Même en matière épidémique, « quand on veut on peut ! »

29 Jan

Vous connaissez notre adage, si souvent revendiqué au sujet de la lutte contre l’immigration de hordes barbares lancées à l’assaut du continent européen :

 » Quand on veut, on peut ! « 

Mais peut-être vous souvenez-vous aussi de nos exigences relatives à l’interdiction des transports (aériens et autres) vers notre pays en provenance des zones géographiques dans lesquelles sévissent de redoutables maladies infectieuses. En particulier la fièvre hémorragique due au virus Ebola qui ravage l’Afrique depuis quelques années. Plusieurs cas de cette dernière affection ont d’ailleurs été répertoriés en dehors des limites géographiques du continent africain mais, à ce jour, nous ne disposons pas des preuves d’un éventuel transfert du virus Ebola en France…tant le secret en la matière est puissamment gardé.

Depuis quelques semaines, sévit en Chine une maladie infectieuse à tropisme bronchopulmonaire due au coronavirus 2019-nCoV et dont les conséquences en matière de santé publique sont considérables, SANS POURTANT ATTEINDRE LA GRAVITE D’EBOLA. Et, comme on pouvait s’y attendre eu égard à la contagiosité de ce nouveau virus et à l’importance des échanges entre la Chine et les autres pays du monde, le mal se répand…

Comment évoluera donc l’épidémie due au nouveau coronavirus 2019-nCoV ? Le nombre de cas continue à augmenter et avoisinait, mardi 28 janvier au matin, les 4 500. Un chiffre que certains épidémiologistes supposent nettement sous-estimé car beaucoup de personnes infectées échappent à la détection. Le nombre des décès a dépassé 100, soit un taux de létalité de 2,3 %, à comparer avec celui du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), en 2003, qui était proche de 10 %. Dans son dernier bulletin de situation publié dimanche 26 janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que son évaluation du risque lié à cette épidémie n’a pas varié depuis sa précédente estimation le 22 janvier : « Risque très élevé en Chine, élevé au niveau régional ainsi qu’au niveau mondial. »

L’OMS précise qu’une « erreur » avait été commise dans les bulletins publiés les trois jours précédents qui indiquaient un « risque modéré au niveau mondial. » A l’issue de la réunion de son comité d’urgence le 23 janvier, l’institution onusienne s’était refusée à proclamer que l’épidémie constituait une « urgence de santé publique de portée internationale ». Néanmoins, devant le risque que constitue l’importation du 2019-nCoV par des voyageurs en provenance de Chine, comme les trois cas – les premiers en Europe – identifiés le 24 janvier en France, les pays sont encouragés à mettre à profit l’absence, pour le moment, de transmission du virus de personne à personne sur leur territoire pour accélérer leurs préparatifs.

De leur côté, plusieurs équipes d’épidémiologistes et de virologues se livrent à l’entreprise délicate consistant à élaborer des scénarios sur le développement de l’épidémie à partir des données disponibles. Différents paramètres fragilisent la précision des modèles élaborés : nombre de malades encore réduit au début de l’épidémie, sous-estimation du nombre réel de cas dans les statistiques officielles, nombreuses inconnues sur la facilité du nouveau virus à se transmettre, gravité possible de l’infection. N’en doutons pas, à mesure que les données vont s’accumuler, le modèle pourra être affiné.

Lors de la présentation, le 24 janvier, de la première modélisation de la diffusion possible de l’épidémie réalisée par l’équipe menée par la chercheuse Vittoria Colizza au sein de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université), l’Inserm précisait que ce travail cherchait à guider les politiques de prévention et de surveillance du virus 2019-nCov et n’avait pas « un but prédictif ». En s’appuyant sur les flux aériens vers l’Europe en provenance de Chine et sur le nombre de cas exportés, les chercheurs ont estimé le risque dans différents pays européens de voir arriver en provenance de Chine par avion un voyageur infecté par le 2019-nCoV. Les trois cas décelés en France n’étaient pas encore connus au moment de cette première publication.

« Quand une épidémie démarre, il faut comprendre comment elle se développe et se propage, et élaborer les scénarios possibles afin d’aider à la décision », explique Vittoria Colizza. Après des scénarios développés au moment où la Chine comptabilisait 571 cas sur son territoire et déplorait 18 décès, l’équipe de Vittoria Colizza a actualisé son modèle en incluant les données disponibles jusqu’au 25 janvier. A cette date, la Chine avait confirmé 1 297 cas dans 33 provinces et 32 cas avaient été exportés, dont trois en France, les premiers en Europe. Depuis, un cas a été confirmé, lundi 27 janvier, en Allemagne, par les autorités bavaroises et un quatrième en France, mardi.

Dans leur première version, qui précédait des restrictions mises en place le 23 janvier sur le trafic aérien international au départ de la province de Hubei, où est située Wuhan, la ville où l’épidémie a démarré, les scientifiques n’avaient pris en compte que les vols au départ de cette province. Depuis, ils ont intégré ceux qui partent des plus grands aéroports desservant les métropoles touchées à leur tour par le 2019-nCoV (Shanghaï, Pékin…).

Compte tenu de l’intensité du trafic aérien vers l’Europe, leurs calculs les amènent à classer les différentes destinations européennes par probabilité décroissante de voir débarquer un passager infecté. « Si une personne prend l’avion de Chine pour venir en Europe, la probabilité la plus grande est qu’il se rende au Royaume-Uni (risque de 25 %), ou en Allemagne (16 %) », indique Vittoria Colizza. Malgré les trois cas recensés, la France n’arrive qu’en troisième position (risque de 13 %), suivie par l’Italie (11 %) et l’Espagne (9,5 %). Dans le cas du Royaume-Uni comme de la France, la capitale concentre une part très importante du risque, avec 83 % du risque pour Londres et 94 % pour Paris. Le risque est plus réparti entre les principales villes pour les autres pays.

« En excluant la France et ses trois cas du modèle, le risque pour le reste de l’Europe d’accueillir au moins un voyageur infecté est supérieur à 80 % si 50 personnes atteintes prennent l’avion depuis la Chine », précise Vittoria Colizza. Or on dénombre déjà 65 cas exportés de Chine continentale.

Qu’a décidé aujourd’hui Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni ? De suivre les conseils du CER…

Et c’est ainsi que, dans un communiqué publié ce mercredi 29 janvier, la compagnie aérienne britannique British Airways annonce qu’elle suspend tous ses vols vers et en provenance de la Chine :« Nous avons suspendu tous les vols vers et en provenance de la Chine continentale avec effet immédiat à la suite de la recommandation du ministère des Affaires étrangères ».

Il n’y a plus de doute,  » Quand on veut on peut « .

Le 29 janvier 2020.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

Une Réponse to “Même en matière épidémique, « quand on veut on peut ! »”

  1. conseilesperanceduroi janvier 30, 2020 à 5:53 #

    Bonne nouvelle en ce 30 janvier 2020 : la compagnie aérienne nationale Air France se range enfin à l’opinion du CER et vient de décider la suspension de tous ses vols venant de ou à destination de la Chine jusqu’à nouvel ordre.
    La raison finit donc par l’emporter mai pourquoi faut-il toujours que nos autorités perdent tant de temps pour comprendre que nous avons raison ?…

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