Un « Brexit » dur est de plus en plus probable.

5 Fév

Les discussions ont à peine commencé entre Londres et Bruxelles sur la relation future entre Royaume-Uni et Union européenne (UE), mais les visions des deux parties semblent déjà inconciliables. C’est en tout cas ce qu’il apparaissait à écouter, lundi 3 février, Boris Johnson prononcer son premier grand discours d’après-Brexit pendant que Michel Barnier présentait, à Bruxelles, les termes du projet de mandat préparé par la Commission pour négocier avec Londres (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/25/ne-croyez-pas-les-prophetes-europeistes-a-propos-du-brexit/).

Le premier ministre britannique a insisté sur le fait qu’il souhaite un « accord de libre-échange » du type Canada (sur le modèle de celui signé entre Ottawa et Bruxelles en 2016). Mais, a-t-il ajouté, « il n’y a pas de raison qu’un accord de libre-échange implique d’accepter les règles européennes sur la concurrence, les aides d’Etat, la protection sociale, l’environnement, pas plus que l’UE serait contrainte d’accepter les règles britanniques ». ÇA TOMBE SOUS LE SENS.

Le négociateur en chef de l’Union européenne (Michel Barnier), lui, offre à son ex-partenaire un « accord commercial très ambitieux », sans droits de douane et sans quotas sur les biens échangés avec le continent. Le Français a également prévenu que l’UE n’accepterait pas de voir émerger une économie dérégulée à sa porte, qui profiterait « d’avantages concurrentiels déloyaux ».

Aujourd’hui, le Royaume-Uni respecte toutes les normes et les standards européens, puisqu’il était encore membre de l’Union européenne il y a moins d’une semaine. « C’est la première fois où il ne s’agit pas d’encourager la convergence, mais de maîtriser la divergence », a développé M. Barnier, en comparant la négociation qui s’engage avec celles qui ont pu avoir lieu dans le cadre de la soixantaine d’accords commerciaux de l’Europe avec des pays tiers.

Autre différence majeure, comme l’a dit la chancelière allemande Angela Merkel, le Royaume-Uni est « un concurrent à notre porte », quand les autres pays avec lesquels l’UE a conclu des traités sont bien plus lointains et ont bien moins besoin du Vieux Continent pour faire tourner leur économie.

Dans ce contexte, M. Barnier s’est montré incisif : pas question de laisser Londres prendre ses aises avec les normes sanitaires, environnementales ou de droit de la concurrence. « Au sujet des aides d’Etat ou de tout ce qui touche à la transition climatique, par exemple, il faut une convergence absolue et dans le temps entre l’Europe et le Royaume-Uni », prétend même  Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat française aux affaires européennes. M. Barnier a également évoqué la nécessité de s’entendre avec les Britanniques sur un mécanisme de règlement des différends, qui, dès lors que le droit européen serait concerné, passerait par la Cour de justice européenne. Mais, en vérité, tous ces européistes ont-ils les moyens de leurs prétentions ? Pas sûr.

Une vision à mille lieues de celle de Londres… « L’alignement est hors de question, cela ferait perdre son sens au Brexit, estimait Dominic Raab, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, sur Sky News, dimanche. Nous reprenons le contrôle de nos lois, nous n’allons tout de même pas accepter de nous aligner sur l’UE. » D’ailleurs, comme l’a révélé le Sunday Times, M. Raab a enjoint aux diplomates britanniques de ne plus se placer aux côtés des diplomates européens lors des réunions internationales, « comme un pays indépendant ».

Pour ceux qui doutaient encore à Bruxelles de ses intentions, le premier ministre insiste : il préfère un « Brexit dur » à un accord qui l’obligerait à s’aligner sur les règles de l’UE et à accepter l’autorité de sa Cour de justice. En clair, comme en 2019 quand Londres et Bruxelles se bagarraient sur les termes du divorce, M. Johnson a de nouveau menacé les Européens d’un « no deal » à la fin de 2020 s’ils n’accèdent pas aux conditions britanniques (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/23/face-a-un-brexit-dur-les-pays-de-lue-ont-probablement-plus-a-perdre-que-le-royaume-uni/).

Sauf que désormais, « deal » et « Brexit » sont bannis du vocabulaire johnsonnien, le premier ministre ayant à cœur de réunifier le pays après trois ans et demi de divisions. A Londres, pour évoquer l’éventuelle absence de compromis, on parle désormais d’« accord à l’australienne ». C’est-à-dire une relation commerciale future sans droits de douane préférentiels entre les parties, aux conditions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Le libre-échange est la diplomatie de Dieu », a même lancé le premier ministre, en s’extasiant que son pays, dont il ne doute pas de la « prospérité » future, vende déjà « du thé aux Chinois, des gâteaux aux Français et des boomerangs en Australie ».

« Nous avons déterminé nos objectifs en tenant compte des choix du Royaume-Uni », a affirmé M. Barnier, en évoquant la déclaration politique accompagnant l’accord de divorce du 17 octobre 2019, qui fixe le cadre de la relation future entre les deux ex-partenaires. « Ce texte que nous avons corédigé avec M. Johnson interdit les distorsions de concurrence et la concurrence déloyale », explique M. Barnier. Un peu rapide, répond Londres, qui juge que la déclaration politique, qui a peu de valeur juridique, a d’ores et déjà été dévoyée par Bruxelles.

M. Johnson n’a pas hésité à manier l’ironie. « Nous ne quittons pas l’UE pour affaiblir ses standards ni faire du dumping. » La preuve, à l’en croire ? Dans bien des domaines, bien-être animal, congé parental, environnement, les lois britanniques sont déjà bien plus exigeantes que celles de l’UE !

Les négociations devraient formellement commencer début mars, quand les Vingt-Sept auront avalisé le mandat de négociation de M. Barnier le 25 février. Mais il semble peu probable que les deux ex-partenaires parviennent à un accord avant le 31 décembre 2020, comme le réclame M. Johnson. D’autant que Bruxelles veut aussi que la relation future aborde les questions de sécurité ou encore de pêche, sur lesquelles un désaccord bloquerait l’ensemble des discussions. « Il nous faudra progresser le plus vite dans les domaines où une rupture le 31 décembre 2020 serait la plus grave », a reconnu M. Barnier.

Bonne chance…

Le 5 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Un « Brexit » dur est de plus en plus probable.”

  1. Hervé J. VOLTO février 5, 2020 à 2:35 #

    Que les européistes se réjouissent que l’Union Européenne soit débarrassée de ces enquiquineurs d’Anglais ou qu »ils se désolent au contraire du départ d’un pays puissant et influent, il faut se rendre à l’évidence : le Brexit crée un précédent périlleux.

    Pour la première fois, un État a quitté l’UE : sa décision souveraine a été sanctionnée par un processus démocratique incontestable, l’euroscepticisme qui a manifesté sa force au Royaume-Uni fleurit aussi sur le continent, où l’Union est de plus en plus perçue comme un usine à gaz.

    « L’union toujours plus étroite » inscrite dans les traités n’est plus l’avenir certain de l’Europe. Le délitement de l’édifice communautaire est en cour…

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