéral Charles Michel – aujourd’hui président du Conseil européen –, huit mois après les élections législatives de mai 2019, la Belgique est toujours privée de gouvernement. Panique à bord ? « Même quand il n’y a pas de pilote, l’avion vole », répondait, mardi 21 janvier, Bernard Gilliot, président de la Fédération des entreprises de Belgique. Le patron des patrons confiait cependant au quotidien L’Echo que « même si l’absence de gouvernement ne pèse pas sur l’économie…ce serait mieux qu’il y en ait un ».

Si l’on scrute les seuls chiffres, la situation n’est pas désespérée, confirme Etienne de Callataÿ, économiste chez Orcadia Asset Management. « L’économie continue de fonctionner et les marchés permettent au pays de se financer avec un écart de taux minime par rapport à celui de l’Allemagne. Ce qui ne signifie pas que l’on puisse se passer d’un gouvernement qui prenne de bonnes mesures… » Mais, finalement, on peut faire sans. D’autant qu’il n’est pas certain qu’il fasse mieux…

A politique inchangée – ce qui sera le cas tant qu’une nouvelle coalition n’aura pas vu le jour –, la situation des finances publiques continuera pourtant de se détériorer et le déficit pourrait atteindre 14 milliards d’euros en 2022 (2,8 % du PIB, pour 2,2 % prévus cette année). Loin du programme affiché par M. Michel et celle qui lui a succédé à la tête du gouvernement d’affaires courantes, Sophie Wilmès, ex-ministre du budget : la promesse faite à la Commission européenne était de revenir à l’équilibre dans deux ans, conformément au programme de stabilité. Il n’en sera rien.

Un véritable gouvernement est nécessaire, aussi, pour faire face à une éventuelle hausse des taux voire à une récession soulignait, en décembre, Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB). La dette publique du royaume culmine toujours, quant à elle ET COMME CELLE DE LA FRANCE, à 100 % du produit intérieur.

« Tout cela démontre qu’il faut analyser la crise politique autrement qu’avec la seule clé des questions institutionnelles et du conflit Flamands-Wallons, analyse M. de Callataÿ. Le prochain gouvernement sera, en tout état de cause, celui des mauvaises nouvelles. Il devra réformer et faire de l’austérité, ce qui explique le peu d’enthousiasme de beaucoup de partis pour le constituer. » Un comble.

A la Commission, dont ils redoutent peu les sanctions, les dirigeants belges répondront sans doute que le vide politique les empêche d’agir (même si la preuve est désormais faite qu’il n’en est rien). « Et puis, comment se montrerait-elle méchante à notre égard, alors qu’elle s’est montrée tellement accommodante avec l’Italie ou la France ? », ironise un député. Les responsables gouvernementaux invoquent, par ailleurs, le fait que, même en affaires courantes, « le pays fonctionne », d’autant que les gouvernements régionaux ont, eux, été rapidement formés.

Même la perspective d’une croissance ralentie (1 % en 2020 selon la BNB), couplée au creusement du déficit, n’effraye pas vraiment. Sans doute parce que l’économie du pays a étonnamment résisté, tant au ralentissement de l’activité chez son principal partenaire, l’Allemagne, qu’aux incertitudes liées au Brexit ou à la guerre commerciale menée par le président américain.

L’absence de mesures d’assainissement budgétaire, la hausse du volume de l’emploi (316 000 postes créés en quatre ans) et l’augmentation du revenu disponible, suite à quelques mesures fiscales, ont finalement compensé la détérioration de l’environnement économique.

Du côté des entreprises, comme l’ont indiqué des enquêtes publiées à la fin de 2019, on en viendrait à penser que l’absence de gouvernement n’aurait pas que de mauvais côtés : cela signifie pas de nouvelles charges et pas de nouvelles tracasseries administratives pour ce pays qui ne manque ni des unes, ni des autres… Plus de sept patrons sur dix jugent d’ailleurs que le vide gouvernemental n’a pas d’influence sur la marche de leurs affaires.

Une vision à plus long terme amène certains à nuancer ce jugement. Le royaume accumule, en effet, les retards dans une série de domaine. Ceux de la politique climatique et de la transition énergétique par exemple, alors que l’objectif reste officiellement de fermer les centrales nucléaires en 2025, même si la sécurité d’approvisionnement ne semble pas assurée et que l’objectif de construire des centrales électriques au gaz ne résoudra pas totalement la question des émissions de CO2. Un mal pour un bien ?

Et même si, plus généralement, le problème demeure de savoir comment pourront être combinés, un jour, les objectifs de la gauche wallonne (priorité au social) et ceux de la droite flamande (non à tout impôt nouveau), la conclusion de beaucoup de Belges redevient 

V I V E   L E  R O I  !

Le 24 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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