Brexit : ça commence mal pour l’Union européenne.

4 Fév

Mais qui peut prétendre que nous n’avions pas prévenu ?

Le Royaume-Uni va « reprendre le contrôle des eaux britanniques », assène régulièrement Boris Johnson. Le premier ministre le martèle même : au 1erjanvier 2021, à l’issue de la période de transition qui suit le Brexit du 31 janvier, les pêcheurs de l’Union européenne (UE) n’auront plus un accès libre aux eaux poissonneuses qui entourent les îles du Royaume-Uni, comme ils l’ont aujourd’hui.

Pour donner plus de poids à ses paroles, son gouvernement a présenté, dès mercredi 29 janvier, un projet de loi aux députés de Westminster qui prévoit que le pays sorte de la politique commune de la pêche et puisse agir comme Etat côtier indépendant l’an prochain. Tout un symbole alors que les parlementaires européens ratifiaient, ce même jour, l’accord de divorce entre Londres et Bruxelles.

« Les Britanniques savent qu’on a un point faible, la pêche. Il n’y a aucune raison qu’ils n’utilisent pas cette faiblesse », confie un haut fonctionnaire européen, très au fait des sujets relatifs au Brexit, mais qui concède ainsi ce que nous n’avons cessé d’affirmer depuis le référendum britannique sur le Brexit (juin 2016) : (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/).

Certes, Boris Johnson sait que les pêcheurs britanniques ont massivement voté pour le divorce et qu’ils sont inquiets à propos de ce que leur réserve la suite. Mais il sait aussi que la pêche est un sujet politiquement inflammable chez certains de ses anciens partenaires, à commencer par la France. Après les « gilets jaunes », Emmanuel Macron ne peut envisager de se mettre à dos les pêcheurs normands ou bretons, alors que de 30 % à 40 % de la pêche hexagonale se fait dans les eaux britanniques…

Seulement huit des vingt-sept Etats membres de l’UE – la France, l’Irlande, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, l’Allemagne et le Danemark – sont concernés par le sujet, et Londres y voit une faille possible dans l’unité qui a jusqu’ici prévalu entre les Européens lors des négociations sur le Brexit. Notre question sera alors la suivante :

Et si nous redonnions vie à l’ « ENTENTE CORDIALE  » ?

C’est un fait, en matière de pêche, les Vingt-Sept ont bien plus à perdre que les Britanniques. Les premiers pêchent dans les eaux des seconds pour une valeur de près de 590 millions de livres sterling (un peu plus de 700 millions d’euros) par an ; de leur côté, les Britanniques capturent des poissons dans les eaux de l’UE pour à peine 130 millions de livres (154 millions d’euros). « En moyenne, les prises en eaux britanniques représentent 14 % [en valeur] des prises des huit pays européens concernés. Ce pourcentage va de 1 % pour l’Espagne à 50 % pour les Belges », précise un document de la Commission de Bruxelles, dans lequel on peut aussi lire : « Cette dépendance fait de la pêche l’un des secteurs où l’Europe est en position de faiblesse par rapport au Royaume-Uni. » Il est temps d’y penser !

Dans ce contexte, l’UE comme le Royaume-Uni ont tenu à ce que la déclaration politique qui accompagne leur accord de divorce (conclu le 17 octobre 2019), fasse spécifiquement mention de la pêche. Si le texte stipule que les deux parties devront définir leur relation future avant le 31 décembre 2020 – d’ici là, les règles européennes continuent de s’appliquer –, il précise que, dans deux domaines, la pêche et les services financiers, il leur faudra « tout mettre en œuvre » pour s’entendre avant la fin juin, même si, là aussi, rien ne changera avant 2021.

Pour l’heure, Londres et Bruxelles montrent leurs muscles. « A l’avenir, nous déciderons des règles que les bateaux étrangers devront suivre [dans les eaux britanniques] », a déclaré dans un communiqué, le 29 janvier, le ministère britannique de l’environnement, de l’alimentation et de l’agriculture. La Commission, quant à elle, fait de la pêche, au sujet de laquelle elle exige le statu quo, un préalable à tout accord qui conditionnera sa relation future avec le Royaume-Uni. En clair : tant qu’on n’est pas d’accord sur tout, on n’est d’accord sur rien. Hélas, cela risque de ne pas arranger les choses…

« Les Britanniques ont le poisson, on a le marché », rappelle le Français Pierre Karleskind, eurodéputé (Renew – macroniste -) membre de la commission de la pêche du Parlement (73 % des prises réalisées par les Britanniques sont exportés sur le continent). Cette statistique offre à l’UE un premier moyen de pression mais à condition que les Britanniques ne changent pas leurs pays d’exportation. 

En réalité, d’ici au 1er juillet 2020, « il faut d’abord que l’on s’entende sur le cadre de cet accord, c’est-à-dire sur les grands principes en matière de contrôle, d’attention portée à la reconstitution des stocks de poissons, d’accès à la mer… », explique un haut fonctionnaire européen. Ce n’est qu’ensuite, à partir du mois de décembre, que les deux parties négocieront dans le détail quelle quantité de poissons les Européens pourront pêcher chez les Britanniques – et vice versa – en 2021.

La France et ses partenaires réclament un accord pluriannuel quand le Royaume-Uni souhaite des négociations annuelles, comme cela se fait entre l’UE et la Norvège. « On veut un accord stable. Négocier tous les ans, ce n’est déjà pas simple avec les Norvégiens, alors avec les Britanniques … », commente un diplomate. « Avec Oslo, l’accord est reconduit tous les ans quasi mécaniquement», minimise-t-on du côté de Londres. Comme vous pouvez le constater, les divergences d’appréciation mais aussi de mise en oeuvre de ces négociations s’avèrent déjà préoccupantes. Et pas nécessairement au détriment de Londres…

Quoi qu’il en soit, cet accord sur la pêche entre l’UE et le Royaume-Uni sera l’un des premiers à être conclu, ou pas. Il fera office d’exemple. « Il faut faire en sorte que ce ne soit pas une défaite pour M. Johnson », juge M. Karleskind. Et pour que le premier ministre puisse le vendre à son opinion publique, il faudra bien qu’il ait l’air différent de ce qui existe aujourd’hui.

Et s’il devait s’avérer une défaite pour l’UE, qu’en penserait notre macroniste Karleskind ?

Le 4 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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