Gouverner c’est prévoir, mais c’est aussi choisir.

30 Jan

Or, Emmanuel Macron ne sait ni prévoir ni choisir. Manifestement, les Français ont parié sur un mauvais cheval. Pourquoi diable ne nous ont-ils pas écoutés en 2017, lorsque nous leur affirmions que

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

En voici un nouvel exemple, à quelques semaines des élections municipales. Dimanche 26 janvier, le chef de l’Etat convoquait à l’Elysée le dissident Cédric Villani pour tenter de le convaincre de se ranger derrière le candidat officiel de La République en marche (LRM) aux élections municipales à Paris, Benjamin Griveaux. En vain. C’est, en tout cas la version officielle…(https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/01/27/pour-benjamin-griveaux-les-chances-de-succes-a-paris-seloignent-chaque-jour/).

En sortant de son rendez-vous, le mathématicien a déclaré maintenir sa candidature, actant « une divergence majeure » avec le chef de l’Etat. Un camouflet infligé en direct sur les chaînes d’information en continu. En réponse, le délégué général de LRM, Stanislas Guerini, a annoncé lancer une procédure d’exclusion du parti présidentiel contre le député de l’Essonne. Pouvait-il faire autrement ?

Mais il s’agit là du énième épisode d’un psychodrame qui signe une gestion chaotique des élections municipales par LRM et, surtout, de son mentor. Le président de la République s’est en effet impliqué à tous les niveaux de la chaîne de montage, téléphonant aux uns, recevant les autres, et appliquant une règle insécurisante pour tous : celle du darwinisme politique. Manière de laisser les concurrences s’échauffer et de voir qui tiendra debout à l’arrivée.

Une stratégie appliquée au cas parisien, jusqu’à ce que les sondages laissent apparaître, à moins de deux mois du scrutin, que la réélection d’Anne Hidalgo se profile tout bonnement à l’horizon malgré sa gestion pour le moins calamiteuse de la capitale. « L’exclusion de Villani, il aurait fallu la faire avant que cela ne fasse tache d’huile, regrette un député LRM. »

Car le scénario s’est répété à l’envi depuis des mois. A Biarritz, M. Macron laisse ainsi deux de ses ministres s’affronter sur deux listes différentes et n’a toujours pas tranché. Après plusieurs semaines de flottement, le chef de l’Etat a reçu à l’Elysée des dirigeants du parti, le 17 janvier, pour tenter de clore rapidement ce dossier aussi sensible qu’embarrassant pour la majorité. Mais il a une nouvelle fois tergiversé et l’échec est de nouveau au rendez-vous.

Le bureau exécutif de LRM devait prendre position, mercredi 29 janvier, en accordant son soutien au maire MoDem sortant, Michel Veunac, allié au secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne. Et ainsi opter en faveur de ce dernier dans le duel fratricide qui l’oppose au ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, qui a lancé sa propre liste.

« Le président procrastine toujours avant de décider », regrette un responsable de la majorité qui vitupère (il était temps) contre l’indécision d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir le dossier sur sa table depuis longtemps. « On est plusieurs à avoir dit depuis de longs mois qu’il se passe un truc à Biarritz. Chacun s’est dit que ça allait se régler tout seul, alors que, dès le départ, il y avait tous les ingrédients pour que ça mousse », s’agace un conseiller de l’exécutif.

Mais M. Macron n’a pas pour habitude d’empêcher les initiatives. « Il a un mal fou à dire aux gens d’arrêter de faire des choses dont ils ont envie, ça lui est personnellement coûteux », observe une ministre. Mais il est vrai qu’il a des antécédents personnels en la matière…« Laisser les gens faire, c’est bien. Laisser le bordel s’installer, c’est moins bien… »

Une dimension stratégique qui s’accompagne d’un caractère affectif. « Le président déteste choisir entre les gens qu’il aime », explique un proche qui oublie cependant que le président ne sait pas non plus choisir…entre les gens qu’il n’aime pas. Pendant des mois, M. Macron a eu par exemple toutes les peines du monde à mettre un terme au bras de fer opposant Gérard Collomb et David Kimelfeld pour la présidence de la métropole de Lyon, alors que tous deux font partie de la majorité. Il a finalement arbitré en octobre 2019 en faveur du premier, qui est l’un de ses soutiens historiques. Cela n’a pas empêché M. Kimelfeld de se lancer en dissident, malgré les multiples efforts du chef de l’Etat pour tenter de les rabibocher.

Macron avait ainsi reçu les deux rivaux à l’Elysée, le 18 juillet. Il avait proposé à Kimelfeld de laisser la métropole à Collomb pendant trois ans, avant d’en prendre les rênes à mi-mandat. Fin de non-recevoir de l’actuel patron de la métropole auquel M. Macron laisse un message : « De grâce, évitons les divisions qui conduiront à un immense gâchis. Il faut se remettre autour de la table. Je compte sur toi. » Encore une fois, en vain.

Cette incapacité à trancher certains cas stratégiques s’accompagne d’une propension à se disperser, et à s’attacher à des dossiers de moindre importance. « Il fait du micromanagement et s’occupe parfois de beaucoup de petites choses », se plaint un stratège macroniste, au fait de la préparation des municipales. Ce souci de « s’occuper de tout » n’a pas empêché l’émergence de dissidences au sein de la majorité dans plusieurs villes, que ce soit à Villeurbanne, Annecy, Metz ou Besançon.

Mais à  » s’occuper de tout « , il finit par ne s’occuper de rien. Le meilleur exemple étant la tragédie résultant de son allégeance sans borne aux folles décisions de la chancelière allemande, Angela Merkel, en 2015 , et de la Commission européenne, depuis 2017, face à l’immigration-invasion qui submerge notre pays.

Aux yeux de ses fidèles, les difficultés rencontrées par le chef de l’Etat dans la préparation des municipales illustrent une faiblesse de sa part dans la gestion des ressources humaines. « Il a beaucoup de qualités mais en tant que DRH, Emmanuel Macron n’est pas bon », estime une ministre. Quant à nous, la question posée sera plus sévère encore :

depuis son élection, en quoi Emmanuel Macron a-t-il été bon ?

Ses propres troupes reconnaissent plusieurs « erreurs de casting » de sa part, comme le choix d’imposer Nathalie Loiseau en tête de liste aux élections européennes ou plus récemment, de proposer Suylvie Goulard au poste de commissaire européen… Outre une incapacité à anticiper les départs de certains ministres de poids, comme Nicolas Hulot et Gérard Collomb en 2018, le chef de l’Etat prend toujours beaucoup de temps pour remplacer les partants, lors des remaniements. Depuis 2017, seize ministres ont déjà quitté le gouvernement. Idem pour les députés LRM ? N’est-ce pas un signe ? *

Au-delà d’un « problème de banc de touche », certains de ses proches évoquent un déficit d’expérience politique. « Le président n’a jamais été chef de parti, explique l’un d’eux. Macron n’a jamais eu d’appétence pour les réseaux politiques constitués. Il n’a pas cette culture. » Ce n’est pas faute de l’avoir annoncé aux Français : 

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Nous en sommes déjà presque à trois ans !

Le 30 janvier 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/11/10/la-republique-en-marche-les-rats-sont-de-plus-en-plus-nombreux-a-quitter-le-navire/)

4 Réponses to “Gouverner c’est prévoir, mais c’est aussi choisir.”

  1. Hervé J. VOLTO janvier 30, 2020 à 11:07 #

    Depuis plus d’un an, la France connaît un regain spectaculaire de conflits sociaux, incarné notamment par les Gilets jaunes et plus récemment par les mouvements contre la réforme des retraites. Sommes-nous entrés dans un nouveau chapitre conflictuel de notre histoire sociale ? C’est la théorie qu’avance l’historien et démographe Emmanuel Todd dans son nouvel ouvrage « Les luttes de classes en France au XXIe siècle ».

    La France au bord de l’implosion sociale ? Ce qu’Emmanuel Todd dit de nos dirigeants :

    -Lutter contre le populisme devient leur raison d’être parce qu’ils sont vides…

    Il ne reste plus au Président Macron qu’une marge de manoeuvre en trois options :

    -Démissionner.

    -Dissoudre l’Assemblée Nationale.

    -Invoquer l’Article 16.

    Soyons concrets :

    Démissionner ? il ne le fera pas, car il a le droit de rester, à ses risques et périls, jusqu’en 2022.

    Dissoudre l’Assemblèe nationale ? oui, ce serait envoyer les Français à un défouloir électoral. Les tensions baisseraient, mais Emmanuel Macron pourrait se retrouver avec Marine Le Pen comme Premier Ministre et un gouvernemen de droite nationale.

    Reste l’Article 16 : De Gaulle l’a utilisé en Mai 68, Emmenuel Macron pourrait l’utiliser pour prendre le plien pouvoirs pour « pacifier » la France, avec un risque de dérive autoritaire. Il pourrait également utiliser l’Article 16 pour appeler le Roi, comme Franco l’a fait en Espagne en 1976 avec Juan Carlos…

  2. Hervé J. VOLTO janvier 30, 2020 à 11:30 #

    A noter que le président Macron a été élu en 2017 par les grandes villes, celles-là mêmes où son parti accumule aujourd’hui dissidences et turbulences.

  3. Hervé J. VOLTO janvier 30, 2020 à 12:21 #

    Ségolène Royal :

    -Si j’avais été aux responsabilités, il n’y aurait pas eu ces révoltes !

    Un match Ségolène-Marine en 2022 ?

    Dans les deux cas, une femme aux commendes, celà nous changerait… Et plus moderne la France apparaitrait.

    Et si la République tombe, pour quoi pas un Roi avec les pouvoirs du Présdient de l V° Républoique et une femme comme Premier Ministre ?

    Sandrine, très In.

    Marion, Tiens bon !

  4. Hervé J. VOLTO janvier 30, 2020 à 4:14 #

    Pardon… Et si la République tombe, pourquoi pas un Roi avec les pouvoirs du Président de la V° République et une femme comme Premier Ministre ?

    Sandrine, très In.

    Marion, Tiens bon !

    Humm… çà nous changerait… Et plus moderne, la France apparaitrait.

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